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Poésie

Posts Tagged ‘trésor’

Le Lis (II) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



La vierge est comme un lis éclatant de candeur;
Elle a ses cheveux blonds pour royale couronne,
Jeunesse et chasteté! De toute sa personne,
Il semble s’exhaler un parfum de pudeur.

Si la limpidité de ses grands yeux étonne
Et des propos d’amour sait arrêter l’ardeur,
C’est que dans l’ignorance il est une grandeur,
Et que, voile divin, la vertu l’environne.

Mais, un jour de désir, la vierge se pâmant
Laissera profaner par la main de l’amant
Tes fragiles trésors. Virginité sacrée!

Tel, au brûlant baiser de la brise égarée
Ou flotte le pollen amoureux, s’enflammant
Le lis sème dans l’air sa poussière dorée!

(José-Maria de Heredia)

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Renaissance (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Nicholas Roerich

    

Renaissance

La félicité divine n’atteint pas si tôt sa plénitude en nous,
tout ne finit pas pour nous en une vie ;
il n’est pas de terme à notre esprit
ni à la joie qu’il recherche.

Nos âmes et le ciel sont d’égale stature
et de naissance immémoriale ;
impérissable semence, moule infini de la Nature,
ils ne furent point façonnés sur terre,

ni à la terre ne lèguent-ils leurs cendres,
mais en eux-mêmes ils perdurent.
Un avenir sans fin affleure sous tes paupières,
enfant d’un passé sans fin.

De vieux souvenirs nous reviennent, de vieux rêves nous submergent,
êtres disparus que nous avons connus,
fictions et portraits ; cadres insaisissables –
ils se détachent, austères et solitaires.

Tous nos espoirs, tous nos rêves, trésors du souvenir,
sont prévisions mal déchiffrées,
mais de quelle vie, de quel lieu? Seul peut le dire
qui mesura les cieux illimités.

Le Temps est une convention tenace ; avenir et présent
vivaient dans le passé ;
ils sont une même image que nos volontés complaisantes
en trois plans ont projetée.

Le passé oublié est en nous immortel,
nos naissances et la fin proche
déjà accomplies. Vers une cime, à bout de souffle,
parfois nos âmes s’élèvent,

d’où notre pensée revient fortifiée ; car en surgit
l’immense océan du Temps
dont la houle infinie s’étend devant nos yeux,
et ses sublimes symphonies ;

et parfois, levant ce voile du mental
l’esprit regarde et voit
les âges disparus dont héritent nos vies
et les siècles à venir :

il voit des royaumes labourés par les vagues refouler l’océan –
là où surgi des troubles profondeurs
se dresse maintenant Himâlaya, il voit la marche formidable
des flots mesurer la moitié du monde ;

ou bien derrière nous, la trame se dénoue
et sur ses fils nous contemplons –
courses anciennes des étoiles, lieux jadis parcourus
dans un temps dont le souvenir s’est effacé.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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JE NE SAIS PAS… (Alfred Jarry)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



 

Alfred Jarry

JE NE SAIS PAS…

Je ne sais pas si mon frère m’oublie
Mais je me sens tout seul, immensément,
Avec loin la chère tête apalie
Dans les essais d’un souvenir qui ment.

J’ai son portrait devant moi sur la table,
Je ne sais pas s’il était laid ou beau.
Le Double est vide et vain comme un tombeau.
J’ai perdu sa voix, sa voix adorable,

Juste et qui semble faite fausse exprès.
Peut-être il l’ignore, trésor posthume.
Hors de la lettre elle s’évoque, très
Soudain cassée et caressante plume.

(Alfred Jarry)

 

 

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Au crépuscule (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




    
Au crépuscule

Bonsoir doux amour
comme disait Shakespeare
Bonsoir mon petit pote
comme disait Jules
Bonsoir bonsoir mon père
comme disait l’enfant de choeur
Bonsoir bonsoir mon fils
comme disait le curé
Bonsoir vieille noix
comme disait l’enfant de choeur
Bonsoir mon chou
comme dit le jardinier
Bonsoir les enfants
comme disent les enfants
Ariane bonsoir ma soeur
comme aurait dit Racine
Bonsoir mon trésor
Comme disent les banquiers
Bonsoir ma cocotte
comme dit la fermière
Bonsoir mon loup
comme dit la bergère
Bonsoir les amoureux
comme disent les eunuques
Bonsoir bonsoir bonsoir
comme disent les inconnus
Mille bonsoirs de bonsoirs
comme disent les militaires
les nourrices et les chaisières
Bonsoir tout le monde
comme tout le monde le dit
Vos gueules là-dedans
disent enfin les poètes
Et comme ils ont raison

(Philippe Soupault)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Nos mots (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2020




    
Nos mots

Quand le silence hurle,
Se fait assourdissant
Que des sons minuscules
Se font cris de géants
Nos mots sont des compas,
Nous guident sur l’océan
Nos mots comme continents,
Il nous restera ça

Quand les nuages filent
Sans qu’on puisse les toucher
Dans le bleu tendres îles,
Impossible d’accoster
Nos mots sont des trois mâts
Naviguent dans ces nuées
Nos mots comme nos voiliers,
Il nous restera ça

Et quand le ciel pleure,
Se grise de sanglots
Que les sons, les couleurs
Se prennent dans les rouleaux
Nos mots à bouts de bras
Sont nos armes, nos flambeaux
Nos mots comme drapeaux,
Il nous restera ça

Quand les portes sont fermées,
Que l’on reste au-dehors
Quand on a beau frapper
De nos mains, de nos corps
Nos mots resteront là,
Gravés dans le décor
Nos mots comme trésor,
Il nous restera ça

Quand mes lèvres sont scellées,
que je ne sais que dire
Quand je ne sais que pleurer
quand je voudrais sourire
Mes mots glissent tous bas,
pour éviter le pire
Mes mots comme des soupirs,
il me restera ça

Quand on voudrait fixer
Chaque souvenir chaque nuit
Pour ne rien oublier
De chaque sensation
Les mots sont nos combats,
Les mots sont l’émotion
Nos mots comme chansons
Il nous restera ça
Il nous restera ça

(Luciole)

 

Paroliers : David Babin / Angelo Foley / Lucile Gerard

   

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L’infinie (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



L’infinie

Tu vois ces mains ? Elles ont mesuré
la terre, elles ont séparé
minéraux et céréales,
elles ont fait la paix, la guerre,
abattu les distances
de toutes les mers et de tous les fleuves,
pourtant,
quand elles te parcourent
toi, la petite,
le grain de blé, l’alouette,
elles n’arrivent pas à t’étreindre en entier,
elles peinent pour atteindre
les colombes jumelles
qui sur tes seins reposent ou volent,
elles parcourent les distances de tes jambes,
elles s’enroulent à la clarté de ta ceinture.
Tu es pour moi un trésor plus chargé
d’immensité que la mer et ses grappes
et tu es blanche et bleue et tu es vaste comme
la terre à l’heure des vendanges.
Sur ce territoire,
de tes pieds à ton front
je passera ma vie
à marcher, à marcher, à marcher.

(Pablo Neruda)


Illustration: John Collier

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Fiat Voluntas (Louis-Honoré Fréchette)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



 

Jean Delville 52 [1280x768]

Fiat Voluntas

Vous me l’aviez donné, vous me l’avez ôté ;
Mon cher petit trésor, mon amour blond et rose,
Lui qui, d’un seul sourire, en mes jours de névrose,
Ramenait à mon front le calme et la gaîté !

Vous me l’avez ôté, Seigneur ; et quand j’arrose
De mes pleurs le berceau vide qu’il a quitté,
Je sens que le bonheur et la sérénité
Ont aussi déserté mon pauvre cœur morose.

Mon chérubin chéri, mon doux bébé mignon,
De mes vieux ans futurs et dernier compagnon,
Vous me l’aviez donné dans un beau jour de fête.

Un seul de ses regards était pour moi sans prix ;
Pourquoi donc en mes bras l’avoir si tôt repris ?..
Et pourtant, ô mon Dieu, ta volonté soit faite !

(Louis-Honoré Fréchette)

Illustration: Jean Delville

 

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L’infinie (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019




L’infinie

Tu vois ces mains ? Elles ont mesuré
la terre, elles ont séparé
minéraux et céréales,
elles ont fait la paix, la guerre,
abattu les distances
de toutes les mers et de tous les fleuves,
pourtant,
quand elles te parcourent
toi, la petite,
le grain de blé, l’alouette,
elles n’arrivent pas à t’étreindre en entier,
elles peinent pour atteindre
les colombes jumelles
qui sur tes seins reposent ou volent,
elles parcourent les distances de tes jambes,
elles s’enroulent à la clarté de ta ceinture.
Tu es pour moi un trésor plus chargé
d’immensité que la mer et ses grappes
et tu es blanche et bleue et tu es vaste comme
la terre à l’heure des vendanges.
Sur ce territoire,
de tes pieds à ton front
je passera ma vie
marcher, à marcher, à marcher.

(Pablo Neruda)

Illustration: Fernand Cormon

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LA PLUIE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



LA PLUIE

La pluie et moi marchions
Bons camarades
Elle courait devant et derrière moi
Et je serrais notre trésor dans mon coeur
Elle chantait pour nous cacher
Elle chantait pour endormir mon coeur

Elle passait sur mon front sa peau mouillée
Et humaine ma chère pluie
Elle tendait l’oreille
Pour savoir si mon chant silencieux était anéanti

Elle me met les mains sur les épaules
Et court tant haut dans la plaine du ciel
Et tant me montre les diamants du soleil
Et tant toujours me caresse la peau
Et tant toujours me chante dans les os
Que je deviens un bon camarade

J’entonne une grande chanson
Qu’on entend et les cabarets et les oiseaux
Disent à notre passage Maintenant
Ils chantent tous les deux

(Pierre Morhange)

Illustration

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Il Changeait La Vie (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Il Changeait La Vie

C’était un cordonnier, sans rien d’particulier
Dans un village dont le nom m’a échappé
Qui faisait des souliers si jolis, si légers
Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter

Il y mettait du temps, du talent et du coeur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie

C’était un professeur, un simple professeur
Qui pensait que savoir était un grand trésor
Que tous les moins que rien n’avaient pour s’en sortir
Que l’école est le droit qu’a chacun de s’instruire

Il y mettait du temps, du talent et du coeur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie

C’était un p’tit bonhomme, rien qu’un tout p’tit bonhomme
Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme
Se croyait inutile, banni des autres hommes
Il pleurait sur son saxophone

Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur
Les rêves de sa vie, les prisons de son coeur
Et loin des beaux discours, des grandes théories
Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris
Il changeait la vie

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Louis Toffoli

 

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