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Poésie

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Il y aura toujours dans mon œil (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



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Arbres, travailleurs tenaces ajourant peu à peu la terre
Ainsi le cœur endurant peut-être, purifie

Je garderai dans mon regard
comme une rougeur plutôt de couchant que d’aube
qui est appel non pas au jour mais à la nuit
flamme qui se voudrait cachée par la nuit
J’aurai cette marque sur moi de la nostalgie de la nuit
quand même la traverserais-je avec une serpe de lait

Il y aura toujours dans mon œil cependant une invisible rose de regret
comme quand au-dessus d’un lac a passé l’ombre d’un oiseau

Et des nuages très haut dans l’air bleu
qui sont des boucles de glace la buée de la voix
que l’on écoute à jamais tue

(Philippe Jaccottet)

 

 

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Le chant s’était tu (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



Le chant s’était tu
ou quelque chose dans le chant
on ne sait pas
quelque chose
qui n’avait plus sa place
et faisait du silence
une paupière sur une absence d’oeil

C’était sans importance
pour le commerce ou les rapports
de force
c’était sans importance
dites-vous bien qu’on pouvait
s’en passer : la parole sans miracle
avait encore de beaux jours

Sauf chez quelques-uns peut-être
pour qui les mots
restaient insupportablement vides
et l’âme
la partie la plus fine du corps
comme un drapeau
qu’on avait oublié au balcon

Sauf peut-être pour quelques-uns
plus mal en point
dans le grand lit des solitudes
où le coeur
est une goutte de mercure
ou de la gomme de résine
lentement sur l’écorce d’un tronc

Et l’univers qu’on croit indifférent
parce qu’il est loin
alors qu’on est dedans
l’univers qu’on croit connaître
parce qu’on y est né
alors qu’on sait si peu de soi
et du silence en soi

L’univers attendait sans rien dire
car le chant s’était tu
ou quelque chose dans le chant
on ne sait pas
mais quelques-uns pensaient
à ces oiseaux qu’un seul hiver
rendait muets pour toujours

*

C’était sans importance
on écrirait là-dessus
comme sur le reste et cela suffit
sauf peut-être pour certains
qui eux non plus ne savaient plus
et restaient sans rien dire
lorsque le chant ne chantait pas

L’univers attendait
la voix qui entrerait en lui
comme la lumière dans un fruit
ou l’eau
dans le pis des racines
et comme de l’air
dans les poumons d’un nouveau-né

L’univers attendait
le danseur immobile de l’âme
le rêveur d’interdits
derrière les barbelés du verbe
des camps de la peur
et cette folie entre deux corps
encordés par leurs souffles

(Werner Lambersy)

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Avec une clé changeante (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2016



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Avec une clé changeante
tu ouvres la maison , dans laquelle
tournoie la neige des choses tues.
Et au gré du sang , qui sourd
des yeux, de la bouche ou de l’oreille,
ta clé change.
Change ta clé, change le mot ,
qui doit suivre le tournoiement des flocons.
Au gré du vent qui te pousse en avant,
s’enroule autour du mot « la neige ».

(Paul Celan)

 

 

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La lueur (Kristel Saint-Cyr)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2016



La lueur

Et parfois
L’orgueil même
Se replie
Et s’agenouille
Devant l’humble lueur
Comme un secret tu
Parmi tant d’ombre
L’humble clarté
D’or
Là-bas
Où repose
Si pur
Le cœur de Dieu
Frémit
Et palpite
En Son temple
L’Infini en l’infime

(Kristel Saint-Cyr)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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