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Posts Tagged ‘trône’

NOCTURNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration
    
NOCTURNE

le vent plus sûr de nous que nous ne sommes
s’empara du trône de minuit

déjà l’écume avait franchi d’attendre
ébouriffés ses cheveux jubilaient

sachant souffrir le cri des grands lointains
même un brin d’herbe avait sa tâche

entre nous deux s’éboulaient tous les mots
si vif est le silence des yeux clairs qui nous lavent

tu rêvais de marcher sur les eaux
elles s’étaient portées garantes

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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L’oiseau mort (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration: Mathieu Triolet
    
L’oiseau mort

Sur la terre grise de la colline,
Sous les jeunes pousses d’une aubépine,
Tout près de la palissade où passent
Les jeunes étudiants en toges rouges

Ton aile blanche et noire brisée,
Tu étais immobile dans la mort, pareil
A une rose coupée ou une étoile
Exilée, loin du trône de la nuit.

Forme inerte qui un jour fut un vol
D’extase dans la lumière, un chant ardent
Au petit matin, la paix nocturne
D’un nid, tout là-haut dans les cimes.

Aujourd’hui tout semble inutile, à l’image
Du chagrin quand l’amour s’enfuit,
De la souffrance quand vieillit la beauté,
Du désir de lumière noyé par les ombres.

Si tu étais comme la mer qui, de sa propre mort,
Renaît. De toi j’aperçois la forme spectrale
Qui pleure dans le ciel les amours
Vites et beaux de tes jours passés.

Maintenant, silence. Dors. Oublie tout.
Nourris de toi-même la mort qui en toi niche.
Cette quiétude de l’aile, comme un soleil couchant,
Peut-être est-ce de la vie une forme plus haute.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Tu étais cachée par les brumes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Tu étais cachée par les brumes,
Et même ta voix était faible.
Je me souviens de ces leurres,
Je m’en souviens, esclave soumis.

Tu portais encor la couronne
Des caprices du point du jour.
Je me souviens des marches du trône
Et de ton premier jugement.

Les vêtements étaient si pâles
Et le calme si inquiétant!
Et ces pleines brassées de lys,
Et ton regard sans pensée…

Qui peut dire où cela s’est passé?
Qui peut dire où l’Étoile est tombée?
Et ce que furent ces mots
Qu’alors tu as prononcés?

Mais comment n’aurais-je pas reconnu
La blanche fleur des rivières,
Et tous ces vêtements pâles,
Et l’étrange sous-entendu blanc ?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Pareil à une source (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Luis Ricardo Falero
    
Pareil à une source son charme
Jaillit d’elle
Explose autour d’elle.
Pourquoi ne lisez-vous pas le tracé de ses horizons —
Ô prémices de mon amour?
Allez — donnez nos semailles
Labours et récoltes
Offrandes à ses traditions
À son trône, son oreiller, ses fenêtres
Et sa lampe
Plane, atterris et prends-moi
Là où tu désires sur cette terre — sur sa terre
Dans la ville, dans la lumière et l’obscurité

(Adonis)

 

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Cantique (Ummî Sinan)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Cantique

Chemin faisant, je vins à une ville
J’ai vu le palais, il n’est que roses
Du sultan le trône et la couronne
Les murs et le verger, roses ne sont que roses

On achetait des roses, on vendait des roses
A la main des balances de roses
On pesait la rose avec la rose,
Le marché, le bazar, roses ne sont que roses

La terre n’est que roses, roses les pierres
Roses le sec, roses l’humide
Dans son jardin privé
Le cyprès, le platane, roses ne sont que roses

Le moulin de roses tourne
C’est là qu’on moud la rose
Coule son eau, tourne sa roue
Sa digue, sa source, roses ne sont que roses

La rose pourpre avec la rose rouge
Ont fleuri de pair dans un jardin
Epine contre épine elles se regardent
Leurs épines, leurs fleurs, roses ne sont que roses

Une tente de roses est dressée
A l’intérieur le pain béni est prêt.
Le prophète Elie est le portier
Son pain, son vin, roses ne sont que roses

Ummî Sinan ! viens expliquer
La plainte de la rose et du rossignol :
Du rossignol toujours seul
Soupirs et lamentations, roses ne sont que roses…

(Ummî Sinan)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Cantique (Hadji Bayram Veli)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017




    
Cantique

Qu’est ce mien coeur devenu, qu’est ce mien coeur devenu ?
De ta peine et de ton chagrin s’est rempli mon coeur
Mon coeur a brûlé, mon coeur a brûlé
En brûlant, ce mien coeur a recouvré ses forces

C’est vrai qu’il a brûlé; il a brûlé pour le vrai
Il a pris tout entier la couleur de l’amour
Il s’est trouvé lui-même, il s’est trouvé lui-même
Tes désirs ont agréé à ce mien coeur

«Ma pauvreté est ma gloire, ma pauvreté est ma gloire»
Ne l’a-t-il pas dit, lui, la Gloire de ce monde ?
Invoque la Gloire, invoque la Gloire !
Dans ce néant, ce mien coeur a trouvé la Gloire !

Ville de majesté, Ville de majesté
Peut-être est-ce le Trône divin
Demeure du bien-aimé, demeure du bien-aimé
Et si maintenant l’était ce mien coeur ?

Je suis Bayram maintenant, je suis Bayram
Ils font la fête avec l’amant maintenant
Louange et grâces, louange et grâces
Avec l’amant il a fait la fête ce mien coeur.

(Hadji Bayram Veli)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Comme un roi (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Comme un roi qui appellerait le plus humble de ses sujets
à partager son trône et sa puissance,
tu m’as fait possesseur un moment du trésor de l’existence,
de la pensée, du splendide manteau de la vie.

Tu m’as mis au doigt l’anneau de Salomon,
tu m’as fait commander aux djinns.

J’habite, ô roi! dans ton palais.
Les animaux me servent comme des esclaves obéissants.
Sous l’apparence de jeunes femmes,
les houris célestes s’offrent à mes lèvres.

Mais tout à coup paraît la Mort :
tu me ravis l’anneau magique,
et tu me fais rentrer dans la nuit du néant.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Le Poète (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration  
    
Le Poète

Il porte obscurément la pourpre du poète,
Ce passant qu’on rencontre au détour du chemin,
Vers lequel nul ne tend sa secourable main
Et qui lève vers l’aube un front large d’ascète.

Mais sous le grand manteau percé de mille trous,
Si vieux qu’il est pareil aux innombrables toiles
Que l’araignée a su tramer sous les étoiles,
S’ouvrent ses yeux divins, prophétiques et fous.

Cet inconnu c’est le poète en son passage,
Et le vent du chemin lui dicte, ainsi qu’un dieu
Dicte un ordre divin, son chant impérieux…
… Mais, hélas ! nul n’entend le merveilleux message.

Toi, dont le vent clément rafraîchit le front nu,
Tu n’oses même pas solliciter l’Aumône,
Mais les siècles futurs te verront sur un trône,
Couronné de rayons, ô divin Inconnu !

(Renée Vivien)

 

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Le premier baiser est le mot (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017




    
Le premier baiser
est le mot prononcé de concert par quatre lèvres,

qui fait du coeur un trône,
de l’amour un roi
et de la fidélité une couronne.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: L’Oeil du Prophète

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Détrônée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Béatrice Bissara
    
Détrônée

La Reine détrônée est triste en son palais…
Où sont les chants légers, les parfums et les voiles
Et les manteaux brodés de roses et d’étoiles ?
Où sont les harpes d’or et les fleurs et les lais ?

La Reine détrônée en la salle du trône
Est très triste… Elle sait que, dès le lendemain,
L’Ordre s’accomplira… Nulle loyale main
N’assistera l’exil faible et lent d’une aumône ?

Elle a pris le chemin qui mène vers l’oubli.
Et le manteau royal, la sainte bandelette
Ne l’entoureront plus de splendeur violette.
L’or roux ne ceindra plus ce front triste et pâli…

Il ne demeure plus de la grandeur sereine
D’autrefois, de la vie emplissant les palais
De pierre inaltérable, et des fleurs et des lais,
Que cette majesté dernière : Je fus reine !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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