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Qui taillera cette vigne (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Alphonse Mucha Winter 1897 32x73cm panel [1280x768]

Qui taillera cette vigne
Au pâle soleil d’hiver ?
— Là-haut, passeront des cygnes ;
Là-bas, les blés seront verts —

S’il te regarde d’ici,
Il te verra frileuse et fine ;
Mais il aura d’autres soucis
Que ta fine beauté divine ;

Et nul autre, d’heures en heures,
Jour par jour, et saison par saison
— Que tu souries ou pleures
Au long de tes horizons —

Nul autre, attentif et grave,
Souriant et triste à la fois,
Ne suivra le geste suave
De ta lèvre qui chante à mi-voix.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alphonse Mucha

 

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Notre Pain (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Notre Pain
Pour Alejandro Gamboa

On prend le petit-déjeuner… Humide terre
de cimetière à l’odeur de sang aimé.
Ville d’hiver… La cuisante traversée
d’une charrette qui semble traîner
une émotion de jeûne enchaînée!

On voudrait toquer à toutes les portes
et demander je ne sais qui; et puis
voir les pauvres et, en pleurant tout bas,
donner des petits bouts de pain frais à tous.
Et saccager les vignes des riches
avec les deux mains saintes
qui dans une échappée de lumière
s’envolèrent déclouées de la Croix!

Cils du matin, ne vous levez pas!
Notre pain de chaque jour, donne-le-nous,
Seigneur… !

Mes os ne sont pas à moi;
peut-être les ai-je volés!
Je suis venu m’arroger ce qui sans doute
était assigné à un autre;
et je pense que, si je n’étais pas né,
un autre pauvre aurait pris ce café!
Je suis un mauvais larron… Où irai-je!

Et en cette heure froide, où la terre
est si triste et fleure la poussière humaine,
je voudrais toquer à toutes les portes,
et supplier je ne sais qui, pardon,
et lui faire des petits bouts de pain frais
ici, dans le four de mon coeur !

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Une nuit, sous la terrible lune (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Yuri Dubinin - (13)

Une nuit, sous la terrible lune
Qui saignait parmi les brumes roses,
Tu parlais, ô soeur, de tristes choses
Comme une enfant prise de rancune.

Au loin les appels des mauvais hommes
Nous montaient des vergers de la plaine
Où les arbres tordus par la haine
Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.

Tu n’entendis pas le bruit des roues
Rapportant vers les petits villages
La récolte des moissonneurs sages
Qui peinent le temps où tu te joues.

Tu cueillais les pavots de la route
Pour en festonner, plein tes mains molles,
Notre maison où l’on voit les folles
Mendier, soeurs du deuil et du doute.

Comme devant une étrange auberge
Tu fis, vocatrice de désastres,
Le signe qui flétrit les bons astres
Dans le jardin d’azur de la Vierge.

Puis effeuillant au seuil de la porte
Les fleurs de l’ombre l’une après l’une,
Tu chantas quelque chose à la Lune,
Quelque chose dont mon âme est morte.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

 

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Ah! leur raison (Armand Gaudoy)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (35) [1280x768]

Ah! leur raison, triste machine délabrée,
Torturant l’arbre afin d’avoir plus tôt son fruit,
Creusant des trous dans l’étendue et la durée,
Pour les boucher avec les cendres de l’ennui!

(Armand Gaudoy)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Sonnet (René Ghil)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



 

Dao Hai Phong     phong-two-trees

Sonnet

Ma Triste, les oiseaux de rire
Même l’été ne voient pas
Au Mutisme de morts de glas
Qui vint aux grands rameaux élire

Tragique d’un passé d’empire
Un seul néant dans les amas
Plus ne songeant au vain soulas
Vers qui la ramille soupire.

Sous les hauts dômes végétants
Tous les sanglots sans ors d’étangs
Veillent privés d’orgueils de houle

Tandis que derrière leur soir
Un souvenir de Train qui roule
Au loin propage l’inespoir.

(René Ghil)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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Romance (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

Andrei Buryak  20

Romance

J’ai mille oiseaux de mer d’un gris pâle,
Qui nichent au haut de ma belle âme,
Ils en emplissent les tristes salles
De rythmes pris aux plus fines lames….

Or, ils salissent tout de charognes,
Et aussi de coraux, de coquilles ;
Puis volent en tonds fous, et se cognent
A mes probes lambris de famille …..

Oiseaux pâles, oiseaux des sillages !
Quand la fiancée ouvrira la porte,
Faites un collier des coquillages
Et que l’odeur de charogn’s soit forte !….

Qu’Elle dise :  » Cette âme est bien forte
 » Pour mon petit nez…. – je me r’habille.
 » Mais ce beau collier ? hein, je l’emporte ?
 » Il ne lui sert de rien, pauvre fille….  »

(Jules Laforgue)

Illustration: Andrei Buryak

 

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Aimer, aimer de tout son coeur (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Aimer, aimer de tout son coeur,
De tout son coeur pétri d’ardeur…
Et puis un jour triste, ô surprise !
Savoir que l’on s’était méprise,
Que l’on aimait de tout son coeur,
De tout son coeur pétri d’ardeur,
Qui jamais ne sut rien comprendre
A cet amour si pur, si tendre…
… Et pourtant lui garder tout un coin de son coeur,
De ce coeur tout pétri d’ardeur.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Diane Marineau

 

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Les quatre saisons – L’automne (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

Mahira Ates (9)

Les quatre saisons – L’automne

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

(Charles Cros)

Illustration: Mahira Ates

 

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Au soir, douceur du monde sur la baie (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Au soir, douceur du monde sur la baie
— Il y a des jours où le monde ment, des jours où il dit vrai. Il dit vrai, ce soir —
et avec quelle insistante et triste beauté.

(Albert Camus)

 

 

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La fleur L’étoile Le caillou (François David)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Ne respire pas la fleur
Pose-la sur tes yeux
sens ses pétales de velours
Murmurer la plainte apaisée
De sa peau vive sur tes cils.

Ne regarde pas l’étoile
En ta poitrine ressuscite
Le suc fragile du souvenir
Au triste et lent givre des soirs
La rousseur de sa flamme
N’oublie pas.

Ne marche pas sur le caillou
saisis-le
Et sur ta paume pressée devine
La secrète douleur de la mer
Lorsqu’il aura creusé sa vague.

(François David)


Illustration

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