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Poésie

Posts Tagged ‘triomphant’

SILENCE (Antoine Tudal)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2022



Illustration: Marie-Christine Thiercelin
    
SILENCE

Je veux faire un poème
Rien qu’avec du silence
Que je ponctuerai
De points exclamatifs
Un silence, un soupir
Silence entre guillemets
Silence grave aigu
Ou interrogatif
Silence triomphant
Et silence coupable.
J’y mêlerai des larmes
Je le déchirerai
Par des cris de douleur
Je l’amplifierai
Par un peu de vacarme
Et beaucoup de malheur
Suivi de bruits de pas
Et ainsi que le jour
Frappant un clair de lune
La mort en s’y glissant
Ne s’y entendra pas.

(Antoine Tudal)

 

Recueil: Souspente
Traduction:
Editions: Le bruit du Temps

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LE CHAT (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    

LE CHAT

Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire
Par son être magique où s’incarne le sphinx ;
Par le charme câlin de la lueur si claire
Qui s’échappe à longs jets de ses deux yeux de lynx,
Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire.

Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,
Il ondule, se cambre et regimbe aux doigts lourds ;
Et lorsque sa fourrure abrite une chair grasse,
C’est la beauté plastique en robe de velours :
Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,

Vivant dans la pénombre et le silence austère
Où ronfle son ennui comme un poêle enchanté,
Sa compagnie apporte à l’homme solitaire
Le baume consolant de la mysticité
Vivant dans la pénombre et le silence austère.

Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre,
C’est bien l’âme du gîte où je me tiens sous clé ;
De la table à l’armoire et du fauteuil à l’âtre,
Il vague, sans salir l’objet qu’il a frôlé,
Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre.

Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue
Où livres et cahiers gisent ouverts ou clos,
Il passe comme un souffle, effleurant de sa queue
La feuille où ma pensée allume ses falots,
Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue.

Quand il mouille sa patte avec sa langue rose
Pour lustrer son poitrail et son minois si doux,
Il me cligne de l’œil en faisant une pause,
Et je voudrais toujours l’avoir sur mes genoux
Quand il mouille sa patte avec sa langue rose.

Accroupi chaudement aux temps noirs de décembre
Devant le feu qui flambe, ardent comme un enfer,
Pense-t-il aux souris dont il purge ma chambre
Avec ses crocs de nacre et ses ongles de fer ?
Non ! assis devant l’âtre aux temps noirs de décembre

Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes
À la face bizarre, aux tétons monstrueux,
Il songe à l’angora, mignonne des mignonnes,
Qu’il voudrait bien avoir, le beau voluptueux,
Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes.

Il se dit que l’été, par les bons clairs de lune,
Il possédait sa chatte aux membres si velus ;
Et qu’aujourd’hui, pendant la saison froide et brune,
Il doit pleurer l’amour qui ne renaîtra plus
Que le prochain été, par les bons clairs de lune.

Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve,
Et quand nous en sortons encor pleins de désir,
Il nous jette un regard jaloux et presque fauve
Car tandis que nos corps s’enivrent de plaisir,
Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve.

Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte,
Comme pour y cueillir un brin de volupté,
La passion reluit dans sa prunelle verte :
Il est beau de mollesse et de lubricité
Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte.

Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante,
Dans le creux où son corps a frémi dans mes bras,
Il se roule en pelote, et sa tête charmante
Tourne de droite à gauche en flairant les deux draps,
Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante.

Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule,
Et quand il s’est grisé de la senteur d’amour,
Il s’étire en bâillant avec un air si drôle,
Que l’on dirait qu’il va se pâmer à son tour ;
Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule.

Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières
Où, matou lovelace et toujours triomphant,
Il s’amuse à courir pendant des nuits entières
Les chattes qu’il enjôle avec ses cris d’enfant :
Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières.

Panthère du foyer, tigre en miniature,
Tu me plais par ton vague et ton aménité,
Et je suis ton ami, car nulle créature
N’a compris mieux que toi ma sombre étrangeté,
Panthère du foyer, tigre en miniature.

(Maurice Rollinat)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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REQUIEM POUR UN ENFANT (Anne Nantet)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2021




REQUIEM POUR UN ENFANT

C’était l’automne,
tu es partie, aurais-tu donc suivi
la voie des hirondelles ?
Tu n’es pas revenue,
on aura coupé tes ailes
au seuil de l’inconnu.

C’est une histoire très ancienne,
le temps n’y pourra rien ;
un chant,
un refrain qui revient
et desserre tranquillement
les noeuds de la mémoire.

Tu es la fleur d’innocence,
tendre et douce,
mon enfant disparue,
mon soleil envolé
aux berges de l’absence.

Tu es la vague
qui murmure
des mots de marée basse
au coquillage
endormi sur la plage.

Tu es la lumière,
le mystère des matins triomphants,
un sourire transparent
à la joue mouvante des blés.

Tu es ce nuage
porté dans les bras du vent,
on dirait un oiseau pâle,
il te ressemble,
il est mon paysage,
mon rouge-gorge
en noir et blanc.

(Anne Nantet)

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Les troubadours (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Les troubadours

Les chanteurs de la nuit
Nous quittent deux par deux
Sous le regard hideux
De l’étoile qui luit

Sans espoir de retour
Avec leurs mandolines
Partent les troubadours
Aux musiques mutines

Ils emmènent en croupe
Les rires des enfants
Aux accents triomphants
De leur joyeuse troupe

Et leurs maigres montures
Emportent sur leur dos
Tout l’encombrant fardeau
De la longue aventure

Sur les routes violettes
Dans les soirs incertains
S’éloignent leurs silhouettes
Dans de troubles lointains.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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L’EAU DISCRÈTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



Illustration: Pascal Baudot
    
L’EAU DISCRÈTE

Une eau glacée qui coule On l’entend sans la voir
(La pensée de l’été qui chantonne sous l’herbe)
Les toutes petites abeilles noires leur bourdon continu
(Le rêve que le soleil fait à bouche fermée)

À onze heures en août le monde est transparent
Il sera brûlant après la méridienne
Une très modeste éternité baigne de clarté vive
l’eau qui court les abeilles le soleil triomphant

Une éphémère éternité qui nous habite toi et moi
Elle fondra dans le jour comme le sucre dans l’eau
comme le temps dans le temps

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Le visage triomphant (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



Le visage triomphant

L’ombre se couche sur nos plaines,
S’allonge dans nos puits, annule nos maisons.
La vie est trop nombreuse, la barque trop fragile
Pour traverser seul les images et le temps.

Parfois tu deviens fleuve où rien ne se reflète.
Tu deviens sables étourdis par le vent.
Sous l’étoile impassible : ce passant qui chancelle,
Ce chêne sans oiseau, cet oiseau sans allié.
Tu revois tu revois les prairies qui saignent,
Longue est la misère brèves sont nos cités.
Les amours se dénouent le soleil reste le même,
Tu ne vois nulle part le bourreau terrassé.

La vie est trop nombreuse, la barque trop fragile
Pour traverser seul les images et le temps.
Mais toujours on trouve une voix pour la sienne,
Mais toujours on trouve un regard pour sa peine.
Je chante le visage triomphant.

(Andrée Chedid)


Illustration: Pierre Paul Rubens

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Le fleuve suit son cours (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Le fleuve suit son cours
le bruit de l’onde
l’a déposé à jamais
en des terres inhospitalières
où nul ne revient triomphant

(Bernard Montini)


Illustration: Jan Wieczorek

 

 

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Le beau navire (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le beau navire

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Ta gorge qui s’avance et qui pousse la moire,
Ta gorge triomphante est une belle armoire
Dont les panneaux bombés et clairs
Comme les boucliers accrochent des éclairs,

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses,
De vins, de parfums, de liqueurs
Qui feraient délirer les cerveaux et les coeurs !

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes, sous les volants qu’elles chassent,
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,
Comme deux sorcières qui font
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras, qui se joueraient des précoces hercules,
Sont des boas luisants les solides émules,
Faits pour serrer obstinément,
Comme pour l’imprimer dans ton coeur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

(Charles Baudelaire)

Illustration: John William Waterhouse

 

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HONTE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



HONTE

Me regardes-tu et je deviens belle
comme l’herbe que couvre la rosée,
et les grands roseaux, près de la rivière,
ne reconnaîtront mon air triomphant.

J’ai honte d’avoir la bouche si triste
et la voix cassée et les genoux rudes.
Depuis qu’es venu et m’as regardée,
je palpe mon corps et je me sens pauvre.

Tu n’auras trouvé de pierre en chemin
plus nue de clarté dans le jour naissant
que cette femme sur qui as levé
les yeux quand tu l’as entendue chanter.

Je ne dirai mot pour que ceux qui passent
dans la plaine, oui, ne voient mon bonheur
dans l’éclat qu’il donne à mon front grossier,
dans le tremblement agitant ma main…

I1 fait nuit, la rosée descend sur l’herbe ;
couve-moi des yeux, dis-moi des mots tendres,
car demain ce que tu as embrassé
sera la beauté descendant vers l’eau !

***

VERGUENZA

Si tú me miras, yo me vuelvo hermosa
como la hierba a que bajó el rocio,
y desconocercin Ti faz gloriosa
las alias cañas cuando baje al río.

Tengo vergüenza de mi boca triste,
de mi voz rota y mis rodillas rudas.
Ahora que me miraste y que viniste,
me encontré pobre y me palpé desnuda.

Ninguna piedra en el camino hallaste
más desnuda de luz en la alborada
que esta mujer a la que levantaste,
porque oíste su canto, la mirada.

Yo callaré para que no conozcan
mi dicha los que pasan por el llano,
en el fulgor que da a mi frente tosca
y en la tremolación que hay en mi mano…

Es noche y baja a 1a hierba el rocío;
mírame largo y habla con ternura,
¡que ya manaña al descender al río
lo que besaste llevará hermosura!

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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Si je suis dans ton сoeu (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Si je suis dans ton сoeuг écoute mes pensers
Que ta main soit belle ta main droite
Que ton sein soit blanc bleuté irisé de jaune, ton
coeuг gauche
Avec sa pointe en mouvement de rose vieille

Que ton ventre poli
Soit doux amer
Urne blonde pendue
Sur ses grands cintres

Que ton dos s’achève en montagnes triomphantes
Par delà les vallées sans crainte
Que la gravité de ta voix soit l’écho de l’odeur secrète

Que le silence de tes cheveux se répande sur tes
épaules pour faire dans une boucle se dérouler
l’éternel.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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