Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tresse’

RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pour accéder à une vie nouvelle (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
Pour accéder à une vie nouvelle, à la Sainte-Brigide,
Il fallait traverser sa ceinture de paille tressée :
Les hommes devaient passer d’abord la jambe droite,

Puis le bras droit, l’épaule droite, la tête, enfin l’épaule,
Le bras et la jambe gauches. Les femmes l’enfilaient
De la tête jusqu’aux pieds, puis sortaient de ce cercle.

L’espace ouvert soudain par ces gestes
Etait plus ouvert, dans la chute des cerceaux
Chacun pouvait sentir encore la douceur

De l’air de février sur sa tête, imaginer la tresse
Qui vacillait en s’effilant comme glanes au vent
Ou un chardonneret survolant les labours.

***

On St Brigid ‘s Day the new life could be entered
By going through her girdle of straw rope:
The proper way for men was right leg first,

Then right arm and right shoulder, head, then left
Shoulder, arm and leg. Women drew it down
Over the body and stepped out of it.

The open they came into by these moves
Stood opener, hoops came off the world,
They could feel the February air

Still soft above their heads and imagine
The limp rope fray and flare like wind-borne gleanings
Or an unhindered goldfinch over ploughland.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Spleen des nuits de juillet (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Spleen des nuits de juillet

Les jardins de rosiers mouillés de clair de lune
Font des rumeurs de soie, aux langueurs des jets d’eau
Ruisselant frais sur les rondeurs vertes des dos
Contournés de tritons aspergeant un Neptune.

Aux berges, sous des noirs touffus, où des citrons
Voudraient être meurtris des lunaires caresses,
Des Vierges dorment, se baignent, défont leurs tresses,
Ou par les prés, les corps au vent, dansent en rond.

D’autres, l’écume aux dents, vont déchirant leurs voiles,
Pleurant, griffant leurs corps fiévreux, pleins de
Saccageant les rosiers et mordant les gazons, frissons,
Puis, rient ainsi que des folles, vers les étoiles.

Et d’autres, sur le dos, des fleurs pour oreillers,
Râlent de petits cris d’épuisantes délices;
Sur leurs seins durs et chauds, leurs ventres et leurs cuisses,
Effeuillent en rêvant des pétales mouillés,

Des blancheurs se cherchant s’agrafent puis s’implorent,
Roulant sous les buissons ensanglantés de houx
D’où montent des sanglots aigus mourants et doux,
Et des halètements irrassasiés, encore…

Ah! spleen des nuits d’été! Universel soupir,
Miséré des vents, couchants mortels d’automne;
Depuis l’éternité ma plainte monotone
Chante le Bienaimé qui ne veut pas venir!

Ô Bienaimé! Il n’est plus temps, mon coeur se crève
Et trop pour t’en vouloir, mais j’ai tant sangloté,
Vois-tu, que seul m’est doux le spleen des nuits d’été,
Des nuits longues où tout est frais, comme un grand rêve…

(Jules Laforgue)


Illustration: Irma Kusiani

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

FIN DE SIÈCLE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



 

Illustration: Vincent Van Gogh
    
FIN DE SIÈCLE

Une mouche marchait sur l’initiale
d’un drap lourd de silence
on éveilla l’enfant
un trente et un décembre
pour qu’il pût voir la fin d’un siècle
des visages épuisés
s’en adoucirent aux lueurs des flammes ;
fronces, guipures, tresses
résisteraient des mois encore
l’avare ayant ouvert son coffre
avait rassasié son regard
mille ans après
tombe toujours la pluie
sur un village.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Avril (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



 

Alexandr Sulimov -  (33)

Avril

Avril, l’honneur et des bois
Et des mois,
Avril, la douce esperance
Des fruits qui soubs le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance ;

Avril, l’honneur des prez verds,
Jaune, pers,
Qui d’une humeur bigarrée
Emaillent de mille fleurs
De couleurs
Leur parure diaprée ;

Avril, l’honneur des souspirs
Des zephyrs,
Qui, soubs le vent de leur aelle,
Dressent encore es forests
Des doux rets
Pour ravir Flore la belle ;

Avril, c’est ta douce main
Qui du sein
De la nature desserre
Une moisson de senteurs
Et de fleurs,
Embasmant l’aer et la terre.

Avril, l’honneur verdissant,
Florissant
Sur les tresses blondelettes
De ma dame, et de son sein
Tousjours plein
De mille et mille fleurettes ;

Avril, la grace et le ris
De Cypris,
Le flair et la douce haleine ;
Avril, le parfum des dieux
Qui des cieux
Sentent l’odeur de la plaine.

C’est toy courtois et gentil
Qui d’exil
Retire ces passageres,
Ces arondelles qui vont
Et qui sont
Du printemps les messageres.

L’aubespine et l’aiglantin,
Et le thin,
L’oeillet, le lis et les roses,
En ceste belle saison,
A foison,
Monstrent leurs robes écloses.

Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Decoupe dessoubs l’ombrage
Mille fredons babillars,
Fretillars
Au doux chant de son ramage.

C’est à ton heureux retour
Que l’amour
Souffle à doucettes haleines
Un feu croupi et couvert
Que l’hyver
Receloit dedans nos veines.

Tu vois en ce temps nouveau
L’essaim beau
De ces pillardes avettes
Volleter de fleur en fleur
Pour l’odeur
Qu’ils mussent en leurs cuissettes.

May vantera ses fraischeurs,
Ses fruicts meurs
Et sa feconde rosée,
La manne et le sucre doux,
Le miel roux,
Dont sa grace est arrosée.

Mais moy je donne ma voix
A ce mois,
Qui prend le surnom de celle
Qui de l’escumeuse mer
Veit germer
Sa naissance maternelle.

(Rémy Belleau)

Illustration: Alexander Sulimov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONGERIE CREUSE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



Illustration: Olga Naletova

    
SONGERIE CREUSE

A celui qui pense au néant
on fit pourtant voir
les jeux multiples
des ombres
drapeaux au-dessus d’hommes armés
carrefours au soleil voilé
laines douces aux mains vives
tresses de cheveux ornées
de rubans déchirants
battant de porte ouvert sur les champs
carreau de fenêtre
où frappe le fou serviable
pour héler en passant
un morne habitant.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE FRUIT PROVISOIRE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

Michael Whelan d_XL

LE FRUIT PROVISOIRE

Paroles interprétant nos brumes
Interrogeant nos déserts
Jours en charpies
Mots en tessons raclant nos terriers

Quel chant soudain vous échappe
Disloque vos mailles
Surplombe vos pages tressées ?

Partout la graine imagine
Et le printemps s’accorde à ce qui le détruit

Partout se recompose le fruit provisoire
La fleur sans détours habite parmi les bruits.

(Andrée Chedid)

Illustration: Michael Whelan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vous ne serez plus là (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration
    

Vous ne serez plus là

Un soir vous reviendrez
je ne serai plus là
L’effluve des lilas
dans la tresse des rues
En avril quand les branches jouent
leur partition stellaire
En avril quand l’éclat
du soleil se pigmente
Vous verrez sur la vitre
se peindre la buée
De toute notre vie
en souvenir muée
Notre vie si semblable
à celles qu’on ignore
Mais qui sut nous apprendre
la langue de l’aurore
Un soir je reviendrai
vous ne serez plus là
Mais aimer dans l’absence
doublera ses lilas.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’EST BIEN VRAI (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018



 

Illustration: Edvard Munch
    
C’EST BIEN VRAI

Ah, qu’il me coûte de peine
à t’aimer comme je t’aime!

Amoureux, l’air me fait mal,
mon coeur
et mon chapeau même.

Qui donc voudra m’acheter
ce galon tressé de soie
cette tristesse de fil
blanc à faire des mouchoirs ?

Ah, qu’il me coûte de peine
à t’aimer comme je t’aime!

(Federico Garcia Lorca)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA FILLETTE ET LE POEME (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



 

LA FILLETTE ET LE POEME

« Le poème, qu’est-ce que c’est ?
M’a demandé une fillette :
Des pluies lissant leurs longues tresses,
Le ciel frappant à mes volets,
Un pommier tout seul dans un champ
Comme une cage de plein vent,
Le visage triste et lassé
D’une lune blanche et glacée,
Un vol d’oiseaux en liberté,
Une odeur, un cri, une clé ? »

Et je ne savais que répondre
Jeu de soleil ou ruse d’ombre ? –
Comment aurais-je su mieux qu’elle
Si la poésie a des ailes
Ou court à pied les champs du monde ?

(Maurice Carême)

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :