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Posts Tagged ‘tristesse’

J’ai un ciel de désir, un monde de tristesse (Marguerite De Valois)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



J’ai un ciel de désir, un monde de tristesse,
Un univers de maux, mille feux de détresse,
Un Etna de sanglots et une mer de pleurs.
J’ai mille jours d’ennuis, mille nuits de disgrâce,
Un printemps d’espérance et un hiver de glace;
De soupirs un automne, un été de chaleurs.

Clair soleil de mes yeux, si je n’ai ta lumière,
Une aveugle nuée ennuitte ma paupière,
Une pluie de pleurs découle de mes yeux.
Les clairs éclairs d’Amour, les éclats de sa foudre,
Entrefendent mes nuits et m’écrasent en poudre:
Quand j’entonne mes cris, lors j’étonne les cieux.

Belle âme de mon corps, bel esprit de mon âme,
Flamme de mon esprit et chaleur de ma flamme,
J’envie à tous les vifs, j’envie à tous les morts.
Ma vie, si tu vis, ne peut être ravie,
Vu que ta vie est plus la vie de ma vie,
Que ma vie n’est pas la vie de mon corps!

Je vis par et pour toi, ainsi que pour moi-même;
Je vis par et pour toi, ainsi que pour toi-même:
Nous n’aurons qu’une vie et n’aurons qu’un trépas.
Je ne veux pas ta mort, je désire la mienne,
Mais ma mort est ta mort et ma vie est la tienne;
Ainsi je veux mourir, et je ne le veux pas!…

(Marguerite De Valois)

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L’HORLOGE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



L’HORLOGE

Au centre d’un pignon dans la cour taciturne,
Un cadran blasonnait la tristesse des murs
Et les Heures tombaient, à coups rythmés et sûrs,
Comme des gouttes d’eau qui tomberaient d’une urne.

Comme des gouttes d’eau, s’égrenant par instant
Sur un homme perdu dans une grotte obscure.
Pleurs du rocher qui font une humide piqûre
Et par une douleur marquent le cours du Temps.

Et toujours et toujours, au printemps, en automne,
A l’heure où tout s’éveille, à l’heure où tout se tait,
On entendait la voix du cadran qui chantait,
Inoubliablement plaintive et monotone.

Les sons tristes, épars, dans le silence noir
Semblaient répercutés au fond de cette cloche :
Appels de cor pleurant au loin sur une roche
Et bruits intermittents des forges dans le soir.

Et toujours et toujours dans la calme demeure
L’horloge diligente éparpillait son chant
Et les aiguilles d’or, se fuyant, se cherchant,
Semblaient s’ouvrir en croix surie tombeau de l’Heure !

Impassible cadran où tout le long du jour
Dans son arène vide allaient tourner nos rêves,
Cependant que la cloche en quelques notes brèves
Parlait de l’heure enfuie aux échos de la cour !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Laetitia Méral

 

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Rien qu’un instant (Le moine Saigyô)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022


Plein d’incertitude
Est l’automne.
Au moindre motif,
Involontairement,
Le coeur – n’est-il pas vrai? –
Se sent dans la tristesse.

(Le moine Saigyô)


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Le langage est en nous comme un organe vital (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



Le langage est en nous comme un organe vital
et c’est avec tristesse que j’ai entendu cet ingénieur,
trop affairé pour aller chercher ses enfants à l’école ou pour jouer avec eux,
prétexter d’un « simple problème de logistique »
— comme si je lui découvrais soudain une maladie mortelle.

(Christian Bobin)

 

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Dissoudre la tristesse (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2022



Illustration
    
dissoudre la tristesse je n’ai pas trouvé
la recette

impatience d’un lendemain
habitable

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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Concert dans le jardin (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022




Concert dans le jardin

Il a plu.
L’heure est un oeil immense.
En elle nous marchons comme des reflets.
Le fleuve de la musique
entre dans mon sang.
Si je dis : corps, il répond : vent.
Si je dis : terre, il répond : où?

S’ouvre, fleur double, le monde :
tristesse d’être venu,
joie d’être ici.

Je marche perdu en mon propre centre.

***

Concierto en el jardin

Llovió.
La hora es un ojo inmenso.
En ella andamos como reflejos.
El río de la música
entra en mi sangre.
Si digo: cuerpo, contesta: viento.
Si digo: tierra, contesta: ¿dónde?

Se abre, flor doble, el mundo:
tristeza de haber venido,
alegría de estar aquí.

Ando perdido en mi propio centro.

(Octavio Paz)

 

 

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Je vis dans les images (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2022



 

Carl Warner -13

Je vis dans les images innombrables des saisons
Et des années
Je vis dans les images innombrables de la vie
Dans la dentelle
Des formes des couleurs des gestes des paroles
Dans la beauté surprise
Dans la laideur commune
Dans la clarté fraîche aux pensées chaude aux désirs
Je vis dans la misère et la tristesse et je résiste
Je vis malgré la mort

Je vis dans la rivière atténuée et flamboyante
Sombre et limpide
Rivière d’yeux et de paupières
Dans la forêt sans air dans la prairie béate
Vers une mer au loin nouée au ciel perdu
Je vis dans le désert d’un peuple pétrifié
Dans le fourmillement de l’homme solitaire
Et dans mes frères retrouvés
Je vis en même temps dans la famine et l’abondance
Dans le désarroi du jour et dans l’ordre des ténèbres

Je réponds de la vie je réponds d’aujourd’hui
Et de demain
Sur la limite et l’étendue
Sur le feu et sur la fumée
Sur la raison sur la folie
Malgré la mort malgré la terre moins réelle
Que les images innombrables de la mort
Je suis sur terre et tout est sur terre avec moi
Les étoiles sont dans mes yeux j’enfante les mystères
A la mesure de la terre suffisante

La mémoire et l’espoir n’ont pas pour bornes les mystères
Mais de fonder la vie de demain d’aujourd’hui.

(Paul Eluard)

Illustration: Carl Warner

 

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La fête Qing Ming (Du Mu)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2022




Illustration: He Zhihong
    
La fête Qing Ming

C’est le jour des défunts, la pluie ne cesse de tomber.
Ceux qui sont loin de chez eux ont d’autant plus de tristesse.
Où trouverai-je une auberge ?

Un jeune pâtre pointe un village,
dissimulé par des fleurs d’abricotiers.

***

(Du Mu)

Recueil: Poèmes de Chine de l’époque dynastique des Tang
Traduction: Guillaume Olive & He Zhihong
Editions: Seuil

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GUERRE EN UKRAINE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2022



Photo Reuters
    
GUERRE EN UKRAINE

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple
le despote russe.

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

(Germain Droogenbroodt)

Traduction Elisabeth Gerlache

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Je pleure les lèvres fanées (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022



 

Aaron Coberly 1971 - American Figurative Impressionist painter -   (5)

Je pleure les lèvres fanées
Où les baisers ne sont pas nés
Et les désirs abandonnés
Sous les tristesses moissonnées.

Toujours la pluie à l’horizon !
Toujours la neige sur les grèves !
Tandis qu’au seuil clos de mes rêves
Des loups couchés sur le gazon.

Observent en mon âme lasse.
Les yeux ternis dans le passé,
Tout le sang autrefois versé
Des agneaux mourants sur la glace.

Seule la lune éclaire enfin
De sa tristesse monotone,
Où gèle l’herbe de l’automne,
Mes désirs malades de faim.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Aaron Coberly

 

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