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Poésie

Posts Tagged ‘traverser’

Cavalcade (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Cavalcade

Un cheval de lune
Courait sur le sable
Un poulain d’écume
Trottait sur la grève,
Au trot, au trot, au galop.

Un cheval d’ivoire
Courait dans le soir,
Un cavalier rouge
Traversait l’automne,
Au trot, au trot, au galop.

Un cheval de pluie
Courait dans la nuit
Un coursier de verre
Labourait la mer,
Au trot, au trot, au galop.

Et tous les enfants
Poursuivaient en rêve
Toutes ces crinières
Libres dans le vent,
Au trot, au trot, au galop.

(Louis Guillaume)

Illustration

 

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Chemin (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Chemin

Je saute dans la barque que m’offrent les mouvements rêveurs de la nostalgie
et je m’en vais vers mon enfance couronnée des gouttes de rosée de l’accueil.
Serait-ce donc une seconde aurore ?
Non.
C’est une veillée funèbre d’automne où un cercueil
— je sais qu’il est fait de souvenirs – me cherche comme une proie.

O forêts vierges de senteurs pures et d’yeux piqués
comme des étendards sur l’arête molle des insouciances,

O Eden où fleurit la neige de nos cris et de nos rires
et qui répètes dans ton soliloque désespéré les échos de noms doux comme des étoiles.

Je vous ai à peine traversés tant mes pieds étaient pleins d’air
et tant je réclamais le bâillon de l’adolescence !

(Lucien Becker)

Illustration: Lisa Lea Bemish

 

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Derrière les yeux, le mystère (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2022




    
Derrière les yeux, le mystère

Derrière les yeux, le mystère
D’où infiniment advient la beauté
D’où coule la source du songe
Bruissant entre rochers et feuillages
Chantant en cascade
les saisons renouvelées
Chantant les instants
de la vraie vie offerte
Matin du martinet disparu
Midi de la mésange retrouvée
Longues heures à traverser le jour
Un seul battement de cils et mille papillons
prêts à s’enfouir parmi les pétales
prêts à durer tant que dure la brise
Jusqu’à la passion du couchant
où les âmes clameront alliance
Jusqu’à l’immémorial étang
où rayon de lune et onde d’automne
Referont un

(François Cheng)

Le long d’un amour, 2003.

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Lointaine, la beauté fine (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022



Illustration
    
Lointaine, la beauté fine

Lointaine, la beauté fine est ascension,
Roseraie de neige
Formant une maison claire
Sur la fumée du bleu.
Le monde ainsi donné
Rejoint l’enfant de son visage
En un matin,
Et ton regard ouvre les passes
Au plus léger de la lumière.
Le jour alors te reconnaît.
La buée rouge des fleurs,
Un chant, qui tout le jour
Accompagne mes yeux,
Tandis que je traverse,
Avec la brise et l’alouette,
Ce monde abandonné.

Où vont les herbes et les nuages,
Les écheveaux de la lumière,
Le papillon d’après-midi devant la lune,
Et ma figure, baignée de tant de paysages
Versant leurs heures,
De proche en proche vers le plus seul?

Ni moi, ni mon cheval ne le savons.
Dormir d’un seul éclat,
Les yeux ouverts
Au seuil des grands parfums d’étoiles.
Se souvenir de la fascination
De la pivoine
Follement donnée
Aux mains de transparence qui peuplent l’air,
En ce jardin de mai où traverser était un geste d’aube,
Puis s’éveiller
Dans le sourire de la lenteur
Sans fin recommencée
Par les allées d’automne
Où les pétales jamais défaits
Rassemblent un avenir
Ganté d’abeilles et de pollen.

Les yeux, cherchant cet or,
Suivent à distance
La mince nuée de la beauté,
Statue mouvante insaisissable,
Épousant l’air de son absence
Sans fin recommencée.

Traversant les reflets,
Tu marches entre les marbres
Hantés d’amour,
Un bouquet nu à tes paupières,
La bouche fardée de nuit,
Pour mieux offrir Le grain de l’aube
A la pulpe du vent.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Jardin d’été (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022




    
Jardin d’été

Je veux aller dans ce jardin,
dans cette roseraie nonpareille
Où l’on voit des clôtures la plus belle,

Où les statues gardent mémoire
de la jeune fille que j’étais
Et moi, je les revois sous l’eau de la Neva.

Dans ce lieu caché, plein d’odeurs,
sous les tilleuls princiers,
Je crois entendre craquer
les mâts des vaisseaux.

Comme autrefois le cygne
traverse les siècles,
En extase devant la beauté de son double.

Par centaines de milliers, des pas
Dorment d’un sommeil de mort,
pas d’ennemis et d’amis,
Pas d’amis et d’ennemis.

Finira-t-il jamais, le cortège des ombres
Qui va du vase de granit
jusqu’à la porte du palais?

Mes nuits blanches là-bas
se parlent, dans un murmure,
De quelqu’un qui savait aimer
secrètement, superbement.

Partout on voit briller la perle et le jaspe,
Mais un mystère dérobe
la source de la lumière.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: L’HORIZON EST EN FEU Cinq poètes russes du XXè siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Poème pour donner un baiser (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022



Illustration: Géraldine Alibeu
    
Poème pour donner un baiser

Je crois que je vais faire la goutte d’eau ce matin.
Je vais tomber du ciel de mon lit,
bâiller quelques nuages, prendre ma douche,
je vais traverser un couloir long comme un horizon,
descendre l’escalier à grands pas de goutte,
puis sur ta joue, sans un mot, éclater.
Je crois que, pour un baiser,
je vais faire la goutte d’eau ce matin.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

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EN T’ATTENDANT (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022



Illustration: Kitty Crowther
    
EN T’ATTENDANT

Quand je t’attends, c’est long.
Les arbres traversent le chemin.
Les oiseaux font leur valise de feuilles.
Les crapauds ont le temps
de se changer trois fois en prince.

Quand je t’attends, c’est long.
Les mille-pattes ont lacé leurs souliers.
Les cigales ont fini de chanter.
Les montres ont le temps
de glisser trois fois des poignets.

Quand tu arrives enfin,
le soleil a déjà compté tous ses rayons,
la mer, ses vagues et le ciel, ses nuages.

Dépêche-toi,
ma lune, ô ma douceur,
il va faire nuit noire sur mon cœur.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

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Le jour monte et grandit (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

(Michel Houellebecq)

Illustration

 

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Neige (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2022



 

Illustration
    

Neige

Maman venait nous réveiller,
Elle disait : « Il a neigé ! »
Et nous courions à la fenêtre
Mais le savions déjà peut-être

A cause des bruits étouffés
(Tout alentour était silence).
Notre bonheur était immense
Et nous sortions emmitouflés.

Nous nous lancions dans la bataille,
Nous défendant vaille que vaille,
Et nous poussions des cris de joie.
Nous n’avions que faire du froid.

Pour moi, la neige, c’est l’enfance,
La beauté, l’émerveillement.
Mais ce peut être la souffrance
De celui qui pleure en marchant.

Il a fui son pays en guerre,
A traversé bien des contrées,
Il a risqué sa vie en mer
Et parcourt la montagne à pied.

Il n’a jamais connu la neige,
Il n’a jamais connu le froid.
Il prie son dieu : « Allah, où vais-je ?
Allah, prends pitié, guide-moi ! »

Oh ! Qu’elle est loin, notre innocence !
Nous ignorions la cruauté
Et ne mesurions pas la chance
Que nous avions d’être choyés.

(Béatrice Bastiani-Helbig)

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Le lent attelage des jours (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
le lent attelage des jours
quand nous rêvons d’une légèreté de troïka
d’un bateau aux voiles blanches
caravelle pour traverser nos songes

nous voulons un feu pour nous réchauffer des
arbres pour se glisser sous les branches et
grimacer aux éclats du soleil

nous cherchons une innocence une lueur qui
jamais ne nous
abandonne

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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