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Poésie

Posts Tagged ‘tromper’

Se voir le plus possible… (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020


 


Andrey Remnev _ Andrej Remnjov_ Remnev (51)

Se voir le plus possible…

Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge
Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,
Et dans cette clarté respirer librement —
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

(Alfred de Musset)

Illustration: Andrey Remnev

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DAME DE CŒUR (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2020




    
DAME DE CŒUR

Ce n’est pas vous ce n’est pas moi
qui ramasserons les hirondelles
c’est une enfant et c’est bien elle
qui saura tromper le roi

Elle est la reine et fidèle
elle joue toujours au fond des bois
comme le cor et le hautbois
à cache-cache ou à la marelle

Soyons discrets vous et moi
ne répétons que l’essentiel
pour qu’elle oublie les étincelles
les trompes de chasse et le tabac

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Le Chant de triomphe de Trishancou (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020



Trishancou 
    
Le Chant de triomphe de Trishancou

Je ne mourrai pas.
Bien que ce corps, quand l’esprit sera las
de son étroite demeure, doive nourrir les flammes,
ma maison brûlera, moi pas.

Abandonnant cette gaine
je découvrirai un vaste espace éthéré.
À la tombe avide échappera mon esprit,
trompant l’étreinte de la mort.

La Nuit retiendra
le soleil en ses profondeurs glacées ; le Temps aussi devra cesser ;
les astres qui peinent auront leur délivrance.
Je ne cesse pas, moi, je demeure.

Avant que les premières graines
fussent semées sur terre, j’étais déjà vieux,
et quand se refroidiront des planètes point encore nées
mon histoire se poursuivra.

Je suis la lumière
au coeur des étoiles, la force léonine et la joie des matins ;
je suis l’homme et la jeune fille et le petit garçon,
protéen, infini.

Je suis l’arbre
qui se dresse, solitaire, sur le bleu sans limite ;
je suis la rosée qui pleut en silence
et la mer illimitée.

Je tiens le ciel entre mes mains
et soutiens la terre exubérante.
À ma naissance j’étais l’éternel Penseur
et le demeurerai après ma mort.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Le jour attendu (Ahmad ibn Shuhayd al-Ansarî)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020




Le jour attendu

Cette jeune fille qui se baignait
dans un creux du Sikar
a apaisé dans l’eau
la fièvre de ses douze ans.

La tête penchée et l’ombre rougissante du couchant
lui ont servi à tromper les poissons,
l’herbe du rivage et, surtout, les lavandières.
Mais une fois loin et seule avec les joncs,
son sourire ardent la dénonçait.

(Ahmad ibn Shuhayd al-Ansarî)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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Parlons une dernière fois (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Parlons une dernière fois
de ce qui ne sera jamais,
juste pour tromper l’attente.

(Bernard Montini)


Illustration: Marc Chagall

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UNE FORME NUE… (Alfred Jarry)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



 

Margarita Sikorskaia - Tutt'Art@ (12)

UNE FORME NUE…

Une forme nue et qui tend les bras,
Qui désire et qui dit : Est-ce possible ?
Yeux illuminés de joie indicible,
— Qui peut, diamants, nombrer vos carats ?

Bras si las quand les étreintes les rompent,
Chair d’un autre corps pliée à mon gré,
Et grands yeux si francs, surtout quand ils trompent,
— Salez moins vos pleurs, car je les boirai.

Au frisson debout elle est, endormie,
Un cher oreiller en qui bat un coeur ;
Mais rien n’est plus doux que sa bouche amie,
Que sa bouche amie, et c’est le meilleur.

Nos bouches, formez une seule alcôve,
Comme on unit deux cages par leurs bouts
Pour célébrer un mariage fauve
Où nos langues sont l’épouse et l’époux.

Tel Adam qu’anime une double haleine
A son réveil trouve Eve à son côté
Mes sommeils enfuis, je découvre Hélène,
Vieux mais éternel nom de la beauté

[…]

(Alfred Jarry)

Illustration: Margarita Sikorskaia

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Si j’avais comme vous, mignardes colombelles (Jean de Sponde)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



 

Jonathon Earl Bowser CelestialApparition-3

Si j’avais comme vous, mignardes colombelles,
Des plumages si beaux sur mon corps attachés,
On aurait beau tenir mes esprits empêchés
De l’indomptable fer de cent chaînes nouvelles,

Sur les ailes du vent je guiderais mes ailes,
J’irais jusqu’au séjour où mes biens sont cachés,
Ainsi, voyant de moi ces ennuis arrachés,
Je ne sentirais plus ces absences cruelles.

Colombelles, hélas ! que j’ai bien souhaité
Que mon corps vous semblât autant d’agilité,
Que mon âme d’amour à votre âme ressemble :

Mais quoi ! je le souhaite, et me trompe d’autant.
Ferais-je bien voler un amour si constant
D’un monde tout rempli de vos ailes ensemble ?

(Jean de Sponde)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

Jonathon Earl Bowser

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Toi aussi, tu croyais aux anges (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Diane Maizel 
    

Toi aussi, tu croyais
aux anges, autrefois,
tu guettais leur passage
à l’orée du sommeil,

tu respectais leurs
fatigues, tu ne les
interrogeais pas si
dans leurs yeux ne

brillait pas la beauté
du monde — ils étaient
ces visiteurs qui
te donnaient la main,

et qui, proches des rêves
que tu ne fais plus,
te promettaient de

tromper ta solitude
avec les murmures venus
des entrailles du ciel.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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La voix de l’oiseau (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Si le songe ne peut tromper
Le corps fiévreux, le coeur qui souffre,
La chair peut-elle tromper le rêve
Avec des lignes de poussière?
Du Paradis
La voix de l’oiseau qui ne meurt
Chante toujours.

***

If fancy cannot cheat
The fevered flesh, the aching heart,
Can sense the dream
With lineaments of dust?
From Paradise
The bird’s undying voice
Sings on.

(Kathleen Raine)

Illustration: Marie Lefrancq

 

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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