Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘trône’

Moi Jean (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



saint_jean_baptiste

Hommage aux anges
[3]

Moi Jean, vis. Je test ;
que si quelqu’un ajoute

Dieu lui ajoutera les plaies,
mais dit celui qui est assis sur le trône,

je ferai tout nouveau.
Moi Jean, vis. Je testifie,

mais je ferai tout nouveau,
dit Celui des sept étoiles,

Lui des soixante-dix-fois-sept
injustices passionnées, amères,

Lui des soixante-dix-fois-sept
guerres amères, sans fin.

***

I John saw. I testify;
if any man shall add

God shall add unto him the plagues,
but he that sat upon the throne said,

I make all things new.
I John saw. I testify,

but I make all things new,
said He of the seven stars,

he of the seventy-times-seven
passionate, bitter wrongs,

He of the seventy-times-seven
bitter, unending wars.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au sommeil (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Toi qui, de tes pavots, enchaînes
Les yeux mêmes des Dieux et mênes
Souvent des mendiants au trône
Et des bergers près d’une belle,
Ecoute: Je ne te demande
Rien de chimérique aujourd’hui;
C’est le plus grand de tes services,
Bien-aimé, qu’il te faut me rendre.

Assis aux côtés de ma belle,
Je lis dans ses yeux du désir
Et je peux, sous la soie jalouse,
Voir se soulever sa poitrine;
Souvent l’Amour l’avait livrée
à mes baisers? mais il me faut
Etre privé de ce bonheur;
Inflexible, sa mère veille.

Ce soir, tu me retrouveras
Chez elle. Oh! entre, et, de tes plumes,
Répands l’odeur de tes pavots,
Dans le sommeil plonge sa mère!
Aux lueurs pâles des bougies
Qu’Annette, brûlante d’amour,
Comme sa mère dans les tiens,
S’abatte dans mes bras avides!

***

An den Schlaf

Der du mit deinem Mohne
Selbst Götteraugen zwingst
Und Bettler oft zum Throne,
Zum Mädchen Schäfer bringst,
Vernimm: Kein Traumgespinste
Verlang ich heut von dir.
Den größten deiner Dienste,
Geliebter, leiste mir.

An meines Mädchens Seite
Sitz ich, ihr Aug spricht Lust,
Und unter neid’scher Seide
Steigt fühlbar ihre Brust;
Oft hatte meinen Küssen
Sie Amor zugebracht,
Dies Glück muß ich vermissen,
Die strenge Mutter wacht.

Am Abend triffst du wieder
Mich dort, o tritt herein,
Sprüh Mohn von dem Gefieder,
Da schlaf die Mutter ein:
Bei blassem Lichterscheinen,
Von Lieb Annette warm
Sink, wie Mama in deinen,
In meinen giergen Arm!

(Goethe)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA MER (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




LA MER

J’ai besoin de la mer car elle est ma leçon :
je ne sais si elle m’enseigne la musique ou la conscience :
je ne sais si elle est vague seule ou être profond
ou seulement voix rauque ou bien encore conjecture
éblouissante de navires et de poissons.
Le fait est que même endormi
par tel ou tel art magnétique je circule
dans l’université des vagues.

I1 n’y a pas que ces coquillages broyés
comme si une planète tremblante
annonçait une lente mort,
non, avec le fragment je reconstruis le jour,
avec le jet de sel, la stalactite,
et avec une cuillerée de mer, la déesse infinie.

Ce qu’elle
m’a appris, je le conserve! C’est
l’air, le vent incessant, l’eau et le sable.

Cela semble bien peu pour l’homme jeune
qui vint ici vivre avec ses feux et ses flammes,
et pourtant ce pouls qui montait
et descendait à son abîme,
le froid du bleu qui crépitait
et l’effritement de l’étoile,
le tendre éploiement de la vague
qui gaspille la neige avec l’écume,
le pouvoir paisible et bien ferme
comme un trône de pierre dans la profondeur,
remplacèrent l’enceinte où grandissait
la tristesse obstinée, accumulant l’oubli,
et soudain mon existence changea:
j’adhérai au mouvement pur.

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration
    
PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS

Dans le vase de cristal
il y a des fleurs nouvelles. Cette nuit,
il y eut une pluie de baisers.
Elle réveilla un faune bicorne
à la poursuite d’une âme émotive.
Nombre de fleurs exprimèrent leur parfum.
Dans la passionnelle syrinx
grandirent sept voix
qui dans sept roseaux furent placées
par Pan.

D’anciens rites païens
se renouvelèrent. L’étoile
de Vénus brilla, plus limpide
et diamantine. Les fraises
des bois rendirent leur sang.
Le nid se mit en fête.
Un rêve florentin
refleurit de printemps,
de façon qu’en chair vive
resurgirent les aspirations perdues.
Imaginez un chêne
donnant une rose fraîche ;

un bon ægipan latin
avec une bacchante grecque
et parisienne. Une musique
magnifique. Une suprême
inspiration primitive,
emplie de choses modernes.
Un vaste orgueil viril
que parfume l’odor di femina ;
un trône de pierre où
repose un lys.

Divine Saison ! Divine
Saison ! L’aube sourit
plus tendrement. La traîne
du paon exalte
son prestige. Le soleil augmente
son intime influence, et la harpe
nerveuse vibre seule.
Ô Printemps sacré !
Ô jouissance du don sacré
de la vie ! Ô palme superbe
sur nos fronts ! Cou
du cygne ! Colombe blanche !
Rose rouge ! Pallium bleu !
Et tout pour toi, ô mon âme !
Et pour toi, mon corps, et pour toi,
idée qui les relies.
Et pour Toi, que nous cherchons
et jamais ne trouverons —
jamais !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HALLELUJAH (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
HALLELUJAH

J’ai entendu dire qu’il y avait un accord secret
Que David jouait et qui plaisait au Seigneur
Mais tu ne t’intéresses pas vraiment à la musique, n’est-ce pas
Ça faisait comme ça,
La quarte, la quinte
L’accord mineur tombe et le majeur monte
Le roi perplexe composant hallelujah

Hallelujah…

Ta foi était forte mais tu avais besoin de preuves
Tu l’as vue se baigner sur le toit
Sa beauté et le clair de lune t’ont renversé
Elle t’a attaché
à une chaise de cuisine
Elle a brisé ton trône, et t’a coupé les cheveux
Et de tes lèvres elle a tiré l’Hallelujah

Hallelujah…

Vous dites que j’utilise le Nom en vain
Mais je ne connais même pas le Nom
Mais si je le fait, bon vraiment, qu’est ce que ça peut te faire ?
Il y a un éclat de lumière
Dans chaque mot
Qu’importe que tu entendes
Le saint hallelujah ou le brisé

Hallelujah…

J’ai fait de mon mieux, ce n’était pas beaucoup
Je ne pouvais pas sentir, alors j’ai essayé d’effleurer
J’ai dit la vérité, je ne suis pas venue pour te duper
Et bien que
Tout est mal tourné
Je me tiendrai devant le seigneur de la chanson
Avec rien d’autre à mes lèvres qu’Hallelujah

Hallelujah…

***

HALLELUJAH

I’ve heard there was a secret chord
That David played, and it pleased the Lord
But you don’t really care for music, do you?
It goes like this
The fourth, the fifth
The minor fall, the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty in the moonlight overthrew you
She tied you to a kitchen chair
She broke your throne, and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Baby I have been here before
I know this room, I’ve walked this floor
I used to live alone before I knew you.
I’ve seen your flag on the marble arch
Love is not a victory march
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

There was a time when you let me know
What’s really going on below
But now you never show it to me, do you?
And remember when I moved in you
The holy dove was moving too
And every breath we drew was Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Maybe there’s a God above
But all I’ve ever learned from love
Was how to shoot at someone who outdrew you
It’s not a cry you can hear at night
It’s not somebody who has seen the light
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

You say I took the name in vain
I don’t even know the name
But if I did, well, really, what’s it to you?
There’s a blaze of light in every word
It doesn’t matter which you heard
The holy or the broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

I did my best, it wasn’t much
I couldn’t feel, so I tried to touch
I’ve told the truth, I didn’t come to fool you
And even though it all went wrong
I’ll stand before the Lord of Song
With nothing on my tongue but Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah

(Leonard Cohen)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NOCTURNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration
    
NOCTURNE

le vent plus sûr de nous que nous ne sommes
s’empara du trône de minuit

déjà l’écume avait franchi d’attendre
ébouriffés ses cheveux jubilaient

sachant souffrir le cri des grands lointains
même un brin d’herbe avait sa tâche

entre nous deux s’éboulaient tous les mots
si vif est le silence des yeux clairs qui nous lavent

tu rêvais de marcher sur les eaux
elles s’étaient portées garantes

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’oiseau mort (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration: Mathieu Triolet
    
L’oiseau mort

Sur la terre grise de la colline,
Sous les jeunes pousses d’une aubépine,
Tout près de la palissade où passent
Les jeunes étudiants en toges rouges

Ton aile blanche et noire brisée,
Tu étais immobile dans la mort, pareil
A une rose coupée ou une étoile
Exilée, loin du trône de la nuit.

Forme inerte qui un jour fut un vol
D’extase dans la lumière, un chant ardent
Au petit matin, la paix nocturne
D’un nid, tout là-haut dans les cimes.

Aujourd’hui tout semble inutile, à l’image
Du chagrin quand l’amour s’enfuit,
De la souffrance quand vieillit la beauté,
Du désir de lumière noyé par les ombres.

Si tu étais comme la mer qui, de sa propre mort,
Renaît. De toi j’aperçois la forme spectrale
Qui pleure dans le ciel les amours
Vites et beaux de tes jours passés.

Maintenant, silence. Dors. Oublie tout.
Nourris de toi-même la mort qui en toi niche.
Cette quiétude de l’aile, comme un soleil couchant,
Peut-être est-ce de la vie une forme plus haute.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu étais cachée par les brumes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Tu étais cachée par les brumes,
Et même ta voix était faible.
Je me souviens de ces leurres,
Je m’en souviens, esclave soumis.

Tu portais encor la couronne
Des caprices du point du jour.
Je me souviens des marches du trône
Et de ton premier jugement.

Les vêtements étaient si pâles
Et le calme si inquiétant!
Et ces pleines brassées de lys,
Et ton regard sans pensée…

Qui peut dire où cela s’est passé?
Qui peut dire où l’Étoile est tombée?
Et ce que furent ces mots
Qu’alors tu as prononcés?

Mais comment n’aurais-je pas reconnu
La blanche fleur des rivières,
Et tous ces vêtements pâles,
Et l’étrange sous-entendu blanc ?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Pareil à une source (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Luis Ricardo Falero
    
Pareil à une source son charme
Jaillit d’elle
Explose autour d’elle.
Pourquoi ne lisez-vous pas le tracé de ses horizons —
Ô prémices de mon amour?
Allez — donnez nos semailles
Labours et récoltes
Offrandes à ses traditions
À son trône, son oreiller, ses fenêtres
Et sa lampe
Plane, atterris et prends-moi
Là où tu désires sur cette terre — sur sa terre
Dans la ville, dans la lumière et l’obscurité

(Adonis)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :