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Posts Tagged ‘tressaillir’

Il y a des nuits superbes et si douces (Patricia Ahdjoudj)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 

Bao-Pham Thienbao 4lzstl

Il y a des nuits superbes et si douces
des nuits de tamaris fleuris
des nuits au goût de fête sacrée
Il y a des nuits sublimes d’ironie
des nuits à se trancher la gorge
des nuits à s’ouvrir les veines
et libérer la course folle du désespoir
Il y a des nuits d’amour ébréché
quand le cœur tressaille sous la douleur
comme un oiseau aux ailes brisées
Il y a des nuits superbes et si douces
Il y a des nuits d’amour amer

(Patricia Ahdjoudj)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Bao-Pham Thienbao

 

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La moelle des villes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



La moelle des villes

S’enfoncer dans l’étau d’une ville
Longer les parois de sa nuit
Marcher sur sa membrane d’asphalte
Avancer sous la dalle de son ciel
Arpenter ses méandres
Tressaillir de son cri

Forer l’os des solitudes
Se heurter au mutisme des seuils
Frôler l’arbre aux aguets

Se glisser dans la texture
Des pierres
Pénétrer la trame
Des murailles
S’imprégner des noces
Du fleuve et des pavés

Débusquer ses lueurs
Puiser sources sous son gravier
Faire émerger la Ville
De ses suaires

S’infiltrer dans sa moelle

Lui faire jour
Se faire jour !

(Andrée Chedid)


Illustration: Gottfried Salzmann

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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BONNE FORTUNE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


 


 

Alexander Sulimov -   (26)

BONNE FORTUNE
À Théodore de Banville.

Tête penchée,
OEil battu,
Ainsi couchée
Qu’attends-tu ?

Sein qui tressaille,
Pleurs nerveux,
Fauve broussaille
De cheveux,

Frissons de cygnes
Sur tes flancs,
Voilà des signes
Trop parlants.

Tu n’es que folle
De ton corps.
Ton âme vole
Au dehors.

Qu’un autre vienne,
Tu feras
La même chaîne
De tes bras.

Je hais le doute,
Et, plus fier,
Je te veux toute,
Âme et chair.

C’est moi (pas l’autre!)
Qui t’étreins
Et qui me vautre
Sur tes seins.

Connais, panthère,
Ton vainqueur
Ou je fais taire
Ta langueur.

Attache et sangle
Ton esprit,
Ou je t’étrangle
Dans ton lit.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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LE SOMMEIL (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Paul Delvaux
    
LE SOMMEIL

Un livre de ses mains tombe
quand le fermier s’endort
couché dans des draps vastes
des femmes dans son rêve décolletées
et jalouses
luttent pour leur bonheur
au milieu d’un jardin
où sur l’eau d’un bassin
l’image d’un mur tressaille
et celle des torses
soulevés par une respiration
qui semble à la mesure
de la silencieuse beauté.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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COUPLE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
COUPLE

L’homme sortit pour voir
la peau de sa compagne tressaillit
près des fleurs jamais nue
sauf ce soir
passèrent les herses flamboyantes ;
retourné dans la pièce à tout faire
il contempla un visage
un torse usés à peine
la robe déposée
un instant lui sembla
comme le drapeau noir
au temps de l’anarchie
et des vieux parents.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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TABLEAU (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration
    
TABLEAU

Une âpre femme arrive
qui jette dans la corbeille
les noix du grand noyer
tout peut bien être remis en cause
pour longtemps, pour toujours
paraît-elle dire à tous les autres.
Sort-elle du tableau
d’un vieux peintre oublié
où la vérité
approche le mystère ?
Les haillons troués
laissent voir un peu d’une gorge
un des hommes tressaille
près d’une hache, d’une chaise
à dossier courbe,
d’une pendule active.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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PAROXYSME (Manuel Maples Arce)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018


 


Claude Monet_train campagne

 

PAROXYSME

En route vers d’autres rêves nous sommes sortis avec la
fin du jour ;
une étrange aventure
nous a effeuillés dans le bonheur de la chair
et le coeur change
entre elle et la désolation du voyage.

Dans l’agglomération des quais
les sanglots ont tout à coup éclaté ;
ensuite, pendant toute la nuit
sous mes rêves,
j’entends ses plaintes
et ses prières.

Le train est une rafale de fer
qui gifle le panorama et émeut tout.

J’épuise son souvenir
jusqu’au fond
de l’extase,
et battent dans le coeur
les couleurs lointaines de ses yeux.

Aujourd’hui, nous passerons tout près de
l’automne
et les prairies seront jaunes.

Je tressaille à cause d’elle !
Horizons inhabités de l’absence !

Demain tout sera
ennuagé de ses larmes,
et la vie qui arrive
est faible comme un souffle.

(Manuel Maples Arce)

Illustration: Claude Monet

 

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PASSERELLES (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018


 


Alla Chakir  7afb

 

PASSERELLES

D’un souffle sur les vitres
qui se ramifie,
se dissipe, la nuit entière,
tu recrées la confiance.

Si tendre, la paume,
les yeux grands ouverts,
aucun mur ne s’oppose
à l’aube, à l’odeur du large.

Ces fleurs qui tressaillent
entre des pierres :
qu’un mot te franchisse,
toi aussi tu es libre.

Plein été, tu dis «neige»,
ce sera «fruit », l’hiver,
le plaisir est le même
d’aller plus loin.

Le front toujours nu,
le vent des falaises,
peu importe où l’on va,
un enfant nous devance.

(Pierre Dhainaut)

Illustration: Alla Chakir

 

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Je suis semblable à la licorne (Thibaut de Champagne)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Je suis semblable à la licorne
Qui contemple, fascinée,
La vierge que suit son regard.
Heureuse de son tourment,
Elle tombe pâmée en son giron,
Proie offerte au traitre qui la tue.
Ainsi de moi, je suis mis à mort.
Amour et ma dame me tuent.
Ils ont pris mon coeur, je ne peux le reprendre.

Dame, quand je fus pour la première fois
Devant vous, quand je vous vis,
Mon coeur si fort tressaillit
Qu’il est resté auprès de vous quand je partis.
Alors il fut emmené sans rançon
Et enfermé dans la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Les portes, de contemplation,
Et les chaînes, de bon espoir.

Amour a la clef de la prison,
Il la fait garder par trois portiers :
Beau visage a nom le premier,
Beauté exerce ensuite son pouvoir ;
Obstacle est mis devant l’entrée,
un être sale, félon, vulgaire et puant,
Plein de malveillance et de scélératesse.
Ces gardiens rusés et rapides
Ont tôt fait de se saisir d’un homme !

Qui pourrait supporter les brimades
Et les assauts de ces geôliers ?
Jamais Roland ni Olivier
Ne remportèrent de si rudes batailles.
Ils triomphèrent, les armes à la main,
Mais ceux-là, seule Humilité peut les vaincre
Dont Patience est le porte-étendard.
En ce combat dont je vous parle,
Il n’est d’autre recours que la pitié.

Dame, je ne redoute rien tant
Que de manquer à vous aimer.
J’ai tant appris la souffrance
Qu’elle m’est liée tout entier à vous.
Et même, s’il vous déplaisait,
Je ne pourrais renoncer à vous
Sans emporter au moins mes souvenirs.
Mon coeur, lui, restera en prison,
Et peut être moi-même…

(Thibaut de Champagne)

 

 

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