Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘trépasser’

LES GAS ET LES FILLES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Paul Rubens 
    
LES GAS ET LES FILLES

En leurs cotillons de futaine
Qui flottent et claquent au vent,
Les filles s’en vont, en rêvant,
Laver le linge à la fontaine…
Et, sous les couchants au front d’or,
Les gâs, en chantant leur romance,
Jettent le grain de la semence
Au sein de la glèbe qui dort.

De quoi rêvent les filles ?
— Des gâs !
Et que chantent les gâs ?
— Les filles!

Timides, sous leurs coiffes blanches,
Et prises de vagues espoirs,
Les filles aux lourds chignons noirs
S’en vont danser, les beaux dimanches ;
Et les gâs, entendant gémir
La viole aux voix caressantes,
Au plus profond de leur chair sentent
L’énervant frisson du désir.

Que souhaitent les filles ?
— Les gâs !
Et que veulent les gâs ?
— Les filles !

Les soirs, parmi les landes pleines
De l’encens fauve des genêts,
Les filles jettent leurs bonnets
Par dessus les moulins des plaines.
Et les gâs, en l’ombre des bois
Où tremblotte la lune rose,
S’en vont cueillir la fleur éclose
Qui ne se cueille qu’une fois.

Qui fait fauter les filles ?
— Les gâs !
Et qui pousse les gâs ?
— Les filles !

Par les prés où dorment les songes
Les filles vont à pas dolents,
Portant l’Ennui dans leurs seins blancs
Et sur leurs lèvres des Mensonges ;
Et les gâs vont suivant leur cœur
Qui, dans sa course vagabonde
Leur fait faire, avec brune ou blonde,
Les étapes de la douleur.

Qui délaisse les filles ?
— Les gâs !
Et qui trompe les gâs ?
— Les filles !

Les filles vont ; traînant leurs peines,
Le front morne et les yeux rougis,
Au bas des calvaires où gît
L’amant divin des Madeleines ;
Et les gâs, qui ne veulent plus
De l’amour retenter l’épreuve,
S’en vont se jeter dans le fleuve,
Ou s’étrangler sur les talus…

Qui fait pleurer les filles ?
— Les gâs !
Et trépasser les gâs ?
— Les filles !…

(Gaston Couté)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Vague (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
La Vague

Il est des mont Fuji montagne Boukornine
fiefs des oiseaux perdus dans les étendues d’eau
Quand la Vague est venue me portant sur son dos
j’ai vu leurs cimes fondre sous l’écume opaline

Des villes ont glissé lumières dans la mer
parcs mairies minarets auxquels manque le son
cyprès au bord des routes et des cimetières
trains de noyés hagards visitant les grands fonds

Moi perchée sur la Vague témoin impuissant
ne sachant s’il fallait plonger ou résister
flairant la mort proche comme un requin du sang
je me surpris soudain à vouloir et lutter

Parlai-je d’aujourd’hui ou d’un hier livide
Trépasser par noyade est la fin redoutée
des Naïades hantant les Golfes veloutés
Vertige inconnu et chute dans le vide

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES MOUCHES (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LES MOUCHES

Les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois
elles sont moins gaies
plus lourdes, plus majestueuses, plus graves
plus conscientes de leur rareté
elles se savent menacées de génocide
Dans mon enfance elles allaient se coller joyeusement
par centaines, par milliers peut-être
sur du papier fait pour les tuer
elles allaient s’enfermer
par centaines, par milliers peut-être
dans des bouteilles de forme spéciale
elles patinaient, piétinaient, trépassaient
par centaines, par milliers peut-être
elles foisonnaient
elles vivaient
Maintenant elles surveillent leur démarche

les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois

(Raymond Queneau)

 

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Malgré tout (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017



Illustration: Julia Perret
    
Malgré tout ce qui naît, tout ce qui vit, trépasse,
Le système solaire est-il reflet du ciel ?
Est-il un phénomène consubstantiel
De l’immense infini des temps et des espaces ?

D’un diable illuminé, d’un dieu à l’âme basse
Est-il le passe-temps bête, artificiel ?
D’un univers qui nos convictions dépasse
Le mouvement accessoire ou essentiel ?

Les pensées, les regards, les mots qui se traduisent,
Les indicibles riens que les mondes produisent
Meurent-ils sitôt nés ? Naissent-ils sitôt morts ?

Sombrent-ils au néant irrémissible ou trouvent
Ils, au-delà des effets que nos sens nous prouvent,
Une forme où la vie à jamais ne démord ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aimez (Le Tasse)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un oiseau […]

« Aimez, chanta-t-il, que pointe la rose
hors du bouton modeste et virginelle.
Moitié ouverte encore, et moitié close,
moins elle se montre, et plus elle est belle.
Puis son sein nu, déjà, l’audacieuse
déploie. Elle se fane, non plus celle
non plus celle, non, tantôt désirée
par mille amants et par mille donzelles.

Passent ainsi, lorsque trépasse un jour,
le vert, la fleur de la mortelle vie.
Elle, pour qu’avril sur ses pas retourne,
ne se renfleurit, ne se reverdit.
Cueillons la rose au matin adorable
d’aujourd’hui qui bientôt perd sa douceur.
Cueillons d’amour la rose. Aimons alors
qu’il se peut qu’on aime alors qu’on vous aime. »

Il se tut. Le choeur des oiseaux, d’accord,
comme approuvant, reprend la mélodie.
Redoublent les colombes leurs baisers.
Tout animal se conseille l’amour.
Le chêne dur et le chaste laurier
et toute la feuillue, ample famille,
l’air et la terre, il semble qu’ils inspirent
d’amour très doux les sens et les soupirs.

***

Deb mira, egli cantó, spuntar la rosa
Del verde suo modesta e verginella,
Che mezzo aperta ancora, e mezzo ascosa,
Quanto si mostra men, tanto è più bella.
Ecco poi nudo il sen già baldanzosa
Dispiega : ecco poi langue, e non par quella,
Quella non par, che desiata avanti
Fu da mille donzelle e mille amanti.

Così trapassa al trapassar d’un giorno
Della vita mortale il fiore e ‘l verde;
Nè, perchè faccia indietro april ritorno,
Si rinfiora ella mai, nè si rinverde.
Cogliam la rosa in sul mattino adorno
Di questo dì, che tosto il seren perde;
Cogliam d’amor la rosa; amiamo or quando
Esser si puote riamato amando.

Tacque; e concorde degli augelli il coro,
Quasi approvando, il canto indi ripiglia.
Raddoppian le colombe i baci loro;
Ogni animal d’amar si riconsiglia :
Par che la dura quercia, e ‘l casto alloro,
E tutta la frondosa ampia famiglia,
Par che la terra e l’aria e formi e spiri
Dolcissimi d’amor sensi e sospiri.

(Le Tasse)

 

Recueil: Les Flèches d’Armide
Traduction: Jacques Audiberti
Editions: Imprimerie Nationale

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un ange passe (Fabienne Casteilain)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

Un ange passe
Et le silence pesant
Avant-goût du chaos
L’assourdit de son
Oppressante masse
Un ange n’y comprend rien
Quel enfer l’ici-bas

Un ange repasse
Le haut de ma chemise
En vibre imperceptiblement
La brise qu’il déplace
Dans mon cou dénudé
Signe son désespoir
De ne plus jamais avoir
D’oreilles sur la terre

Un ange trépasse

(Fabienne Casteilain)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANSON D’AUTOMNE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



CHANSON D’AUTOMNE

Je ne t’aime plus comme avant,
Et toi ?… ne mens pas de la sorte !…
Je sens ton baiser dans le vent
Tomber comme une feuille morte.
Qu’importe ! Au fond du bois glacé
Coule encor la sève éternelle.
Notre amour vient de trépasser,
Crions : Vive l’Amour, ma belle !
Nous sommes là deux amoureux,
Deux ! Au bois où l’hiver va s’abattre,
Mais quand fleuriront les coucous,
Ah ! combien, combien serons-nous ?
Quatre !

C’est pas la peine de pleurer
Puisque l’on en a pas envie…
D’autres galants vont t’adorer,
Et j’ai confiance en la Vie.
Car ici-bas, les amours sont
Comme ces rouges vers de terre,
Que la bêche met en tronçons
Un jour, dans un coin de parterre.

Pas besoin de se dire adieu
En faisant des cérémonies…
Nous nous reverrons en ce lieu
Parmi les choses rajeunies.
Nous nous retrouverons, berçant
Un nouvel amour l’un et l’autre,
Et nous saluerons en passant
Ces amours : les petits du notre

(Gaston Couté)

 

 

Posted in musique, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :