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L’HEURE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

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L’HEURE

L’invariable buis et le cyprès constant
Bordent l’allée égale et le parterre où songe
Dans le bassin carré l’eau qui reflète et ronge
Un Triton fatigué de sa conque qu’il tend;

En sa gaîne de pierre aussi l’hermès attend
Que tourne autour de lui son socle qui s’allonge;
Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe,
Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant.

L’heure est longue pour ceux qui, figés en statues,
Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues,
Demeurent au jardin vaste et monumental;

Et le Temps qui s’en va, hibou noir ou colombe,
Dessine au vieux cadran de pierre et de métal
Une aile d’ombre oblique où fuit le jour qui tombe.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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N’aies d’autres dieux devant moi (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



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Les murs ne tombent pas
[37]

N’aies d’autres dieux devant moi ;
pas sur la mer

nous ne supplierons Triton ou Dauphin,
pas sur la terre

nous n’élèverons de visage ravi ni de mains jointes
devant le laurier ou le chêne,

pas dans le ciel
nous n’invoquerons séparément

Orion ou Sirius
ou les admirateurs de l’Ourse,

pas dans les hautes sphères de l’air
d’Algorab, Regulus ou Deneb

nous ne demanderons
de l’aide — ou alors, le ferons-nous ?

***

Thou shalt have none other gods but me;
not on the sea

shall we entreat Triton or Dolphin,
not on the land

shall we lift rapt face and clasp hands
before laurel or oak-tree,

not in the sky
shall we invoke separately

Orion or Sirius
or the followers of the Bear,

not in the higher air
of Algorab, Regulus or Deneb

shall we cry
for help—or shall we?

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Nicolas Poussin

 

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Spleen des nuits de juillet (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Spleen des nuits de juillet

Les jardins de rosiers mouillés de clair de lune
Font des rumeurs de soie, aux langueurs des jets d’eau
Ruisselant frais sur les rondeurs vertes des dos
Contournés de tritons aspergeant un Neptune.

Aux berges, sous des noirs touffus, où des citrons
Voudraient être meurtris des lunaires caresses,
Des Vierges dorment, se baignent, défont leurs tresses,
Ou par les prés, les corps au vent, dansent en rond.

D’autres, l’écume aux dents, vont déchirant leurs voiles,
Pleurant, griffant leurs corps fiévreux, pleins de
Saccageant les rosiers et mordant les gazons, frissons,
Puis, rient ainsi que des folles, vers les étoiles.

Et d’autres, sur le dos, des fleurs pour oreillers,
Râlent de petits cris d’épuisantes délices;
Sur leurs seins durs et chauds, leurs ventres et leurs cuisses,
Effeuillent en rêvant des pétales mouillés,

Des blancheurs se cherchant s’agrafent puis s’implorent,
Roulant sous les buissons ensanglantés de houx
D’où montent des sanglots aigus mourants et doux,
Et des halètements irrassasiés, encore…

Ah! spleen des nuits d’été! Universel soupir,
Miséré des vents, couchants mortels d’automne;
Depuis l’éternité ma plainte monotone
Chante le Bienaimé qui ne veut pas venir!

Ô Bienaimé! Il n’est plus temps, mon coeur se crève
Et trop pour t’en vouloir, mais j’ai tant sangloté,
Vois-tu, que seul m’est doux le spleen des nuits d’été,
Des nuits longues où tout est frais, comme un grand rêve…

(Jules Laforgue)


Illustration: Irma Kusiani

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On devient sage avec le temps (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018


 


 

On devient sage avec le temps
Je suis fatigué de rêver,
Triton de marbre usé par les pluies et les vents
Sous le flot des fontaines ;
Et tout le jour je contemple
La beauté de cette femme
Comme si j’avais trouvé dans un livre
Le portrait d’une beauté,
Heureux de m’en emplir les yeux
Ou les oreilles attentives,
Enchanté de n’être que sage
Puisqu’on ne l’est qu’avec le temps ;
Et pourtant, et pourtant,
Ceci est-il mon rêve, ou la vérité ?
Ah, je voudrais que nous nous soyons rencontrés
Au temps où je brûlais ma jeunesse !
Mais j’ai vieilli parmi les rêves,
Triton de marbre usé par les pluies et les vents
Sous le flot des fontaines.

***

Men improve with the years
I am worn out with dreams ;
A weather-worn, marble triton
Among the streams ;
And all day long I look
Upon this lady’s beauty
As though I had found in a book
A pictured beauty,
Pleased to have filled the eyes
Or the discerning ears,
Delighted to be but wise,
For men improve with the years ;
And yet, and yet,
Is this my dream, or the truth ?
O would that we had met
When I had my burning youth !
But I grow old among dreams,
A weather-worn, marble triton
Among the streams.

(William Butler Yeats)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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