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Posts Tagged ‘tropique’

DÉSIRS (Carlos Pellicer)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

Bill Viola a7a396d

DÉSIRS

Tropique, pourquoi m’as-tu donné
des mains pleines de couleur ?
Tout ce que je toucherai
s’emplira de soleil.
Les après-midi sagaces en terres étrangères
je passerai avec mon vacarme de verre tournesol.
Laisse-moi un seul instant
cesser d’être cri et couleur.
Laisse-moi un seul instant
changer le climat du coeur,
boire la pénombre d’une maison déserte,
me pencher en silence à un lointain balcon,
m’enfouir dans la cape aux plis délicats,
me répandre sur la rive d’une douce dévotion,
caresser doucement la chevelure blonde
et décrire d’un fin crayon ma méditation.
Oh, cesser d’être un seul instant
l’Aide de Camp du soleil !
Tropique, pourquoi m’as-tu donné
des mains pleines de couleur ?

(Carlos Pellicer)

Illustration: Bill Viola

 

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SOIR DU TROPIQUE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



 


    
SOIR DU TROPIQUE

Gris et triste est le soir.
La mer se pare de lin
et le ciel profond se pare
de chagrin.

De l’abîme ascend
la plainte amère et sonore.
L’onde, quand chante le vent,
s’éplore.

Les violons de la brume
saluent le soleil au coucher.
Psalmodie la blanche écume :
Miserere.

Comme si c’était l’invisible…
comme si c’était le rude son
donné au vent par un terrible
lion.

Des trompettes de l’horizon
s’échappe une symphonie aux rares effets
comme si la voix des monts
vibrait.

Le ciel que l’harmonie inonde
voit emportée par les airs
la chanson triste et profonde
de la mer.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Je voudrais pas crever (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Martin Matje
    

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

(Boris Vian)

 

Recueil: Je voudrais pas crever
Traduction:
Editions:

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LOIN DES TROPIQUES (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




    
LOIN DES TROPIQUES

C’est tout un art de balayer
c’est un métier digne d’estime
les ruisseaux comme des torrents
cavalent cavalent cavalent

on doit savoir les diriger
y concentrer les ordures
qu’il faut absolument glisser
sous les ouatures

crottes de chiens vieilles lettres
mégots bâtonnets de sucettes
épingle à cheveux verre brisé
l’ajonc mouillé
d’une gracieuse parabole
les fait choir
en bas du trottoir
sans une parole

ces artistes municipaux
ont depuis peu souvent la peau noire
ils ont un air mélancolique.
pensent-ils à la Martinique ?
à un marigot africain ?
lorsqu’ils ont le balai en main
du matin
au soir

(Raymond Queneau)

 

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Le bonheur de n’être pas éternels (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



 

Histoire de la paix après l’orgasme. Le tropique absolu.
Les rameurs contre les caps; la mer d’huile des hémorragies.
Le soleil dans l’eau, les trois sphères de l’existence.
Les mots croisés. Ce qui ne finit pas de naître, ce qui ne finit pas.
Tout ce qui, dedans, ne cesse d’être dehors.
Tout ce qui, mort, ne cesse d’activer.
Le soleil se levant sur un cimetière de voitures.
Pneus, essieux, carburateurs. L’hiver ivre-mort.
Le bonheur de n’être pas éternels.

(Paol Keineg)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

 

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Couchers de soleil (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016



Couchers de soleil

Tout le monde parle des couchers de soleil
Tous les voyageurs sont d’accord pour parler des cou-
chers de soleil dans les parages
Il y a plein de bouquins où l’on ne décrit que les couchers
de soleil
Les couchers de soleil des tropiques
Oui c’est vrai c’est splendide
Mais je préfère de beaucoup les levers de soleil
L’aube
Je n’en rate pas une
Je suis toujours sur le pont
A poils
Et je suis toujours le seul à les admirer
Mais je ne vais pas décrire les aubes
Je vais les garder pour moi seul.

(Blaise Cendrars)

 

 

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Arbre (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



Arbre

Tu es plus souple que le zèbre
Tu sautes mieux que l’équateur.
Sous ton écorce les vertèbres
font un concert d’oiseaux moqueurs.
J’avertirai tous les poètes :
il ne faut pas toucher aux fruits
c’est là que dorment les comètes,
et l’océan s’y reconstruit.
Tu es léger comme un tropique.
Tu es plus sage qu’un poisson.
Dans chaque feuille une réplique
est réservée pour ma chanson.
Dès qu’on t’adresse la parole,
autour de toi s’élève un mur.
Tu bats des branches, tu t’envoles
c’est toi qui puniras l’azur.

(Alain Bosquet)

 

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