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Poésie

Posts Tagged ‘tronquer’

LE SENS (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration
    
LE SENS

Le sens ne réside pas en un lieu.
C’est comme une lèvre tronquée
ou la musique d’une planète lointaine.
Rarement c’est un palais ou une plaine,
le diamant d’un vol ou le coeur de la pluie.
Parfois c’est le bourdonnement d’une abeille, une infime présence
et le jour est un feu brûlant sur la corolle de la mer.
Il s’abreuve de violence et d’obscurité
et ses rivages sont jonchés d’oubli et de chaos.
Ses caprices contiennent toute la distance du silence
et tout l’éclat du désir. Avec une musique désespérée,
il craque parfois sous le masque du temps.
Avec des cendres d’eau, il crée des halos de pénombre
et d’un côté c’est le désert, de l’autre une cataracte.
On peut le parcourir certaines fois comme le spectre solaire
ou le sentir comme un cri en lambeaux ou une porte condamnée.
Souvent ses noms ne sont pas des noms,
mais des blessures, des murailles sourdes, des lames effilées,
de minuscules racines, des chiens d’ombre, des ossements de lune.
Toutefois, il est toujours l’amant désiré que
recherche le poète dans les remous des ténèbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Le monde est le second terme
d’une métaphore incomplète,
une comparaison
dont le premier élément s’est perdu.

Où donc est ce qui était comme le monde?
Envolé de la phrase
ou est-ce nous qui l’effaçons ?

Ou serait-ce que la métaphore
a toujours été tronquée ?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Le non-gai savoir (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Le non-gai savoir

La maturité, terrible cadeau
qu’on nous fait, en nous prenant avec elle
toute saveur gratuite de l’offrande
sous la froideur glaciale d’une stèle,

la maturité voit, mais le bandeau
tronque la surprise de la fenêtre,
le cercle vide de son étendue,
qui par le monde est changé en cachot.

La maturité sait le prix exact
des amours, des loisirs, des lassitudes,
mais sans rien pouvoir contre son savoir

ni contre elle-même. L’odorat fin,
l’oeil fin, la main, libérée de tout charme,
se détruisent dans le rêve existence.

(Carlos Drummond de Andrade)

Illustration: La Maturité par Victor Rousseau

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