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Ils étaient pour un autre monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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Ils étaient pour un autre monde

Tout dialogue, rompu.
Tout amour, rapiécé.
Tout jeu, marqué.
Toute beauté, tronquée.

Comment sont-ils arrivés jusqu’ici ?

Tout dialogue, verbe.
Tout amour, sans pronoms.
Tout jeu, sans règles.
Toute beauté, offrande.

Il y a sans doute une faille
dans l’administration de l’univers.
Des créatures erronées ?
Des mondes égarés ?
Des dieux irresponsables ?

Ils étaient pour un autre monde.

***

Eran para otro mundo.

Todo diálogo, roto.
Todo amor, con costuras.
Todo juego, marcado.
Toda belleza, trunca.

¿Cómo llegaron hasta aquí?

Todo diálogo, verbo.
Todo amor, sin pronombres.
Todo juego, sin reglas.
Toda belleza, entrega.

Algo falla sin duda
en la administración del universo.
¿Criaturas erróneas?
¿Mundos equivocados?
¿Dioses irresponsables?

Eran para otro mundo.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Tronqué d’étoiles en épaves (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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Tronqué d’étoiles en épaves spectralement irradiées mortes
dans les tremblements d’une peur insoutenable calcinée
le vide absence d’intervalles et de repères assurés
s’ouvre mâchoire clapet claquant orifice
où s’engouffrer à travers herses folles hallucinantes tours
venelles crénelées sur l’alignement des remparts
les villes désertées chancellent des tocsins
passent les processions à la cadence des ruptures
lapidaires effondrements décadences immatérielles
il reste l’écheveau des pistes confondues
le vague croisillon des évasions ratées
le cri incarcéré dans la gorge nouée
l’insulte refluant hors des égouts du temps
montent surmontent rampent à l’inouï silence tu
aux soleils engloutis dans les mémoires forestières
dès longtemps foudroyées

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Chêne amputé (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016



Pauvre arbre, comme ils t’ont taillé!
Quelle étrange et triste figure!
Tu n’es plus, cent fois cisaillé,
Que défi, que volonté pure.

Comme toi tronqué, tourmenté,
Sans me briser, ma vie entière,
Jour après jour j’ai résisté,
Dressant mon front dans la lumière.

Ce qui fut en moi doux, sensible,
Le monde l’a crucifié.
Mais mon être est indestructible:
Je vis heureux, pacifié.

Je pousse mes feuilles nouvelles
Malgré mes rameaux douloureux,
Toujours, dans mes peines cruelles,
De ce monde absurdes amoureux.

**************

Gestutzte Eiche

Wie haben sie dich, Baum, verschnitten
Wie stehst du fremd und sonderbar!
Wie hast du hundertmal gelitten,
Bis nichts in dir als Trotz und Wille war!

Ich bin wie du, mit dem verschnittnen,
Gequälten Leben brach ich nicht
Und tauche täglich aus durchlittnen
Roheiten neu die Stirn ins Licht.

Was in mir weich und zart gewesen,
Hat mir die Welt zu Tod gehöhnt,
Doch unzerstörbar ist mein Wesen,
Ich bin zufrieden, bin versöhnt,

Geduldig neue Blätter treib ich
Aus Ästen hundertmal zerspellt,
Und allem Weh zu Trotze bleib ich
Verliebt in die verrückte Welt.

(Hermann Hesse)

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