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Poésie

Posts Tagged ‘tronc’

Je l’ai écrit sur une ardoise (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



 Illustration: Marc Chagall
    
Je l’ai écrit sur une ardoise,
Sur les papiers des éventails
Et sur les rives, et sur les berges,
Patins sur glace, anneau sur verre,

Sur des troncs d’arbres centenaires,
Afin que sache le monde entier,
Je l’ai signé en arc-en-ciel,
Oui, que je t’aime, je t’aime, je t’aime !

Comme j’ai voulu que tous fleurissent
Des siècles, en moi et sous mes doigts.
Puis j’ai barré, biffé, rayé,
Front dans les mains — des noms — combien ?

Gravé dans l’or de mon alliance,
Serré au coeur, brûlant le sein :
Ton nom, toi seul, à l’intérieur,
— Table de Moïse — tu demeures.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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Que de chaque rencontre naisse un poème! (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Que de chaque rencontre naisse un poème!
Pour qui n’est infidèle ni bavard, peu de poèmes dans une vie entière.
Plus j’avancerai sur le chemin sans but,
sur la route de terre qui tout à coup débouche dans la nuit,
plus je vous bercerai en moi paroles et visages !

Il a suffit d’aller t’attendre.
Enfance du monde redevenue, ô mon enfance !
J’étais seule dans une rue, et toutes les choses et toi au loin vous m’entouriez.
L’écorce des platanes avait la couleur du pavé,
et les taches sur les troncs les mêmes contours que sur les pierres.

Les branches nues, peintes de la même pâleur que le ciel,
inscrivaient dans l’air des motifs si dépouillés et si patients que j’étais près des larmes et du sourire.
Un soleil blanc fit un trou là-haut et sur le fleuve un cercle scintillant.
A cet instant ton pas fut derrière moi.
Il avait le rythme de mon coeur.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’onde étale (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



les seins poudrés de la lumière
parmi les plis de robe
du parfum

les velours rebroussés
savants de nos salives difficiles
avant le mot

puis le tronc de la chaleur
s’abat

coupé d’un souffle

sous la caresse
ton corps
juste l’onde étale
après la grande gondole

(Werner Lambersy)


Illustration: Pascal Renoux

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Tronc versé au fossé de tes hanches (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



Tronc
versé au fossé
de tes hanches

Les lierres du ventre
à l’écorce des eaux
Fourreau
comme la chair à l’os
Mes mains
aux ronces de l’approche

Différemment:

Amande amère douce
Etoile aux toiles des toisons
toujours toi
sexe insecte aux élytres d’odeurs
Amanite incertaine amante

(Werner Lambersy)


Illustration: Zhaoming Wu

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LE BOULEAU (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
LE BOULEAU

Bouleau, tu me fais songer
A une chambre pleine des respirations,
Des mouvements et des murmures de l’amour.

Elle quitte ses chaussures ;
Elle dégrafe sa jupe ; les bras levés
Elle enlève une boucle d’oreille, puis l’autre.

C’est ainsi que le tronc blanc
Se divise en deux, et ses branches
Sont pâles et lisses.

***

BIRCH

Birch tree, you remind me
Of a room filled with breathing,
The sway and whisper of love.

She slips off her shoes ;
Ûnzips her skirt ; arms raised,
Ûnclasps an earring, and the other.

Just so the sallow trunk
Divides, and the branches
Are pale and smooth.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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OBSCUR DÉJÀ (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Guillaume Bourquin Trois peupliers 2005

OBSCUR DÉJÀ

Crépuscule du soir.
Sur les hauts peupliers
roucoulent les tourterelles.
À peine, çà et là,
bercées dans la brise,
des cimes d’or légères.

Un pépiement perdu, là-haut ;
en bas, deux yeux
qui regardent l’ombre et s’en vont vers elle,
comme fleuves profonds vers une mer profonde,
profonde.

Fermés, très noirs,
sur le fond de folie
du couchant à vif,
les troncs
comme des hommes tristes,
si nombreux et chacun si seul.

***

YA OSCURO
El anochecer.
Se arrullan las tórtolas
en los altos olmos.
Apenas, aquí y allá, quedan,
mecidas en brisa,
cimas leves de oro.

Un pío perdido, en lo alto;
abajo, dos ojos
que miran la sombra y se van a ella,
como ríos hondos a un mar hondo, hondo.

Cerrados, muy negros,
contra el fondo loco
del ocaso agudo,
los troncos,
como hombres tristes,
cada uno isiendo tantos! solo.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Guillaume Bourquin

 

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Qui rêve à qui? (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Qui rêve à qui?

Si je dors longtemps à l’ombre
du grand saule droit au bord de l’étang
le rêve de l’arbre entrera dans mon rêve
Mon corps feuillu frémira pour chasser
un pic-vert en train de marteler mon écorce
pendant que je retourne à l’école
en tablier noir afin d’apprendre à lire
et que la maîtresse ressemble à l’infirmière
dont je ne vois que les yeux
derrière le masque bleu
Est-ce le saule qui se rêve écolier dans la classe enfantine?
Est-ce moi qui me fais tronc branches feuilles agitées?
Ou bien la vie vivante qui mélange nos rêves?

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Oiseau (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



 

acacia

Oiseau

Sous les jupons
de l’acacia
l’oiseau s’engouffre
à toutes plumes

Mais se pose-t-il
à la fourche du tronc
ce trousseur d’arbre
bien trop pressé?

(Joël Sadeler)

Illustration

 

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REFUGE D’OISEAUX NOCTURNES (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




    
REFUGE D’OISEAUX NOCTURNES

Là-haut il est un pin tordu;
aux aguets écoutant l’abîme
le tronc tendu comme un ressort.

Refuge d’oiseaux nocturnes
aux petites heures il retentit
d’un battement d’ailes rapides.

Il a aussi son nid, mon coeur,
suspendu dans le noir, une voix;
lui aussi est à l’écoute, la nuit.

***

RIFUGIO D’UCELLI NOTTURNI

In alto c’è un pino distorto;
sta intente ed ascolta l’abisso
col fusto piegato a balestra.

Rifugio a ucelli notturni,
nell’ora più alta risuona
d’un battere d’ali veloce.

Ha pure un suo nido il mie cuore
sospeso nel buio, una voce;
sta pure in ascolto , la netto.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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