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Poésie

Posts Tagged ‘travail’

Offrir du travail à la lumière (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



J’ai l’habitude
De me considérer

Comme vivant avec des racines,
Principalement celles des chênes.

Comme elles
Je creuse dans le noir

Et j’en ramène de quoi
Offrir du travail

A la lumière.

(Guillevic)

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Oui le travail qui se poursuit à l’intérieur de la forge (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2021



Illustration:  Louis Toffoli
    
à Paco Ojeda

Oui
le travail qui se poursuit
à l’intérieur de la forge
ne doit jamais s’interrompre

entretenir le feu
lui fournir
ce qu’il lui faut
porter au rouge

pour assouplir
l’idée
faire éclater
la pierre des mots
pour obtenir
cette lave
où idées et mots
se rejoignent
se compénètrent

attente
ascèse
de la solitude

coulent les mots
qui s’agrègent
trouvent leur place
dans l’édifice

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Je ne désire point ces ardeurs qui passionnent (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2021



Illustration: Fabienne Contat
    

Je ne désire point ces ardeurs qui passionnent.
Non : elle me sera douce comme l’Automne.
Telle est sa pureté que je désirerais
qu’elle eût sur son chapeau des narcisses-des-prés.
Mais que, si elle doit me donner cette grâce
que la blanche vertu rend calme et efficace,
et veiller aux travaux ainsi que la fourmi,
je la voie au jardin me sourire parmi
les carrés de piments que Septembre rougit.
Ils me feront penser à mes passions passées.
Elle sera le lys qui les a dominées.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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La guenon, le singe et la noix (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    

La guenon, le singe et la noix

Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
Elle y porte la dent, fait la grimace… ah ! Certes,
Dit-elle, ma mère mentit
Quand elle m’assura que les noix étaient bonnes.
Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes
Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit !
Elle jette la noix. Un singe la ramasse,
Vite entre deux cailloux la casse,
L’épluche, la mange, et lui dit :
Votre mère eut raison, ma mie :
Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.
Souvenez-vous que, dans la vie,
Sans un peu de travail on n’a point de plaisir.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Le chat et le miroir (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le chat et le miroir

Philosophes hardis, qui passez votre vie
À vouloir expliquer ce qu’on n’explique pas,
Daignez écouter, je vous prie,
Ce trait du plus sage des chats.
Sur une table de toilette
Ce chat aperçut un miroir ;
Il y saute, regarde, et d’abord pense voir
Un de ses frères qui le guette.
Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
Surpris, il juge alors la glace transparente,
Et passe de l’autre côté,
Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
Il réfléchit un peu : de peur que l’animal,
Tandis qu’il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir il se met à cheval,
Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
Partout il pourra le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la glace il incline la tête,
Aperçoit une oreille, et puis deux… à l’instant,
À droite, à gauche il va jetant
Sa griffe qu’il tient toute prête :
Mais il perd l’équilibre, il tombe et n’a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus longtemps ce qu’il ne peut
Comprendre,
Il laisse le miroir et retourne aux souris :
Que m’importe, dit-il, de percer ce mystère ?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n’entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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CHANT D’UN FANTASSIN (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



 

Illustration: Erich Heckel
    
CHANT D’UN FANTASSIN
À André Bacqué

Je voudrais être un vieillard
Que j’ai vu sur une route ;
Assis par terre au soleil
Il cassait des cailloux blancs
Entre ses jambes ouvertes.
On ne lui demandait rien
Que son travail solitaire.
Quand midi flambait les blés,
Il mangeait son pain à l’ombre.

*

Je connais, dans un ravin
Obstrué par les feuillages,
Une carrière ignorée
Où nul sentier ne conduit.
La lumière y est furtive
Et aussi la douce pluie ;
Et un seul oiseau parfois
Interroge le silence.
C’est une blessure ancienne,
Étroite, courbe et profonde
Oubliée même du ciel ;
Sous la viorne et sous la ronce
J’y voudrais vivre blotti.

*

Je voudrais être l’aveugle
Sous le porche de l’église :
Dans sa nuit sonore il chante !
Il accueille tout entier
Le temps qui circule en lui
Comme un air pur sous des voûtes.
Car il est l’heureuse épave
Tirée hors du morne fleuve
Qui ne peut plus la rouler
Dans sa haine et dans sa fange.

*
Je voudrais avoir été
Le premier soldat tombé
Le premier jour de la guerre.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA SOLUTION (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Akbar Behkalam 
    
LA SOLUTION

Après l’insurrection du 17 juin
Le secrétaire de l’union des écrivains
Fit distribuer des brochures dans l’avenue Staline.

On pouvait y lire que le peuple
Avait perdu la confiance du gouvernement

Et ne pouvait le regagner

Que grâce à un travail redoublé. Ne serait-ce
Pas plus simple que le gouvernement

Liquide le peuple et en
Choisisse un autre ?

***

DIE LÖSUNG

Nach dem Aufstand des 17. Juni
Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands
In der Stalinallee Flugblätter verteilen
Auf denen zu lesen war, dass das Volk
Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe
Und es nur durch verdoppelte Arbeit
zurückerobern könne. Wäre es da
Nicht doch einfacher, die Regierung
Löste das Volk auf und
Wählte ein anderes?

***

Soluția

Urmare a răscoalei de pe 17 iunie
Secretarul Uniunii Scriitorilor a dispus
Să se împartă broșuri pe Aleea Stalin
În care se putea citi că poporul
Și-ar fi jucat încrederea guvernului
Și că numai prin muncă dublă
O va putea recâștiga.
N-ar fi mai simplu dacă guvernul
Ar dizolva poporul și
Ar alege altul?

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 585
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /

Editions: POINTS

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EPITAPHE POUR JOAQUIN PASOS (Ernesto Cardenal)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Paola Grizi

    

EPITAPHE POUR JOAQUIN PASOS

Il passait ici par ces rues, à pied,
sans relation, sans travail et sans argent.
Seuls les poètes, putains et poivrots
connaissaient ses vers.

Jamais il n’a été à l’étranger.
Il était en prison.
Maintenant il est mort.
Il n’a aucune statue.

Mais
souvenez-vous de lui quand vous aurez des ponts en béton,
de grandes turbines, des tracteurs, des remises argentées,
de bons gouvernements.

Car dans ses poèmes il a épuré la langue de son peuple
où un jour les accords commerciaux, la Constitution,
les lettres d’amour
et les décrets seront écrits.

***

EPITAFIO PARA JOAQUÍN PASOS

Aquí pasaba a pie por estas calles,
sin empleo ni puesto y sin un peso.
Sólo poetas, putas y picados
conocieron sus versos.

Nunca estuvo en el extranjero.
Estuvo preso.
Ahora está muerto.
No tiene ningún monumento…

Pero
recordadle cuando tengáis puentes de concreto,
grandes turbinas, tractores, plateados graneros,
buenos gobiernos.

Porque él purificó en sus poemas el lenguaje de su pueblo,
en el que un día se escribirán los tratados de comercio,
la Constitución, las cartas de amor,
y los decretos.

***

EPITAPH FOR JOAQUÍN PASOS

He used to walk here, along these streets,
without job or position and without a peso.
Only poets, prostitutes, and bums
knew his verses.

He was never abroad.
He was in prison.
Now he’s dead.
He hasn’t any monument . . .

But
remember him when you have concrete bridges,
big turbines, tractors, silver-plated barns,
good governments.

Because in his poems he purified the language of his people,
in which one day trade agreements will be written,
the Constitution, the love letters,
and the decrees.

***

EPITAF DEMI JOAQUÍN PASOS

Dia sentiasa berjalan di sini, di lorong ini
tanpa jawatan atau kedudukan, tanpa duit
Hanya penyair, wanita sundal dan yang musnah
memahami puisinya.

Tidak pernah berkelana ke luar negara.
Terkurung di penjara.
Kini kembali ke negeri abadi.
Tiada tugu…

Tapi
Titi konkrit, turbin besar, traktor, bangsal perak, kerajaan telus
kembalikan ingatan terhadapnya.
Dalam puisinya disucikan bahasa warganya,

bakal termeterai perjanjian perdagangan,
Perlembagaan, surat cinta
dan dekri.

***

EPITAF PENTRU JOAQUÍN PASOS

A fost pe-aici, cândva, mergând pe-aceste străzi
fără angajamente sau funcții sau vreun peso.
Și doar câțiva poeți și cerșetori, și curve
versul i l-au aflat.

Nicicând peste hotare n-a plecat.
A stat toți anii lui încarcerat.
Acum în viață nu mai este.
Nimeni nu i-a făcut vreun monument…

Dar voi
să-l evocați când poduri ridicați,
turbine și tractoare și argintii hambare,
guverne binefăcătoare.

Căci el prin poezie a-nnobilat limbajul din popor,
limba în care-apoi s-au scris acorduri, legi
scrisori de amor,
decrete.

***

EPITAFFIO PER JOAQUÍN PASOS

Era solito passeggiare qui, lungo queste strade,
senza un lavoro o una posizione, senza una lira.
solo poeti, prostitute e straccioni
conoscevano i suoi versi.

Non era mai stato all’estero.
Conosceva la prigione.
Adesso è morto.
Non ha nessun monumento . . .

Eppure
ricordalo quando nell’avere ponti in cemento,
grandi turbine, trattori, silos argentati,
buoni governi.

Perché nelle sue poesie ha purificato il linguaggio del suo popolo,
nel quale un giorno scriveranno accordi commerciali,
la Costituzione, lettere d’amore
e le leggi.

***

EPITÁFIO PARA JOAQUÍN PASOS

Aqui passava a pé por estas ruas,
sem emprego, sem posto, e sem dinheiro.
Somente poetas, putas e borrachos
conheceram os seus versos.

Nunca foi para o exterior.
Esteve preso.
Agora está morto.
Não tem nenhuma estátua…

Mas
lembrem dele quando tiverem pontes de concreto,
grandes turbinas, tratores, prateados celeiros,
bons governos.

Porque ele purificou nos seus poemas a língua do seu povo,
em que um dia serão escritos os tratados de comércio,
a Constituição, as cartas de amor,
e os decretos.

***

ΕΠΙΤΑΦΙΟΣ ΓΙΑ ΤΟΝ JOAQUÍN PASOS

Εδώ σ’ αυτούς τους δρόμους συνήθιζε να περπατεί
δίχως δουλειά, δίχως δεκάρα ή θέση
οι ποιητές, ιερόδουλες κι αλήτες
τους στίχους του ρητόρευαν
ποτέ του δεν ταξίδεψε
μπήκε σε φυλακή
και τώρα πια νεκρός δίχως μνημείο.
Μα πείτε του πως γέφυρες έχετε
τουρμπίνες, και τρακτέρ, και αποθήκες
και κυβερνήσεις με μυαλό
τη γλώσα του λαού με στίχους είχε αγιάσει
που συμφωνίες μια μέρα θα γραφτούν
και Καταστατικό, και γράμματα ερωτικά
και τίτλοι.

***

乔昆·帕索斯墓志铭

他过去常走在这里, 沿着这些街道,
没有工作或职位, 也没有比索。
只有诗人、卖淫者和流浪汉
知道他的诗句。
他从未出过国。
他曾坐监狱。
现在他死了。
他没有纪念碑……
但是
当你有混凝土桥的时候记得他,
大型涡轮机,拖拉机, 银色谷仓,
好政府。
因为他在诗中净化了人民的语言,
其中有一天贸易协定会被写下来,
宪法,情书,
以及法令。

***

GRAFSCHRIFT VOOR JOAQUÍN PASOS

Hier kwam hij langs deze straten, te voet,
zonder betrekking, zonder werk en zonder geld.
Alleen dichters, hoeren en dronkaards
kenden zijn verzen.

Hij was nooit in het buitenland.
Hij was in de gevangenis.
Nu is hij dood.
Hij heeft geen enkel standbeeld…

Maar
herinner hem wanneer jullie bruggen van beton zullen hebben,
grote turbines, tractors, verzilverde schuren,
goede regeringen.

Want hij zuiverde in zijn gedichten de taal van zijn volk
waarin ooit de handelsovereenkomsten, de Grondwet,
de liefdesbrieven,
en de decreten zullen worden geschreven.

***

***

***

***

(Ernesto Cardenal)

 

Recueil: ITHACA 622
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Anglais Stanley Barkan / Malaisien : Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Russe Rahim Karim / Indi Jyotirmaya Thakur / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Seul celui qui a osé voir (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2020




    
Seul celui qui a osé voir que l’enfer est en lui y découvrira le ciel enfoui.
C’est le travail sur l’ombre, la traversée de la nuit qui permettent la montée de l’aube.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Nous nommons que des visages (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



 

Nous nommons
que des visages

le visage de la table
et non la table
Le visage du vin
et non le vin
le visage de l’escalier
et non l’escalier

Quand on nomme
la Table
le Vin
ou l’escalier
on nomme le visage
d’une fenêtre
la fenêtre de la Table
du vin et de l’escalier

On apprend beaucoup
à regarder les fenêtres

celles où les fleurs rouges
trouent le linge pur du ciel

Les fenêtres veillent
et attendent les visages
devant elles

Mais comment nommer
le visage de la fenêtre
le visage vide de la fenêtre

Pour cela il faut
le visage du vin
celui de la table
ou celui de l’escalier
puis ensuite vider
son visage de son visage

Être une fenêtre pour se pencher
à l’intérieur du monde :

Le visage du vent sur

les fleurs rouges
et le linge pur du ciel
nous attachent soudain les yeux

Je continue la poésie
Le poète a toujours
pour tâche de continuer
la poésie
et non d’écrire des poèmes

Si l’on considère que la poésie
est une pensée
dont le travail est de penser
que de l’inconnu
la poésie n’est pas une philosophie
mais une façon d’accueillir
un inconnu avec notre inconnu
La poésie est la capacité d’accueil
des inconnus

En détruisant le précédent
poème le poète le continue

En inventant un nouveau poème
il fait revenir la poésie
à ce qu’elle ne connaît pas

Plus le poète est dans le non-connu
comme le bleu du ciel
plus il invente
sa définition

Je ne parle pas du feu
avec le feu
mais avec l’eau
ou je ne parle pas du ciel
mais avec la terre
je le reproduis

Le dernier poète qui sera hors de la
poésie
sera seul à autoriser à continuer
la poésie

(Serge Pey)

Illustration: René Magritte

 

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