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Posts Tagged ‘triomphal’

TANDIS QUE TRAVERSAIT LA BELLE… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Carolus Duran
    
TANDIS QUE TRAVERSAIT LA BELLE…

Tandis que traversait la Belle,
Près des moineaux vinrent s’asseoir
Les colombes en ribambelle.

Frôlant la marche du trottoir
Apparut la claire cheville
Tel un point d’aube dans le noir.

Comme brise sous la charmille,
L’éраulе frémit. Un gamin
S’éprenait de la jeune fille.

Les éclats du ciel citadin
Et la démarche aérienne
Vous rendaient joyeux, plein d’entrain !

On souriait à cette Reine,
Racine et branche pour mon coeur,
Ce dont nul ne concevait peine.

Sur mes genoux, tout en douceur,
Empêchant qu’on vînt me la prendre,
Je la berçai. Mais j’avais peur.

Nul pourtant ne vint nous surprendre.
Ils étaient d’humeur amicale,
L’envie expirait sans attendre…

Et la Belle avançait, royale !
Et le vent svelte la suivait
Dans sa démarche triomphale.

La fraîcheur du vent l’habillait !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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MESSAGE (Salvador Espriu)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration
    
MESSAGE

— Des lointaines rives glacées,
de la mémoire fidèle de la nuit, où ne s’enracine
le rêve errant de l’espérance,
elle vient te chercher, te chercher, petit homme.

Vois t’envelopper le triomphe des asphodèles,
vois s’avancer la dame
sans yeux, la barque
du vieillard solitaire.

Elle vient te chercher, te chercher. Te montrer,
sur tout le silence de la mer, le royaume
fidèle de la nuit, où fleurissent
faiblement, triomphales, les asphodèles.

***

— De llunyanes riberes glaçades,
de la memòria fidel de la nit, on no arrela
el somni vagarós de l’esperança,
ve per tu, ve per tu, petit home.

Mira corn et volta el triomf deis asfòdels,
mira corn avança la dama
sense ulls, la barca
del veil solitari.

Ve per tu, ve per tu. A mostrar-te,
per tot el silenci del mar, el reialme
fidel de la nit, on floreixen
pal lidament, en triomf, els asfòdels.

(Salvador Espriu)

 

Recueil: Cimetière de Sinera
Traduction: Mathilde et Albert Bensoussan et Denise Boyer
Editions: Ibériques

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VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Gaston Bussiere (1862-1929)      g

VALSE

I.

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas ;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide !

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide !

II.

Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts ;
Il mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime ! »

Ne jamais plus le voir…
À présent tout est noir ;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte
Moi, je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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VALSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Illustration: Félix Vallotton
    
VALSE

Loin du bal, dans le parc humide
Déjà fleurissaient les lilas;
Il m’a pressée entre ses bras.
Qu’on est folle à l’âge timide!

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal,
Il me dit ce blasphème :
« Je vous aime! »

Puis j’allai chaque soir,
Blanche dans le bois noir,
Pour le revoir
Lui, mon espoir, mon espoir
Suprême.

Loin du bal dans le parc humide
Qu’on est folle à l’âge timide!

II
Dans la valse ardente il t’emporte
Blonde fiancée aux yeux verts;
ll mourra du regard pervers,
Moi, de son amour je suis morte.

Par un soir triomphal
Dans le parc, loin du bal
Il me dit ce blasphème :
«Je vous aime!

Ne jamais plus le voir…
A présent tout est noir;
Mourir ce soir
Est mon espoir, mon espoir
Suprême.

Dans la valse ardente il l’emporte.
Moi je suis oubliée et morte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rêve (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



    

Rêve

Ô mes auteurs chéris, vous qui, lorsque je pleure,
Me consolez toujours, m’entourez à toute heure,
Vos écrits ont calmé mes pensers dévorants,
Et je vous aime tous, en amis, en parents !…

Dans mes rêves brillants, fils de la poésie,
Je vois s’ouvrir pour moi votre foule choisie ;
Votre voix m’encourage, et je vous dis comment
Ma jeunesse a passé de tourment en tourment :
Comment, sans qu’un ami soit venu leur sourire,
Je fis mes premiers vers sans savoir les écrire ;
On m’interdit l’étude, ainsi que l’on défend
Le jeu, qui le distrait, au paresseux enfant.
Et je cachais à tous, comme on cache des crimes,
Les désirs du poète et ses penchants sublimes !…

Alors, comme un tribut pour ce que j’ai souffert,
Le laurier triomphal par vos mains m’est offert.

(Louise Colet)

 

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La chaste vérité (Francis Vignaud)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



La chaste vérité qui meurt de son orgueil
Pour avoir cru, et là, c’est toute sa faiblesse,
Passer sans encombre le redoutable écueil
Du mensonge grossier et sans délicatesse

Le rire de l’enfant est comme le cristal
Il se brise en tombant en un pur son royal ;
Tous ses éclats volants, bouquet monumental,
Percent nos meurs fervents d’un amour triomphal.

(Francis Vignaud)

 

 

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Le chant de l’eau (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



Le chant de l’eau

L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.

Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Oh ! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air,
Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
Et les baisers multipliés du flot
Sur la nuque et le dos,
Et les courbes et les anneaux
De l’onduleuse chevelure
Ornant les deux seins triomphaux
D’une ample et flexible parure ;
Et les vagues violettes ou roses
Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
Autour des flancs, autour des reins ;
Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses !

La belle fille aux cheveux roux
Pose un pied clair sur les cailloux.
Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
Pour recueillir au bord,
Parmi les lotiers d’or,
La menthe fine ;
Ou bien encor
S’amuse à soulever les pierres
Et provoque la fuite
Droite et subite
Des truites
Au fil luisant de la rivière.

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
Et les oiseaux vifs et vermeils
Volent et volent,
Et l’ombre de leurs ailes
Passe sur elle.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Emile Chabas

 

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MARGUERITE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




MARGUERITE

I

Mon jardin est peuplé de chimère et de fleurs :
Maturité des fruits ou promesse des roses ?
Marchant dans la blancheur des lis, mon ange en pleurs
Murmure des secrets au seuil des printemps roses.

Azure d’un vol bleu les confins de l’enclos !
Ah ! comme la beauté triste de tes murmures
Adoucirait mon coeur, si l’aveu des sanglots,
Ange, pouvait s’entendre au-delà des ramures !

Renaissantes splendeurs des lunes sur le parc !
Refrains des soleils morts qui traînent sous les branches !
Réveillez-vous, Espoirs, et soutenez un arc
Richement triomphal sur les pelouses blanches.

II

Guide-moi vers l’ombrage où nous attend l’Amour.
Garde bien l’oasis et les floraisons vertes :
Glorifiant la nuit sur la tombe du jour,
Glanons de beaux rayons aux murailles désertes.

Un astre que nos voeux sauront longtemps bénir
Unira nos destins flambants de feux de cierges.
Unique volupté ! Frissons de souvenir !
Ubéreuse aventure à travers les champs vierges !

Est-ce que je devrais, à l’ombre du bonheur,
Effeuiller de nouveau les peines et les larmes ?
Errants dans la forêt où chasse la Douleur,
Emploierons-nous la vie à conquérir des charmes ?

III

Rêves que j’ai formés depuis que ton regard
Remplace au firmament les miracles stellaires !
Reposons-nous tardifs dans la paix des remparts
Roses de crépuscule et de visions claires…

Il me faut t’ériger un temple de bambous,
Immoler à tes pieds ma plus tendre génisse.
Ivre, je répandrai son sang sur tes genoux :
Immobile elle aura l’ardeur du sacrifice.

Tenterai-je l’assaut des autels que défend
Ton geste impérial de sibylle et de reine ?
Tu fixeras plutôt dans mes songes fervents,
Timides et pieux notre heure souveraine.

Enlacés dans le faste et l’éclat du matin,
Ensemble nous lierons les gerbes du destin :
Et nous irons cueillir des fleurs de « Marguerite »
Enceintes de parfum, de silence et de rite…

(Jacques Rabemananjara)

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PAIN DE NUIT (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



dragées  [800x600]

PAIN DE NUIT

Au fond de certains songes est un gros pain
de chair bise
volé un jour de neige
mais là, cette nuit de la femme
était totale
sans étoiles avec un pain étroit
émietté de minute en minute
et porté jusqu’à sa bouche mauve
et tout un chacun disait d’elle :
il faut lui tenir
la dragée haute.
Dérision, ô dragées jetées aux enfants assistés
et dont l’amande éclate sous leurs dents
par le triomphal matin
d’un printemps qui ne revient pas.

(Jean Follain)

 

 

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CHÂTEAUX EN ESPAGNE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



CHÂTEAUX EN ESPAGNE

Je rêve de marcher comme un conquistador,
Haussant mon labarum triomphal de victoire,
Plein de fierté farouche et de valeur notoire,
Vers des assauts de ville aux tours de bronze et d’or.

Comme un royal oiseau, vautour, aigle ou condor,
Je rêve de planer au divin territoire,
De brûler au soleil mes deux ailes de gloire
À vouloir dérober le céleste Trésor.

Je ne suis hospodar, ni grand oiseau de proie ;
À peine si je puis dans mon coeur qui guerroie
Soutenir le combat des vieux Anges impurs ;

Et mes rêves altiers fondent comme des cierges
Devant cette Ilion éternelle aux cent murs,
La ville de l’Amour imprenable des Vierges !

(Emile Nelligan)


Illustration: Marie-Pierre Kuhn

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