Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘trébucher’

Transhumance (Colette Nys-Mazure)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Avoir marché longtemps
longuement erré
incertains dévorés de soifs ravagés

la faim au ventre
les yeux brûlés l’ombre à l’âme

Avoir divagué trébuché
face contre la terre brute
privés de souffle et d’allant
ignobles défigurés

Avoir perdu corps et biens

Et déboucher dans cette clairière
Son silence de source

(Colette Nys-Mazure)

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Entre mots et néant (Évelyne Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



 

Guy Baron

Entre mots et néant
l’encre trébuche
devant l’angoisse de naître
Comment garder
le poids de ta main
au chaud dans cette blessure
exclusivement mienne?

Amour des espaces interdits
rejoins-moi
en marge de ce qui fut

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Guy Baron

 

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Si profond le souvenir des morts ! (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Si profond le souvenir des morts !
Dans leur grande mémoire nous évoquons
L’histoire fabuleuse,
Nous goûtons le fruit amer, trébuchons, tombons,
Tandis que de la terre
Par myriades les coeurs ensevelis
Murmurent pour toujours à nos oreilles
Musique de joie qui ne meurt.

***

How deep the recollection of the dead
In whose great memory we recall
The fabled story;
We taste the bitter fruit, we fail, we fall,
While earth’s myriad buried hearts
Murmur forever in our ears
Music of undying joy.

(Kathleen Raine)

 

 

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Si peu semblable à moi-même (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Si peu semblable à moi-même
Quand je me vois à distance
Dans l’eau morte d’un poème
Qui fut beau fleuve vivant
Ou bien lorsque m’apparaît
Le jeune homme qui rêvait
Dans le soir triste des villes
D’appareillages et d’îles ;
Si peu semblable, ô destin,
Routes de songes, exils,
Ferveurs, tant de paysages,
Tant de ciels, tant de visages
Et le même voyageur
Mais qui ne reconnaît pas
Toujours le bruit de son pas
Et s’égare en trébuchant
Par les longs chemins du Temps
Eboulés dans sa mémoire,
Si peu semblable, ô miroir
Innombrable du poème !
Et pourtant cet homme-là,
C’est le même homme, le même.
Surtout, ne le cherchez pas.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

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L’amour bien chaud (Marie NDiaye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: Dominique Zehrfuss
    
L’amour bien chaud, l’amour fougueux
Voilà que je trébuchai au début du chemin
Était-il fatigué des efforts pour aimer ?
Autrefois je m’étendais nue sur l’herbe tiède

(Marie NDiaye)

 

Recueil: Vingt-huit bêtes: un chant d’amour
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un petit homme gris (Joseph Majault)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



Un petit homme gris

un petit homme gris qui trottinait
à pas pressés la tête dans le vent
sur la place
aux pavés
de granit
n’aura levé les yeux qu’un bref instant
sur la fille jeune blonde et jolie
qui passait
près de lui
sans le voir
bien mal lui prit de jeter un regard
car le pauvre trébucha aussitôt
bosse ronde
d’un pavé
mal planté
et le voilà qui choit le nez à terre
genou luxé le coude tuméfié
cependant
que la belle
file au loin

(Joseph Majault)


Illustration: Gilbert Garcin

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Fiat nox (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Leon Spilliaert-Young man with red scarf-1908

Fiat nox

L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.

Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Leon Spilliaert

 

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LE VOYAGE INTÉRIEUR (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration
    
LE VOYAGE INTÉRIEUR

Franchis la peau
la chair
longe le sang.

Ecarte le buisson de nerfs
les branches d’os
les assassins.

Force la nuit
ses pièges ses
tambours.

Garde-toi
si tu trébuches.
Si tu t’égares
interroge.

Un fil rêvé te guide dans l’obscur.

Rejoins, perdu, le centre du vertige,
le feu caché
l’irréductible point.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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TOUS LES POÈMES QUI… (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
TOUS LES POÈMES QUI…

Tous les poèmes qui ne sont jamais
nés, qui ont juste montré le bout de
l’oreille, se sont brouillés, dissous, perdus,
bus par la terre obscure où les larves
des limbes, les menus fossoyeurs, ont vite
dévoré leur chair à peine chair, rendu
les yeux encore aveugles à la nuit.

Tous les poèmes de l’impasse et du naufrage :
brusque désir, souffle d’un mot, appel
dans la forêt pour que les songes se
rameutent, aube d’un chant comme d’oiseau
à la lisière, qui s’enfle, qui s’efforce
et puis soudain trébuche dans le gris.
La brume tombe, il pleut des feuilles et des cendres.

La main faiblit, le coeur s’est détourné
comme celui qui apportait le pain et la parole,
sur un caprice ou sur un ordre obscur,
change de route, et l’on entend son pas
qui peu à peu s’éloigne sur les pierres,
s’efface, nous laissant aux bassesses du jour.

Tous les poèmes qui ne sont jamais nés,
dont la poussière rôde dans le revers du monde :
paroles d’ombre pour les ombres…

Nous devinons parfois dans le sommeil
leur frôlement et la double rumeur,
comme s’ils imploraient de nous une terre d’asile,
une autre chance d’exister.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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