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Poésie

Posts Tagged ‘tressaillement’

Dans une bière (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Dans une bière

Étendu dans une bière
Comme en un habit de bois,
Étendu,
Disons que c’est un vaisseau
Sur les vagues de l’orage,
Disons que c’est un berceau.

Au point
Où les corps se séparèrent
Du temps,
Ma sœur je t’appelle,
Mon cri, tu l’entends
De loin.

Un tressaillement dans la bière,
Un corps imprévu ?
Tu viens.
Je reconnais tes paupières
Ton souffle
Et ta lumière.

Voici le visage du monde,
Aujourd’hui là,
Demain là-bas,
Maintenant dans une bière
Comme en un habit de bois,
S’exhale encore ma parole.

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Dans un soir heureux (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



Dans un soir heureux de sa courbe
les derniers tressaillements des ombres
un buisson éclos d’une ruine
les herbes fauchées
sur les prés comme une chrysalide
contre la voie ferrée
les graminées ailes repliées
en plein ciel
l’élan des peupliers
le vertige du vide

(Georges Bonnet)

Illustration: Guillaume Bourquin

 

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POÈMES BLEUS (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



 

POÈMES BLEUS

J’allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m’a très jeune fasciné
Qui m’est aimant quand je suis loin
Qui m’est douleur quand de trop près
J’en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d’horizons.
Les hommes partout se ressemblent
Les lieux n’y pourront jamais rien
Les lieux ne nous donnent à vivre
Qu’avec parcimonie
Pour renouveler le bail, le contrat qui nous lie
A nos frères, puisqu’il paraît.
Et je quittais mes amis, que j’aime bien
Qu’il m’est difficile d’aimer tous à la fois
Quand par hasard ils se connaissent
Et qu’on se retrouve autour d’une table ;
Je quittais mes amis dont j’ai besoin
Et qui me font souffrir comme un pays,
Comme la Bretagne
Que j’aurai maintenant tant de mal à quitter,
J’ai si peur de mourir ailleurs.

I1 est long à se déclarer, ce pays
On n’en perçoit pas tout de suite
Le tressaillement organique
On le trouve généralement beau
C’est une manière
De s’en débarrasser.
Il faut s’y enfoncer s’y perdre
Comme dans l’amour justement,
En connaître toutes les saisons
Et surtout celle-là où l’homme
Perd un peu de son ombre
Et surtout celle-là l’hiver
Qui rend les choses à leur nom.

Il faut que je te retire de moi, la Bretagne,
Que je t’arrache comme une grosse dent,
Que je me fasse mal, essayant
De m’oublier pour que tu vives
Sans moi, sans moi, qui ne peux plus te suivre
Dès lors que je t’aime au présent,
Que je t’ouvre comme un éventail
Comme un ventre de boeuf
Comme une huître
Et que par la grâce de cette effraction
Un peu de ta vie même
Se jette au vent
Avec tes hommes et tes femmes
Tes colères et tes langueurs,
Avec tes grand-mères, si nombreuses
Qu’on pourrait croire que ce sont elles
Qui naissent ici chaque jour.

(Georges Perros)

 

 

 

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Des maisons, une maison (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2016



 

Des maisons, une maison,
La maison de tous les soirs,

Celle qui est un visage,
Une présence qui glisse,
Une voix dans le couloir,
Une chambre à jamais vide,

Celle-là, et puis une autre
Dans une rue oubliée
Dont le nom. n’est plus un nom
Mais un sourd tressaillement.

(Louis Emié)

Illustration: Edward Hopper

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Déclin d’amour (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2016




Déclin d’amour

Dans le mortel soupir de l’automne, qui frôle
Au bord du lac les joncs frileux,
Passe un murmure éteint : c’est l’eau triste et le saule
Qui se parlent entre eux.

Le saule : « Je languis, vois ! Ma verdure tombe
Et jonche ton cristal glacé ;
Toi qui fus la compagne, aujourd’hui sois la tombe
De mon printemps passé. »

Il dit. La feuille glisse et va jaunir l’eau brune.
L’eau répond : « Ô mon pâle amant,
Ne laisse pas ainsi tomber une par une
Tes feuilles lentement ;

« Ce baiser me fait mal, autant, je te l’assure,
Que les coups des avirons lourds ;
Le frisson qu’il me donne est comme une blessure
Qui s’élargit toujours.

« Ce n’est qu’un point d’abord, puis un cercle qui tremble
Et qui grandit, multiplié ;
Et les fleurs de mes bords sentent toutes ensemble
Un sanglot à leur pied.

« Que ce tressaillement rare et long me tourmente !
Pourquoi m’oublier peu à peu ?
Secoue en une fois, cruel, sur ton amante
Tous tes baisers d’adieu ! »

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration

 

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Si on sortait la tête hors du trou (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2015


mythe-des-cavernes--C-

– Si on sortait la tête
hors du trou
on verrait quoi?

– Un autre trou
plus profond.
Tu ne progresses
tu ne gravites
qu’n faisant le vide.

– Détenu sur la parole
de mon judas,
de mon jadis,
je suis l’âme-icône
qui ne s’explique avec ses feuilles
qu’à travers tes nervures.

– C’est vrai je l’entends bruire
ce rebut de lèvres,
des ruines parcourues de tressaillements.
Chien d’aveugle il faut dresser l’aube.

(Charles Dobzynski)

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