Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tuer’

Melancholia (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    
Melancholia
(extrait)

… Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : – Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée,
Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain ! –
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit,
Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Épouse du Feu (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Épouse du Feu

Épouse du Feu, étreins-moi fort maintenant –
Épouse du Feu !
J’ai arraché les pétales de la rose terrestre,
j’ai tué le désir.

Beauté de la Lumière, enveloppe ma vie –
beauté de la Lumière !
J’ai sacrifié l’envie, rompu avec la peine,
je peux porter ton délice.

Image de l’extase, ravis et enlace-moi –
image de félicité !
Je ne veux voir que ton visage merveilleux,
ne plus sentir que ton baiser.

Voix de l’Infinité, résonne en mon coeur –
appel de l’Un !
Grave là ta radieuse clarté, à jamais,
ô vivant Soleil !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le piège des cheveux (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020



Illustration: Oleg Zhivetin
    
Le piège des cheveux

J’ai pris mon coeur dans tes cheveux,
au filet de ton propre piège.
Tue-moi, d’un clin d’oeil, si tu veux :
pas d’autre sort qui me convienne !
Si tu te trouves en mesure
de contenter notre désir,
Exauce-le, car tu feras
une oeuvre pie pour me servir.
Par ta vie ! O ma douce idole,
je jure que, dans la nuit noire,
Comme un cierge je me consume :
car je voudrais m’anéantir.
Lorsque tu me parles d’amour,
rossignol, je te mets en garde :
La rose n’est qu’une égoïste
qui ne pense qu’à son plaisir.
La fleur n’a pas besoin du musc
du Turkestan ou de la Chine,
Puisqu’elle abrite son parfum
aux plis de son propre manteau.
Ne va donc pas frapper à l’huis
des possédants d’âme mesquine :
Tu as sous ton toit le trésor
de tout le bonheur qu’il te faut.

Hâfez, tu brûles de passion.
Le jeu d’amour est un pari
Tu restes fidèle à toi-même
et bien ancré dans ton parti.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Griot de ma race (Ndèye Coumba Diakhaté)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020



Ndèye Coumba Diakhaté
    
Griot de ma race

Je suis griot de ma race :
Poète, troubadour;
Je chante très haut ma race, mon sang,
Qui clame qui je suis.

Je suis… bois d’ébène,
Que ne consume le feu lent du mensonge.
Je suis… la latérite rouge du sang farouche de mes ancêtres.

Je suis… la brousse inviolée,
Royaume des singes hurleurs.

Pas le Nègre des bas quartiers,
Relégué dans la fange fétide, la suie qui colle;
Là-bas, dans la ville grise, qui accable, qui tue.

Je suis… qui tu ignores :
Soleil sans leurre; pas de néon hypocrite.
Je suis… le clair de lune serein, complice des ébats nocturnes,

Je suis le sang qui galope, se cabre d’impatience
Dans le dédale de mes artères. Je suis qui tu ignores.
Je crache sur l’esprit immonde.

Et voici que je romps les chaînes,
Et le silence menteur
Que tu jetas sur moi.

(Ndèye Coumba Diakhaté)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RELÈVE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    
RELÈVE

À notre place
On a posé
Des soldats frais
Pour amorcer
La mort d’en face.
Il a fallu toute la nuit pour s’évader.
Toute la nuit et ses ténèbres
Pour traverser, suant, glacé,
Le bois martyr et son bourbier
Cinglé d’obus.
Toute la nuit à se tapir,
À s’élancer éperdument,
Chacun choisissant le moment,
Selon ses nerfs et son instinct
Et son étoile.
Mais passé le dernier barrage,
Mais hors du jeu, sur la route solide,
Mais aussitôt le ralliement
Aux lueurs des pipes premières,
Dites, les copains, les heureux gagnants,
Quelle joie titubante et volubile !
Ce fut la joie des naufragés
Paumes et genoux sur la berge
Riant d’un douloureux bonheur
En recouvrant tout le trésor ;
Tout le trésor fait du vaste monde
Et de la mémoire insondable
Et de la soif qu’on peut éteindre
Et même du mal aux épaules
Qu’on sent depuis qu’on est sauvé.
Et l’avenir ! Ah ! l’avenir,
Il sourit maintenant dans l’aube :
Un avenir de deux longues semaines
À Neuvilly dans une étable…

*

Ah ! les pommiers qui sont en fleurs !
Je mettrai des fleurs dans mes lettres.
J’irai lire au milieu d’un pré.
J’irai laver à la rivière.
Celui qui marche devant moi
Siffle un air que son voisin chante ;
Un air qui est loin de la guerre :
Je le murmure et le savoure.
Et pourtant ! les tués d’hier !
Mais l’homme qui a trébuché
Entre les jambes de la Mort
Puis qui se relève et respire
Ne peut que rire ou sangloter :
Il n’a pas d’âme pour le deuil.
La lumière est trop enivrante
Pour le vivant de ce matin ;
Il est faible et tout au miracle
D’aller sans hâte sur la route.
Et s’il rêve, c’est au délice
D’ôter ses souliers pour dormir,
À Neuvilly, dans une étable.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jean Ruet aussi est mort (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration
    
… Jean Ruet aussi est mort ;
Il avait vingt-quatre ans ;
C’était un gars de Saint-Ay
Dans les vignes, sur la Loire.
Jean Ruet a été tué !
Qui donc aurait pu croire
Que celui-là mourrait ?
Il était si vivant
Que c’était grand plaisir
De voir ce garçon-là,
Son nez humant l’espace,
Ses fins sourcils farceurs
Ses gestes de danseur,
Et d’entendre son rire !
Son œil, quand il lisait
La guerre dans les journaux,
Était l’œil de Panurge
Écoutant Dindenault.
Et la belle santé
Excluant la rancune,
Nos grands chefs militaires
Excitaient sa gaîté.
Il est mort un matin
Qu’il pliait son grand corps
Pour saisir aux épaules
Un mort dans un boyau.
Un obus est tombé
Au bord du parapet
Et sa gerbe a criblé
Notre gentil Jean Ruet.
Sur le brancard j’ai vu
Son corps blanc et splendide :
La mort n’avait pas pu
Abîmer sa poitrine.
Hélas ! j’ai vu ses traits
S’amincir et se fondre
Pendant qu’il répétait
L’adresse de sa mère.
Nous l’avons enterré
Dans un bas-fond d’Argonne ;
J’ai vu trois jours après
L’eau qui couvrait la place.
[…]

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HUMAINS (Maria Nivea Zagarella)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2020



ADDS IDENTIFICATION OF CHILD Paramilitary police officers investigate the scene before carrying the lifeless body of Aylan Kurdi, 3, after a number of migrants died and a smaller number were reported missing after boats carrying them to the Greek island of Kos capsized, near the Turkish resort of Bodrum early Wednesday, Sept. 2, 2015. The family — Abdullah, his wife Rehan and their two boys, 3-year-old Aylan and 5-year-old Galip — embarked on the perilous boat journey only after their bid to move to Canada was rejected. The tides also washed up the bodies of Rehan and Galip on Turkey’s Bodrum peninsula Wednesday, Abdullah survived the tragedy. AP

 
    
Poem in Dutch Spanish, English, French, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Irish

Poem of the Week Ithaca 647
« Men » Maria Nivea Zagarella Sicilia

Uit: “The Poetry of Maria Nivea Zagarella”, Bilingual Sicilian-English, Mineola, NY: Legas, 2017.

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

HUMAINS

La mer consentante
rend les morts :
fétus superflus,
inutiles,
sur cette terre.

Affolés et perdus
ils s’en vont
adultes désespérés
enfants innocents
ne sachant rien faire
leurs petites mains, transies par le gel nocturne
qui les tue.

Impitoyable l’homme
envers sa propre chair,
Impitoyable envers la terre
qui l’a allaité depuis sa naissance.

La mer n’a plus assez
de paniers à foin
pour rassembler goutte à goutte
la misère et les gémissements
de ces corps qui se noient.

Traduction de Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

***

MENSEN

De berustende zee
geeft de doden terug:
overmatig stro,
nutteloos
op deze aarde.

Waanzinnig en verloren
vertrekken ze
de wanhopige volwassenen
de onschuldige kinderen
die niets kunnen doen,
hun kleine handen, bevroren door de nachtvorst,
die hen doet sterven.

Wreedaardig de mens
tegen zijn eigen vlees,
Wreedaardig tegen de aarde
die hem vanaf zijn geboorte borstvoeding gaf.

De zee heeft niet langer
voldoende stromanden
om druppel na druppel te verzamelen,
de ellende en de verzuchtingen
van deze verdrinkende lichamen.

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

HOMBRES

Devuelve
el mar resignado
a los muertos:
paja sobrante,
inútil,
sobre esta tierra.

Locos sin rumbo
parten
desesperados los adultos
inocentes los pequeños
que no pueden hacer nada,
las manos frías… heladas nocturnas
que traen la muerte.

Caín el hombre
con su propia carne.
Caín con la tierra
que lo amamantó al nacer.

Y no tiene más
canastos el mar
para recogerlos gota a gota,
ni llagas para bramar
este ahogamiento de hombres.

Traducción Rafael Carcelén
Translation into Spanish by Rafael Carcelén

***

MEN

The resigned sea gives back
the dead,
excessive straw,
useless,
upon this earth.

Crazy and lost
the desperate adults
depart,
the innocent little ones
can do nothing,
their little hands
frozen by the cold night
that brings them death.

Murderous men
against their own flesh,
murderous earth
that breast fed them since birth.

The sea no longer has
enough straw baskets
to collect drop after drop,
woes and laments
of this drowning bodies.

Translation into English by Stanley Barkan

***

UOMINI

Ci torna
il mare rassegnato
i morti:
Paglia sono in sovrappiù,
inutile,
su questa terra.

Folli sbandati
partono
disperati i grandi,
innocenti i piccoli
che non possono nulla,
le manine fredde… gelo della notte
che gli porta la morte.

Caino l’uomo
con la sua stessa carne
Caino con la terra
che allattò nascendo.

E più non ha
il mare sporte
a raccogliere stilla su stilla,
piaghe a bramire
di questo annegamento di Morte.

Maria Nivea Zagarella

***

MENSCHEN

Sich erhebend gibt das Meer
die Toten zurück:
überschüssiges Stroh,
nutzlos,
auf dieser Erde.

Wahnsinnig und verloren
sie machen sich auf
verzweifelte Erwachsene,
unschuldige Kinder
die nichts tun können,
kalt die Hände … der Nachtfrost
bringt ihnen den Tod .

Grausam der Mensch
gegen sein eigenes Fleisch
Grausam gegen die Erde
die ihn on Anbeginn genährt hat.

Das Meer hat
kein Gefäß mehr
um Tropfen für Tropfen zu sammeln
das Elend und die Klagen
dieser ertrinkenden Körper.

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

HOMENS

Devolve
o mar resignado
os mortos:
palha que sobra.
Inútil,
sobre essa terra.

Loucos sem destino
partem
desesperados os adultos
inocentes os pequenos
que não podem fazer nada,
as mãos frias… geadas noturnas
que trazem a morte.

Caim, o homem,
com sua própria carne.
Caim com a terra
que o amamentou ao nascer.
E não tem mais
cestas o mar
para recolhê-los gota a gota,
nem feridas para gritar
este afogar-se da Morte.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by Eduardo Degrazia

***

UOMINI

Ci torna
il mare rassegnato
i morti:
Paglia sono in sovrappiù,
inutile,
su questa terra.

Folli sbandati
partono
disperati i grandi,
innocenti i piccoli
che non possono nulla,
le manine fredde… gelo della notte
che gli porta la morte.

Caino l’uomo
con la sua stessa carne
Caino con la terra
che allattò nascendo.

E più non ha
il mare sporte
a raccogliere stilla su stilla,
piaghe a bramire
di questo annegamento di Morte.

Maria Nivea Zagarella

***

OAMENI

Marea cea resemnată
ne înapoiază
morții:
surplus de paie
inutile
pe acest pământ.

Smintiți și rătăciți
se duc adulții disperați,
neîntinați copiii
rămân neputincioși,
cu mânuțele reci… în gerul nopții
aducător de moarte.

Hain e omul
cu propria-i carne,
hain cu pământul
din naștere alăptat.

I s-au isprăvit mării
panerele de adunat
strop după strop
amarul și necazul
acestor trupuri înecate.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

LUDZIOM

Morze pokornie oddaje
martwych,
zbędną słomę,
bezużyteczną
na tej ziemi.

Oszaleli zagubieni
wypływają,
zdesperowani dorośli
i niewinne dzieci
one nie mogą nic,
ich małe rączki
przemarzają nocnym mrozem
który przynosi im śmierć.

Kainowie
wobec własnego ciała
Kainowie wobec ziemi
co poiła ich matczynym mlekiem.

Morze już nie nastarcza
słomianych koszy
by zbierać kropla po kropli,
lamenty i krzyk
tonących.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka

***

ΑΝΘΡΩΠΟΙ

Καρτερική θάλασσα επιστρέφει
τους νεκρούς
το πολύ άχρηστο άχυρο
πάνω στη γη.

Χαμένοι και τρελοί
απελπισμένοι άνθρωποι
φεύγουν καθώς
τ’ αθώα ανίκανα παιδιά
να κάνουν κάτι δεν μπορούν
με χέρια παγωμένα
απ’ τη νύχτα που τα σκοτώνει.

Φονιάδες κατά της ίδιας τους γεννιάς
της γης φονιάδες
που τους γαλούχισε απ τα γεννησιμιά τους
η θάλασσα άλλα δεν έχει
καλάθια αχυρένια
για να μαζέψει σταλιά σταλιά
κλάματα και καημούς
κορμιών που πνίγονται ένα-ένα

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

人 类

听天由命的大海归还
这死者,
过多的稻草,
没用的,
在这个地球上。
疯狂和迷失
不惜冒险的大人
离开了,
无辜的小孩子
无能为力,
他们的小手
被寒冷夜晚冻住了
这给他们带来死亡。
凶残的人类
残害自己的肉体,
凶残的地球
从出生起就用母乳喂养他们。
大海不再有
足够的草篮子
来一滴一滴地收集,
这些溺水尸体
的悲哀与哀叹。

原 作: 西西里岛 玛丽亚·妮维娅·扎加雷拉

英 译: 盖塔诺·西波拉 译自意大利西西里语
汉 译: 中 国 周道模
Translation into Chinese by William Zhou

***

رجال..

البحر اليائس يهب الموتى،
قشة هائلة،
لا فائدة ترتجى منها،
على الأرض.
فالبالغون اليائسون يرحلون،
بجنون وتيه
والأبرياء الصغار
لا حول لهم
ولا قوة.
فأياديهم الضئيلة
جمدتها الليلة الباردة
وأصابتها بالشلل
أما الرجال القتلة
الذين يجهزون على آخرين من لحمهم ودمهم،
على هذه الأرض
التي أطعمتهم من ولادتهم،
لم يعد في البحر
أعواد خشب تكفي
لجمع القطرات النازفة،
والأجساد الغرفى ليس لها شيء
سوى النوح والرثاء

ماريا نيفيا زاغاريلا (صقلية)

ترجمة عن الإنجليزية سارة سليم
Translation into Arab by Sarah Selim

***

पुरुषों

इस्तीफा देने वाला समुद्र
वापस लौट आता है
मृत,
अत्यधिक पुआल,
निकम्मा,
इस धरती पर।
पागल और खो गया
हताश वयस्क
विदा हो गए
मासूम छोटों
कुछ नहीं कर सकते,
उनके छोटे हाथ
ठंड की रात से जमे हुए
इससे उनकी मृत्यु हो जाती है।
हत्या करने वाले पुरुष
अपने स्वयं के मांस के खिलाफ,
पृथ्वी के खिलाफ हत्या
उस स्तन ने उन्हें जन्म से खिलाया।
समुद्र अब नहीं है
पर्याप्त पुआल टोकरी
बूंद के बाद बूंद
जमा करने के लिए,
व्यर्थ और विलाप
इन डूबते हुए शरीरों का
मारिया निव ज़ागरेला (सिसिली)

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

海があきらめたように
枯れた山のような藁を砂浜に戻す
地球には無益なもの

狂って行き場を失った
やけっぱちの大人が旅発つ
無邪気で小さな子供は

何もできず
冷たい夜に手は凍え
命を失う

殺人鬼は
自らの肉体に背き
地球に刃向かう
生まれた時から乳を与えてくれた地球を

海にはもう十分な藁を入れるかごがなく
おぼれた身体の
悲哀と嘆きがあるのみだ

マリア・ニベア・ザガレラ(シチリア)
Translation into Japanese by Dr. Manabu Kitawaki

***

مردها

دریای بردبار
مرده پس می دهد،
انبوهی کاه
بی استفاده،
روی این زمین.
دیوانه و گمراه،
بزرگسالانی ناامید
عازم می شوند،
طفلان بی گناه
بیچاره ،
دستان کوچکشان
یخزده در شبهای سرد
که برایشان مرگ هدیه می آورد.
مردان قاتل
علیه خودشان،
قاتل زمین
که از پستان دهش شیرشان داد.
دریا دیگر سبد کاهی ندارد
تا قطره قطره جمع کند
درد و رنجهای
این بدن های مغروق را.

ترجمه: سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

Човеци

Спокойното море изхвърля
мъртвата,
прекомерна сламка,
безполезна
на тази земя.
Луди и изгубени,
отчаяните възрастни
отпътуват,
невинните деца
не могат да направят нищо,
техните малки ръце
са замразени от студената нощ,
която им носи смърт.
Убийствени човеци
срещу собствената си плът,
убийствени срещу земята,
която ги кърми от раждането!
Морето няма вече
достатъчно сламени кошове
да събира капка след капка,
бедите и риданията
на тези давещи се тела

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian Ivan Hristov

***

MENN

Auðsveipur sjórinn skilar
hinum látna,
afgangsfisi
og einskis nýtu
eftir að hann deyr.
Hugstola og ráðþrota
hverfur fullorðna fólkið
á braut,
litlu sakleysingjarnir
geta ekkert gert,
smáar hendur
kelur um kalda nótt
sem færir þeim dauðann.
Morðóðir menn
drepa hold sjálfra sín,
drepa jörðina
sem brjóstfæddi þá frá fæðingu.
Sjórinn á ekki lengur
nægar tágakörfur
til að safna hverjum dropa
af sorg og harmi
drukknandi líkamanna

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

ЛЮДИ

Спокойное море
отдает мертвецов:
слишком много
ненужной соломы
на этой земле.

Отчаявшиеся и потерянные,
они уходят.
Отчаявшиеся взрослые
невинные дети,
им ничего уже не суметь,
а маленькие ладошки, замерзшие на ночном морозе,
приносят смерть.

Люди мстят
самим себе,
мстят земле,
что с рождения их растила.

У моря больше нет
соломенных корзин,
чтобы, капля за каплей, собирать
горести и печали
этих утопших тел.

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

TAO

Ang umurong na dagat nagbalik
ng bangkay,
labis na dumi
walang pakinabang
sa mundong ito.

Baliw at naligaw
mga may sapat na gulang desperadong
lumisan,

mumunting walang muwang
ay walang magawa
maliliit na mga kamay
ay nanigas sa maginaw na gabi
na nagdala sa kanila sa kamatayan.

Mamamatay tao
laban sa kanilang sariling laman, mamamatay laban sa kalupaan
na siyang nagpasuso sa kanila mula ng sila’y isilang.

Ang dagat wala ng sapat
na sisidlang yari sa dayami
upang tipunin ang bawat patak

ng mga luha ng paghihinagpis at pagdadalamhati
nitong nangalunod na mga katawan

Isinalin sa wikang Filipino -Eden Soriano Trinidad
Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

גברים / מריה ניביאה זאגארֶלָה, סיציליה

הַיָּם הַנָּסוֹג מַחְזִיר
אֶת הַמֵּתִים,
קַשׁ עֹדֶף,
חֲסַר-תּוֹעֶלֶת,
עַל הָאֲדָמָה הַזּוֹ.

מְטֹרָפִים וַאֲבוּדִים
עוֹזְבִים
הַמְּבֻגָּרִים הַמְּיֹאָשִׁים,
אוֹתָם קְטַנִּים תְּמִימִים
אֵינָם יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת דָּבָר,
יְדֵיהֶם הַקְּטַנּוֹת
קְפוּאוֹת מֵהַלַּיְלָה הַקַּר
שֶׁמֵּבִיא אוֹתָם אֶל פִּי מָוֶת.

גְּבָרִים רַצְחָנִיִּים
נֶגֶד עַצְמָם וּבְשָׂרָם,
רַצְחָנִיִּים כְּנֶגֶד הָאֲדָמָה
שֶׁהֵינִיקָה אוֹתָם מֵאָז הַלֵּדָה.

לַיָּם כְּבָר אֵין
דֵּי סַלֵּי קַשׁ
לֶאֱסֹף טִפָּה אַחַר טִפָּה
יְגוֹנוֹת וְקִינוֹת
שֶׁל גּוּפוֹת טוֹבְעוֹת אֵלּוּ.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translation into Hebrew by Dorit Weissman

***

ஆண்கள்

விலகிய கடல் இறந்தவற்றைத்
திரும்பத்தருகிற து
பயனற்ற எஞ்சியுள்ள கோரைப்புற்களை
நிலத்திற்கே!
மனமாறாட்டமுடைய, இழந்துவிட்ட
நம்பிக்கை இழந்த வயதானவ்ர்கள்
பிரிகின்றனர்
விவரம் தெரியாத சிறுவர்கள்
ஒன்றும் செய்ய முடியாது
சில்லென்ற குளிர் இரவினால் இறுகிய
அவர்களுடைய சிறு கைகள்
அவர்களுக்கு மரணத்தை கொண்டுவருகிறது!
கொலைகார மனிதர்கள்
அவரது உடலை எதிர்த்து
நிலத்தை எதிர்த்து கொலைசெய்கின்றனர்
பிறந்த நாளினின்று மார்பகப் பால் கொடுத்தது
கடலினிடம் தேவையான கோரைப்புல் கூடைகள்
துளித்துளியாகச் சேகரிக்க

மூழ்கும் உடல்களின்
வேதனைகளையும் அழுகைகளையும்
தீர்ந்து விட்டன!

Translation into Tamil by Dr. N V Subbaraman

***

MIROV

Zerya xwe berzdike
miriyan vedigerîne:
şiv badilhewa,
bê havil e
li ser vê erdê.

Şêtanî û hindabûn
mirovên têgihêştî
xwe dikine rewşeke gumanî
zaroyên bê guhne,
yên bêçare,
dest qerimî… şeva xwîskanî
ji wan re mirinê tîne.

Tawanbar e mirov
lidijî goştê xwe
tawanbar e lidijî erdê
ewa di destpêkê de ew xwedîkir.

Di zeryayê de sepetên
şivên heytê neman,
ku dilop li pê dilopê kombike,
hejarî û gazinî
ev tenê niqumî.

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

মানব

প্রত্যাখ্যাত সমুদ্র ফিরিয়ে দেয়

মৃতদেহ,
অতিরিক্ত খরকুটো,
মূল্যহীন,
এই পৃথিবীতে।
উন্মাদ আর নিখোঁজ
মরিয়া প্রাপ্তবয়স্করা
করে প্রস্থান,
নিষ্পাপ ওই শিশুরা
করতে পারে না কিছুই,
তাদের ছোটহাত গুলি
জমে যায় হিমশীতল রাতে
যা তাদের ঠেলে দেয় মৃত্যুমুখে।
হত্যাকারীরা

বিরুদ্ধে দাড়ায় তাদের নিজের স্বজাতির প্রতি,
এই পৃথিবীর বিরুদ্ধে হত্যাকারীরা
যে পৃথিবী থেকে তারা করেছে স্তন্যপান।
এখন সমুদ্রে নেই আর
পর্যাপ্ত ঘরের ঝুড়ি
বিন্দু করে নেওয়ার জন্য,
হতাশা আর বিলাপ
আর ডুবে যাওয়া সব দেহগুলি

Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

FIR

Tugann an mhuir ghéilliúil
na mairbh ar ais,
tuí iomarcach,
gan mhaith,
don domhan seo.
Ar mire is ar strae,
daoine fásta i ndeireadh na feide
ag imeacht,
níl na rudaí beaga saonta
in ann faic a dhéanamh,
a lámha beaga sioctha
ag an oíche fhuar a thugann
an bás léi.
Dunmharfóirí, fir a mharaíonn
a gcineál féin,
an domhan a chothaigh ón mbroinn iad
á scriosadh acu.

Níl dóthain ciseán tuí
ag an muir chun iad a bhailiú,
braon i ndiaidh braoin
d’ochlán na gcorp seo
á mb

Transcreation into Irish by Gabriel Rosenstock

(Maria Nivea Zagarella)

 

Recueil: ITHACA 647
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LES REQUÊTES DES ENFANTS (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Mai Thu
    
LES REQUÊTES DES ENFANTS

Les maisons ne doivent pas brûler.
On ne doit pas connaître les lanceurs de bombes.
La nuit est faite pour dormir.
La vie ne doit pas être une punition.
Les mamans ne doivent pas pleurer.
Personne ne doit tuer un autre.
Tout le monde devrait construire quelque chose.
Là on peut avoir confiance en chacun.
Les plus jeunes devraient pouvoir l’accomplir.
Les plus vieux aussi.

***

DIE BITTEN DER KINDER

Die Häuser sollen nicht brennen.
Bomber sollt man nicht kennen.
Die Nacht soll für den Schlaf sein.
Leben soll keine Strafe sein.
Die Mütter sollen nicht weinen.
Keiner sollt töten einen.
Alle sollen was bauen.
Da kann man allen trauen.
Die Jungen sollen’ s erreichen.
Die Alten desgleichen.

***

DE SMEEKBEDEN VAN DE KINDEREN

De huizen dienen niet te branden.
Bommenwerpers dient men niet te kennen.
De nacht dient voor de slaap te zijn.
Het leven dient geen straf te zijn.
De moeders dienen niet te huilen.
Niemand dient een ander te doden.
Iedereen zou iets moeten opbouwen.
Dáár kan men eenieder vertrouwen.
De jongeren zouden het moeten waarmaken.
De ouderen ook.

***

LE PREGHIERE DEI BAMBINI

Non brucino più interi quartieri.
Non si vedano più bombardieri.
La notte sia per dormire.
Si cancelli la parola punire.
Le madri non debbano piangere.
Nessuno più debba ammazzare.
Che ognuno possa qualcosa creare.
Che di tutti ci si possa fidare.
Che i giovani ottengano tutto questo,
e anche i vecchi … ma presto.

***

LOS RUEGOS DE LOS NIÑOS

Las casas no deberían arder.
Ni deberían conocer los bombarderos.
La noche debería ser para dormir.
La vida no debería ser un castigo.
Las madres no deberían llorar.
Nadie debería matar a otro.
Todos deberían construir algo.
Ahí se puede confiar en todos.
Los jóvenes tendrían que lograrlo.
Los ancianos igualmente.

***

RUGĂMINȚILE COPIILOR

Casele să nu ardă.
Bombardiere neștiute să fie.
Noaptea să rămână a somnului.
Viața să nu fie pedeapsă.
Mamele să nu plângă.
Nimeni să nu mai ucidă.
Toți să construiască ceva.
Să te poți încrede-n oricine.
Cei tineri acolo s-ajungă.
Cei vârstnici la fel.

***

THE PLEAS OF THE CHILDREN

Houses should not burn.
Bombers should not be known.
Night should be for sleep.
Life should not be a punishment.
Mothers should not cry.
None should kill anyone.
Everyone should build something
There one could trust everyone.
The young should achieve it.
The old as well.

***

ΕΚΛΗΣΕΙΣ ΤΩΝ ΠΑΙΔΙΩΝ

Να μην πυρπολούνται τα σπίτια
να μην γνωρίζει κανείς τα βομβαρδιστικά
η νύχτα να `ναι για τον ύπνο
να μην είναι τιμωρία η ζωή
οι μάνες να μην κλαίνε
κανείς να μην σκοτώνει κανένα
ο καθένας να χτίζει κάτι
εκεί που εμπιστεύεται ο ένας τον άλλο.
Οι νέοι να το καταφέρουν
κι οι γέροι επίσης.

***

ДЕТСКИЕ ПРОСЬБЫ

Пусть бомбам не летать над нами.
И пусть дома не тронет пламя.
Пусть ночь останется для сна нам.
Жизнь не на бедствие дана нам.
Пусть не плачут ни матери, ни дети.
Пусть никто никого не убивает на свете.
Все должны созидать, создавать.
Тогда можно будет всем доверять.
Мир такой создать – мечта молодежи.
И мечта стариков тоже.

***

ما كان يجب أنْ تشتعلَ البيوتُ.
ولا أنْ تعرفَ القَصْفَ
الليلُ كان يجبُ أن يكونَ لأجل هجعة النَّو م
والحياة ما كان يجبُ أن تصيرَ عقابا
الأمهاتُ ما كان يجبُ أن ينتحبوا.
لا أحد كان يجبُ أن يقتُلَ أحداً.
الجميعُ كان يجبُ أن يبني شيئاً.
هكذا نستطيعُ أن نثق في الجميع.
تلك الغاية يجبُ أن يبلغها الشبابُ
والشيوخُ أيضا سيبلغونَها.

***

ДЕЧЈЕ МОЛБЕ

уће не би требало да горе.
Бомбардери не би требали знати.
Ноћ би требала бити за спавање.
Живот не би требао бити казна.
Мајке не би требале плакати.
Нико не би требао убити некога.
Сви би требали нешто изградити
Тамо један може веровати свима.
Млади би то требали постићи.
И стари.

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 571
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Arabe Khaled Al – Risouni / Serbe Milutin Djurickovic /
Editions: POINT

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Trop Tard (Daniel Birnbaum)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2020



    
Trop Tard

J’ai vu de grandes eaux se répandre
sur des cercueils encore ouverts
alors
ils se changeaient en barques
et se perdaient dans une errance
inconcevable
quand les linceuls devenaient voiles
prenaient le vent et la même direction
égales dans la fuite
égales dans le temps
nul prêche à bord
nulle pêche au bord
les morts rigolaient
d’avoir encore pour un temps
un destin
mais il était beaucoup trop tard
il aurait fallu bien avant
tuer les machines

(Daniel Birnbaum)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 87 de Traction-Brabant
Traduction:
Editions: Traction-Brabant Patrice Maltaverne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :