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Posts Tagged ‘tréfonds’

L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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LA PAIX RÈGNE DANS L’ÉTRAVE BOUILLONNANTE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



LA PAIX RÈGNE DANS L’ÉTRAVE BOUILLONNANTE

Un matin d’hiver, je sentis combien cette terre
avance en roulant. Un souffle d’air
venu des tréfonds crépitait
aux murs de la maison.

Baignée par le mouvement : la tente du silence.
Et le gouvernail secret d’une nuée d’oiseaux migrateurs.
Le trémolo des instruments
cachés montait

de l’ombre de l’hiver. Comme lorsque nous voici
sous le grand tilleul de l’été, avec le vrombissement
de dizaines de milliers
d’ailes d’insectes au-dessus de nous.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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Je m’apaise enfin (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018


 


 

Nicole Helbig (16)

Je m’apaise enfin.
Tout ce qui était vestiges et déchets disparaît de mon âme, comme si cela n’avait jamais existé.
Me voici seul et paisible.
L’heure que je traverse est semblable à celle qui me verrait me convertir à une religion.
Rien cependant ne m’attire vers le haut, même si rien ne m’attire plus vers le bas.
Je me sens libre, comme si j’avais cessé d’exister et que j’en aie cependant conscience.
Je m’apaise, oui, je m’apaise.
Un calme profond, aussi doux qu’une chose inutile, descend jusqu’au tréfonds de mon être.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Nicole Helbig

 

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La nuit je tenterai la joie (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Hala Mohammad 
    
La nuit je tenterai la joie
Je ne la trouve pas au tréfonds de moi-même
Il est encore tôt le matin
Peut-être
D’ici ce soir
Une folie balayera-t-elle le chagrin.
Je m’y efforcerai.
Autour de toi le monde s’est effondré
Alors
Tu disposes quelques chaises
Autour d’une table
Et pour compléter le rituel de la joie
Tu poses sur la table une bouteille d’alcool
Et un bouquet de fleurs sauvages
Petites, toutes petites
Prêtes à s’effriter au moindre toucher
Tandis que moi, dans le coin du tableau,
Ne suis qu’une nature morte.

***

(Hala Mohammad)

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

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LES VOIX DES FLEURS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018



Illustration
    
LES VOIX DES FLEURS

Des voix émergent de leurs tréfonds
elles s’unissent au-dessus d’elles, elles deviennent
un hymne et montent pour atteindre
l’ultime soleil.
Tandis
que d’autres voix descendent
et que le ciel devient
tout entier un « alléluia « .

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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Arbre tu me regardes (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



Illustration: Chaude Diy
    
Arbre
Tu me regardes

Tu me regardes
Jusqu’au tréfonds
Où s’enracine ma joie

Arbre
Tu m’ouvres

Tu m’ouvres
A la vérité de l’un
Et du multiple

Arbre
Tu me ramènes
Au chant de la Création
Au silence
D’avant le chant

Arbre
Ensemble nous murmurons
Nous murmurons
Pour l’Absent
Qui nous relie.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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VÉNUS (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018



Illustration: Julien Bourdon
    
VÉNUS
Ainsi t’ai-je vue.

La jeune morte
sur la nacre de sa couche
nudité de brise en fleur
surgissait au jour éternel.

Le monde qui restait,
iris d’ombre et coton,
regardait à la croisée
l’écoulement sans fin des choses.

La jeune morte
creusait l’amour en son tréfonds.
Entre l’écume de ses draps
se perdait sa chevelure.

(Federico Garcia Lorca)

 

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Ô Soeur Marie ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Cornelis van Haarlem
    
Dans la forme agréable de la bouche, la fraise
solennise sa pourpre ; dans le subtil dessin
ovale du visage de la blanche abbesse
le front pur exprime l’ange et l’oeil noir le malin.

Sur sa figure mystérieuse, d’ivoire monacal,
fleurit la douce lueur d’un éclat intérieur,
qui allume ses joues d’une céleste roseur
à laquelle l’Enfer apporta sa touche fatale.

Ô Soeur Marie ! Ô Soeur Marie ! Ô Soeur Marie !
Le regard magique et la démarche d’altesse,
ne firent-ils pas un jour, dans une âme pécheresse,
éclore l’oeillet enflammé d’une ardeur impie ?

Et aux tréfonds de tes yeux, on croit lire des pensées
ambiguës, enduites de miel et de venin.
(Soeur Marie est morte condamnée au bûcher
deux abeilles s’envolèrent des roses de ses seins.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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En ton nom, en mon nom (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2017



Illustration: Margarita Sikorskaia
    

En ton nom, en mon nom, nous pénétrons dans notre nuit
Mesurons ses distances
Regardons comment elle s’élève
Et comment il change son nom et ses régions

Nous partons
Dans l’alphabet de nos jours
Dans ses passions
Ma voix et la tienne s’enchaînent, chanson après chanson
Nous voilà, buvant nos tréfonds
Psalmodions leurs versets
Nous ne voulons que l’errance dans nos corps
Nous ne voulons qu’avancer dans l’espace de la transgression

(Adonis)

 

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