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Poésie

Posts Tagged ‘triomphant’

Le fleuve suit son cours (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Le fleuve suit son cours
le bruit de l’onde
l’a déposé à jamais
en des terres inhospitalières
où nul ne revient triomphant

(Bernard Montini)


Illustration: Jan Wieczorek

 

 

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Le beau navire (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le beau navire

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Ta gorge qui s’avance et qui pousse la moire,
Ta gorge triomphante est une belle armoire
Dont les panneaux bombés et clairs
Comme les boucliers accrochent des éclairs,

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses,
De vins, de parfums, de liqueurs
Qui feraient délirer les cerveaux et les coeurs !

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes, sous les volants qu’elles chassent,
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,
Comme deux sorcières qui font
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras, qui se joueraient des précoces hercules,
Sont des boas luisants les solides émules,
Faits pour serrer obstinément,
Comme pour l’imprimer dans ton coeur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

(Charles Baudelaire)

Illustration: John William Waterhouse

 

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HONTE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



HONTE

Me regardes-tu et je deviens belle
comme l’herbe que couvre la rosée,
et les grands roseaux, près de la rivière,
ne reconnaîtront mon air triomphant.

J’ai honte d’avoir la bouche si triste
et la voix cassée et les genoux rudes.
Depuis qu’es venu et m’as regardée,
je palpe mon corps et je me sens pauvre.

Tu n’auras trouvé de pierre en chemin
plus nue de clarté dans le jour naissant
que cette femme sur qui as levé
les yeux quand tu l’as entendue chanter.

Je ne dirai mot pour que ceux qui passent
dans la plaine, oui, ne voient mon bonheur
dans l’éclat qu’il donne à mon front grossier,
dans le tremblement agitant ma main…

I1 fait nuit, la rosée descend sur l’herbe ;
couve-moi des yeux, dis-moi des mots tendres,
car demain ce que tu as embrassé
sera la beauté descendant vers l’eau !

***

VERGUENZA

Si tú me miras, yo me vuelvo hermosa
como la hierba a que bajó el rocio,
y desconocercin Ti faz gloriosa
las alias cañas cuando baje al río.

Tengo vergüenza de mi boca triste,
de mi voz rota y mis rodillas rudas.
Ahora que me miraste y que viniste,
me encontré pobre y me palpé desnuda.

Ninguna piedra en el camino hallaste
más desnuda de luz en la alborada
que esta mujer a la que levantaste,
porque oíste su canto, la mirada.

Yo callaré para que no conozcan
mi dicha los que pasan por el llano,
en el fulgor que da a mi frente tosca
y en la tremolación que hay en mi mano…

Es noche y baja a 1a hierba el rocío;
mírame largo y habla con ternura,
¡que ya manaña al descender al río
lo que besaste llevará hermosura!

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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Si je suis dans ton сoeu (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Si je suis dans ton сoeuг écoute mes pensers
Que ta main soit belle ta main droite
Que ton sein soit blanc bleuté irisé de jaune, ton
coeuг gauche
Avec sa pointe en mouvement de rose vieille

Que ton ventre poli
Soit doux amer
Urne blonde pendue
Sur ses grands cintres

Que ton dos s’achève en montagnes triomphantes
Par delà les vallées sans crainte
Que la gravité de ta voix soit l’écho de l’odeur secrète

Que le silence de tes cheveux se répande sur tes
épaules pour faire dans une boucle se dérouler
l’éternel.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE ALCÔVE AU SOLEIL LEVANT (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: John Everett Millais
    
UNE ALCÔVE AU SOLEIL LEVANT

L’humble chambre a l’air de sourire ;
Un bouquet orne un vieux bahut ;
Cet intérieur ferait dire
Aux prêtres : Paix ! aux femmes : Chut !

Au fond une alcôve se creuse.
Personne. On n’entre ni ne sort.
Surveillance mystérieuse !
L’aube regarde : un enfant dort.

Une petite en ce coin sombre
Était là dans un berceau blanc.
Ayant je ne sais quoi dans l’ombre
De confiant et de tremblant.

Elle étreignait dans sa main calme
Un grelot d’argent qui penchait ;
L’innocence au ciel tient la palme
Et sur la terre le hochet.

Comme elle sommeille ! Elle ignore
Le bien, le mal, le cœur, les sens.
Son rêve est un sentier d’aurore
Dont les anges sont les passants.

Son bras, par instants, sans secousse,
Se déplace, charmant et pur ;
Sa respiration est douce
Comme une mouche dans l’azur.

Le regard de l’aube la couvre ;
Rien n’est auguste et triomphant
Comme cet œil de Dieu qui s’ouvre
Sur les yeux fermés de l’enfant.

(Victor Hugo)

 

Recueil: La chanson des rues et des bois
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si tu m’aimais (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



    


Si tu m’aimais

Si la lumière de l’amour
donnait sa chaleur bienfaisante
à la nuit noire de mes jours,
aussitôt mon âme souffrante
entonnerait des hymnes triomphantes.

Les mots que j’ai si grande envie
de te dire, j’en ai trop peur :
que sans ta présence, ma vie
n’est qu’une suite de malheurs —
si tu m’aimais… Hélas, mon espoir est trompeur !

Si tu m’aimais… lors ce serait
la fin de mes larmes affreuses
et de tous mes tourments secrets.
Mon indécision insidieuse
n’oserait plus montrer sa figure menteuse.

Toute une foule de divines
visions envahirait mon coeur.
Ma vie, ce buisson plein d’épines,
déborderait soudain de fleurs —
si tu m’aimais… Hélas, mon espoir est trompeur !

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Le poëme de la femme (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
Le poëme de la femme
Marbre de Paros

Un jour, au doux rêveur qui l’aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D’abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d’infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu’au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d’artiste,
Laissant tomber l’épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l’épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s’abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléoméne,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d’eau,
Grains laiteux qu’un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d’art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C’est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l’admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l’autre replié.

Et comme l’odalisque d’Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs,
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l’amour !

Sa tête penche et se renverse ;
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d’argent bruni,
Et l’on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l’infini.

D’un linceul de point d’Angleterre
Que l’on recouvre sa beauté :
L’extase l’a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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Aquarelle… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018


 


 

ruines [1280x768]

Aquarelle…

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,
Abattu le donjon, la ruine romaine,
Qui, triomphant du temps, de la foudre et de l’eau,
D’un long passé restaient une preuve certaine.
Leurs débris maintenant détournent le ruisseau…
Monuments de tristesse et de guerre et de haine.
Les soldats ont brûlé la ferme et le château,
Abattu le donjon, la ruine romaine…

L’oiseau ne chante plus à l’ombre du rameau,
Le cerf ne vient plus boire à la fraîche fontaine,
Le lièvre a déserté le sinueux réseau
Des taillis épineux dont il fit son domaine…
Les soldats ont brûlé la ferme et le château,
Abattu le donjon, la ruine romaine…

(Robert Desnos)

 

 

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La rose flamande (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Júlia Fernández Sánchez 9649

Illustration: Júlia Fernández Sánchez
    
La rose flamande

C’est là que j’ai vu Rose Dassonville,
Ce mouvant miroir d’une rose au vent.
Quand ses doux printemps erraient par la ville,
Ils embaumaient l’air libre et triomphant.

Et chacun disait en perçant la foule :
 » Quoi ! belle à ce point ?… Je veux voir aussi…  »
Et l’enfant passait comme l’eau qui coule
Sans se demander :  » Qui voit-on ici ?  »

Un souffle effeuilla Rose Dassonville.
Son logis cessa de fleurir la ville,
Et, triste aujourd’hui comme le voilà,
C’est là !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

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Guérison (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Theodore Chassériau
    
Guérison

Le gazon nourri des vertes banlieues,
Ma forêt d’amour aux chemins vernis,
Sont tout pénétrés d’une pâte bleue
– D’un azur solide où planter des nids.

Fuyons les pays que leur gloire encombre
(Quel désert superbe on ferait ici)
Nous irons au bois fouler le décombre
De tout ce laurier cher à mes amis

Il faut mettre au vert notre poétique.
Ne te grise plus de métaphysique,
Laisse épanouir ton corps triomphant.

Tout s’arrangera si tu es bien ivre !
Muse des taillis qui ris de mes livres,
Allons dans les bois te faire un enfant.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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