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Poésie

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Je crève de pitié… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Je crève de pitié, d’aimer et de sourire:
mais, sourire, ne m’est pas toujours possible,

et ce petit chat m’a rempli d’une tristesse grise.
Il miaulait sous la grande porte de la mairie,

par ce soir pluvieux, boueux, et j’ai senti
toute l’infinité résignée et muette

de la douleur des bêtes, de la douleur des bêtes.
Mon Dieu : qu’allait-il faire? Qu’allait-il faire?

Son malheur est si triste sous la pluie.
Qui va le nourrir? Qui va le nourrir?

Oh! s’il allait, en tremblotant, là, mourir,
— ou devenir un triste chat des saligues

qui crève, dans la boue malsaine, de famine,
de grelottement, de croûtes et de fièvre

— ou être tué par un chien qui le prend pour un lièvre.

(Francis Jammes)

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La plus belle lecture (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2016



 

La plus belle lecture vaut-elle la plus tremblotante de nos illuminations ?
Nous écrivons parce que nous ne savons pas comprendre.
Nous exigeons du monde ses éclairs.

Il se révèle lui-même, car c’est encore de lui que provient la lumière qui le traverse,
par où il se donne en spectacle.
Il ne cesse de recommencer à naître pour nous ;
il se reforme sous nos yeux, célébrant la liturgie de ses épiphanies pour quelques fidèles.
Moments où paraît ce qu’il veut dire :
il n’y a qu’à lire et l’éclair entoptique aveugle encore notre mémoire refermée.
Profonde rêverie.

Peut-être alors le juste récit est-il celui qui ne prétend pas nous livrer une peinture sincère,
mais qui prend son parti plutôt, de connivence même avec l’inévitable déception du lecteur,
de l’insuffisance de l’œuvre à combler un autre, et regagne ainsi notre attention.

(Michel Deguy)

 

 

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