Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tremblement de terre’

Un poème c’est bien peu de chose (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



poeme-rjz

Un poème c’est bien peu de chose
à peine plus qu’un cyclone aux Antilles
qu’un typhon dans la mer de Chine
un tremblement de terre à Formose

une inondation du Yang Tse Kiang
ça vous noie cent mille Chinois d’un seul coup
vlan
ça ne fait même pas le sujet d’un poème
Bien peu de chose

On s’amuse bien dans notre petit village
on va bâtir une nouvelle école
on va élire un nouveau maire et changer les jours de marché
on était au centre du monde on se trouve maintenant
près du fleuve océan qui ronge l’horizon

Un poème c’est bien peu de chose

(Raymond Queneau)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOYEZ POLIS (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



SOYEZ POLIS

I
Couronné d’étincelles
Un marchand de pierres à briquet
Elève la voix le soir
Dans les couloirs de la station Javel
Et ses grands écarts de langage
Déplaisent à la plupart des gens
Mais la brûlure de son regard
Les rappelle à de bons sentiments

Soyez polis
Crie l’homme
Soyez polis avec les aliments
Soyez polis avec les éléments avec les éléphants
Soyez polis avec les femmes
Et avec les enfants
Soyez polis
Avec les gars du bâtiment
Soyez polis
Avec le monde vivant

II
Il faut aussi être polis avec la terre
Et avec le soleil
Il faut les remercier le matin en se réveillant
Il faut les remercier
Pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
A toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter…les critiquer
Ils savent ce qu’ils ont à faire
Le soleil et la terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se fâcher
Et puis après
On est changé
En courge
En melon d’eau
Ou en pierre à briquet
Et on est bien avancé…
Le soleil est amoureux de la terre
La terre est amoureuse du soleil
Ça les regarde
C’est leur affaire
Et quand il y a des éclipses
Il n’est pas prudent ni discret de les regarder
Au travers de sales petits morceaux de verres fumés
Ils se disputent
c’est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s’en mêler
Parce que si on s’en mêle on risque d’être changé
En pomme de terre gelée
Ou en fer à friser
Le soleil aime la terre
La terre aime le soleil
C’est comme ça
Le reste ne nous regarde pas
La terre aime le soleil
Et elle tourne
Pour se faire admirer
Et le soleil la trouve belle
Et il brille sur elle
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la lune se lève
La lune c’est l’ancienne amoureuse du soleil
Mais elle a été jalouse
Et elle a été punie
Elle est devenue toute froide
Et elle sort seulement la nuit
Il faut aussi être très poli avec la lune
Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou
et elle peut aussi
Si elle veut
Vous changer en bonhomme de neige
En réverbère
Ou en bougie
En somme pour résumer
Deux points ouvrez les guillemets :

 » Il faut que tout le monde soit poli avec le monde
ou alors il y a des guerres…
des épidémies des tremblements de terre des paquets de mer des coups de fusil…
Et de grosses méchantes fourmis rouges
qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu’on dort la nuit. »

(Jacques Prévert)

Illustration: Jean-Marc Polizzi

 

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vers de Dieu (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Vers de Dieu

I

Si tu ressens chez les oiseaux
autant de liberté
et d’aérien pouvoir,
imagine un oiseau
supérieur à tous les autres
et invisible à ce point
que son vol laisse
une impression de rêve.
Avec légèreté et grâce
l’homme pense Dieu.

II
Sur la plus haute branche
Dieu est posé
sur une seule serre perché,
et il fixe le monde.
De la plus haute branche
il déploie son vol
et s’en vient au hasard
becquetant les choses,
indifférent aux choses
becquetées,
enchantées.

III
Dieu me becquette
doucement aux yeux,
référence plutôt
que remontrance.
Il s’y polit le bec.
Et ça fait mal.
En disparaissant il croasse:
«Aujourd’hui je te pardonne.»
Ce que Dieu pardonne
Dieu seul le sait.

IV
Dieu rumine
que faire, par hasard.
Encore un tremblement de terre?
De quelle proportion?
Une nouvelle guerre?
De combien de nations?
Quelle marge accorder
au caprice de l’homme?
Est-ce un artiste qui va naître?
Des idiots naîtront-ils?
Des robots surgiront-ils ?

V

En fin de compte
tout s’accommode
à sa volonté.
Nul autre Dieu n’est
projeté, ni plusieurs.
Lacets entrelacés,
gémissements, crépuscule
toujours continué.
Homme, je me repens
de la création de Dieu,
mais il est trop tard maintenant.

(Carlos Drummond de Andrade)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jour anniversaire du grand tremblement de terre (Nakamura Kusatao)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2015



Jour anniversaire
du grand tremblement de terre –
tous mes livres retiennent leur souffle

(Nakamura Kusatao)

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Juste avant (Sugiura Keisuke)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2015



Juste avant le grand tremblement de terre
tout le monde
a rêvé

(Sugiura Keisuke)

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :