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Poésie

Posts Tagged ‘trône’

Cantique (Ummî Sinan)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Cantique

Chemin faisant, je vins à une ville
J’ai vu le palais, il n’est que roses
Du sultan le trône et la couronne
Les murs et le verger, roses ne sont que roses

On achetait des roses, on vendait des roses
A la main des balances de roses
On pesait la rose avec la rose,
Le marché, le bazar, roses ne sont que roses

La terre n’est que roses, roses les pierres
Roses le sec, roses l’humide
Dans son jardin privé
Le cyprès, le platane, roses ne sont que roses

Le moulin de roses tourne
C’est là qu’on moud la rose
Coule son eau, tourne sa roue
Sa digue, sa source, roses ne sont que roses

La rose pourpre avec la rose rouge
Ont fleuri de pair dans un jardin
Epine contre épine elles se regardent
Leurs épines, leurs fleurs, roses ne sont que roses

Une tente de roses est dressée
A l’intérieur le pain béni est prêt.
Le prophète Elie est le portier
Son pain, son vin, roses ne sont que roses

Ummî Sinan ! viens expliquer
La plainte de la rose et du rossignol :
Du rossignol toujours seul
Soupirs et lamentations, roses ne sont que roses…

(Ummî Sinan)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Cantique (Hadji Bayram Veli)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017




    
Cantique

Qu’est ce mien coeur devenu, qu’est ce mien coeur devenu ?
De ta peine et de ton chagrin s’est rempli mon coeur
Mon coeur a brûlé, mon coeur a brûlé
En brûlant, ce mien coeur a recouvré ses forces

C’est vrai qu’il a brûlé; il a brûlé pour le vrai
Il a pris tout entier la couleur de l’amour
Il s’est trouvé lui-même, il s’est trouvé lui-même
Tes désirs ont agréé à ce mien coeur

«Ma pauvreté est ma gloire, ma pauvreté est ma gloire»
Ne l’a-t-il pas dit, lui, la Gloire de ce monde ?
Invoque la Gloire, invoque la Gloire !
Dans ce néant, ce mien coeur a trouvé la Gloire !

Ville de majesté, Ville de majesté
Peut-être est-ce le Trône divin
Demeure du bien-aimé, demeure du bien-aimé
Et si maintenant l’était ce mien coeur ?

Je suis Bayram maintenant, je suis Bayram
Ils font la fête avec l’amant maintenant
Louange et grâces, louange et grâces
Avec l’amant il a fait la fête ce mien coeur.

(Hadji Bayram Veli)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Comme un roi (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Comme un roi qui appellerait le plus humble de ses sujets
à partager son trône et sa puissance,
tu m’as fait possesseur un moment du trésor de l’existence,
de la pensée, du splendide manteau de la vie.

Tu m’as mis au doigt l’anneau de Salomon,
tu m’as fait commander aux djinns.

J’habite, ô roi! dans ton palais.
Les animaux me servent comme des esclaves obéissants.
Sous l’apparence de jeunes femmes,
les houris célestes s’offrent à mes lèvres.

Mais tout à coup paraît la Mort :
tu me ravis l’anneau magique,
et tu me fais rentrer dans la nuit du néant.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Le Poète (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration  
    
Le Poète

Il porte obscurément la pourpre du poète,
Ce passant qu’on rencontre au détour du chemin,
Vers lequel nul ne tend sa secourable main
Et qui lève vers l’aube un front large d’ascète.

Mais sous le grand manteau percé de mille trous,
Si vieux qu’il est pareil aux innombrables toiles
Que l’araignée a su tramer sous les étoiles,
S’ouvrent ses yeux divins, prophétiques et fous.

Cet inconnu c’est le poète en son passage,
Et le vent du chemin lui dicte, ainsi qu’un dieu
Dicte un ordre divin, son chant impérieux…
… Mais, hélas ! nul n’entend le merveilleux message.

Toi, dont le vent clément rafraîchit le front nu,
Tu n’oses même pas solliciter l’Aumône,
Mais les siècles futurs te verront sur un trône,
Couronné de rayons, ô divin Inconnu !

(Renée Vivien)

 

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Le premier baiser est le mot (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017




    
Le premier baiser
est le mot prononcé de concert par quatre lèvres,

qui fait du coeur un trône,
de l’amour un roi
et de la fidélité une couronne.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: L’Oeil du Prophète

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Détrônée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Béatrice Bissara
    
Détrônée

La Reine détrônée est triste en son palais…
Où sont les chants légers, les parfums et les voiles
Et les manteaux brodés de roses et d’étoiles ?
Où sont les harpes d’or et les fleurs et les lais ?

La Reine détrônée en la salle du trône
Est très triste… Elle sait que, dès le lendemain,
L’Ordre s’accomplira… Nulle loyale main
N’assistera l’exil faible et lent d’une aumône ?

Elle a pris le chemin qui mène vers l’oubli.
Et le manteau royal, la sainte bandelette
Ne l’entoureront plus de splendeur violette.
L’or roux ne ceindra plus ce front triste et pâli…

Il ne demeure plus de la grandeur sereine
D’autrefois, de la vie emplissant les palais
De pierre inaltérable, et des fleurs et des lais,
Que cette majesté dernière : Je fus reine !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Songe (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



 

Songe

Sur mes seins, mes mains endormies,
Lasses des jeux et des fuseaux,
Mes blanches mains, mes mains amies
Semblent dormir au fond des eaux.

Loin des peines tristes et vaines,
En ce trône de ma beauté,
Calmes, lentes et frêles reines,
Mes mains songent de royauté.

Et seule dans mes tresses blondes,
Et mes yeux clos comme jadis,
Je suis l’enfant qui tient des mondes,
Et la vierge qui tient des lys.

Sur mes seins, mes mains endormies,
Lasses des jeux et des fuseaux,
Mes blanches mains, mes mains amies
Semblent dormir au fond des eaux.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

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Lis (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Lis

Combien je regrette le temps où, simple fleur,
j’étais le symbole chéri de l’innocence!
On m’effeuillait alors sur les pas des vierges et des chastes épouses;
les anges porteurs des messages du ciel, s’arrêtaient un moment
pour se reposer dans ma corolle,
et le lendemain ils m’enlevaient avec eux dans leurs bras,
et me présentaient aux hommes comme un gage nouveau
de la bonne nouvelle qu’ils venaient leur annoncer.
Je vivais d’air, de soleil et de lumière.
Mes nuits se passaient à contempler les étoiles
et à m’enivrer des concerts confus qui se chantent dans l’ombre,
tandis que maintenant….

Le roi me parlait du bien qu’on pouvait faire sur le trône,
du charme qu’il y a à se faire aimer.
Puis il ajoutait que je devais porter bonheur à lui et à sa race.
Je me laissai couronner.
Adieu, maintenant, au soleil, aux étoiles, aux perles de la rosée,
à l’onde du lac; l’étiquette me gouverne et m’obsède,
je languis au milieu de la foule des courtisans.
Ma vieille amie l’Hermine, à laquelle j’avais fait accorder ses grandes entrées,
ne vint plus au palais, crainte de se souiller.
L’autre nuit, j’ai eu une vision menaçante.
J’ai vu les lis traînés dans la boue,
et une jeune et belle reine qu’on menait à l’échafaud.

(J.J. Grandville)

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LA ROSE DU MONDE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

LA ROSE DU MONDE

Qui rêva que la beauté passe comme un rêve ?
Pour ces lèvres de feu, dont tout l’orgueil
Est de porter le deuil de la merveille,
Troie a passé, flamme au foin, funéraire,
Et les enfants d’Usna ont succombé.

Nous aussi, et le monde qui peine, nous passons :
Mais là, parmi les âmes qui tournoient
Avant de s’effacer comme les eaux promptes
De l’hiver incolore, là, parmi
Les étoiles qui passent, cette autre écume,
Un visage survit, une solitude.

Inclinez-vous, Archanges, dans vos pénombres !
Avant vous, avant même que coeur ne batte,
Lasse et bonne une femme s’attardait
Près du trône de Dieu ; et Lui,
Il fit de l’univers un grand chemin d’herbe
Pour ses pas vagabonds.

***

THE ROSE OF THE WORLD

Who dreamed that beauty passes like a dream ?
For these red lips, with all their mournful pride,
Mournful that no new wonder may betide,
Troy passed away in one high funeral gleam,
And Usna’s children died.

We and the labouring world are passing by :
Amid men’s souls, that waver and give p lace
Like the pale waters in their wintry race,
Under the passing stars, foam of the sky,
Lives on this lonely face.

Bow down, archangels, in your dim abode :
Before you were, or any hearts to beat,
Weary and kind one lingered by His seat;
He made the world to be a grassy road
Before her wandering feet.

(William Butler Yeats)

 

 

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RONDE FLAMANDE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



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RONDE FLAMANDE
A Mademoiselle Mauté de Fleurville

Si j’étais roi de la forêt,
Je mettrais une couronne
Toute d’or ; en velours bleuet
J’aurais un trône,

En velours bleu, garni d’argent
Comme un livre de prière,
J’aurais un verre en diamant
Rempli de bière,

Dire qu’un roi prend quand il veut
La plus belle fille au monde
Dont les yeux sont du plus beau bleu,
Et la plus blonde,

Avec des tresses comme en a
Jusqu’aux genoux, Marguerite.
Si j’étais roi, c’est celle-là
Que j’aurais vite.

J’irais la prendre à son jardin,
Sur l’eau, dans ma barque noire,
Mât de nacre et voile en satin.
Rames d’ivoire.

Satin blanc, nacre et câbles d’or…
Des flûtes, des mandolines
Pour bercer la belle qui dort
Sur des hermines !

Hermine, agrès d’or et d’argent,
Doux concert, barque d’ébène,
Couronne et verre en diamant…
J’en suis en peine.

Je n’ai que mon coeur de garçon.
Marguerite se contente
D’être ma reine en la chanson
Que je lui chante.

(Charles Cros)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

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