Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘tumultueux’

Les quatre saisons – L’automne (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

Mahira Ates (9)

Les quatre saisons – L’automne

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

(Charles Cros)

Illustration: Mahira Ates

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La page est un territoire (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau
    
La page est un territoire,
routes et hameaux, espaces lacunaires,
la rumeur alentour de la terre d’extase.

Tu ne t’attardes pas aux images,
errant dans la végétation flottante

Des heures, tu es entré dans le regard
intense des mots, parcourant le jour aveugle
par des chemins d’oiseaux tumultueux.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parfois, quand je marche solitaire (Camillo Sbarbaro)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



 

Parfois, quand je marche solitaire
dans les rues de la ville tumultueuse,
j’oublie mon destin d’être
homme parmi les autres, et, comme amnésique,
arraché à moi-même, je regarde
les gens avec des yeux ouverts étrangers.

***

Toujours absorbé en moi-même et dans un monde à moi
je me déplace comme endormi parmi les hommes.
De celui qui me heurte du bras je ne m’aperçois pas,
et si je regarde intensément chaque chose
je ne vois presque jamais ce que je regarde.
Je me fâche contre celui qui m’enlève
à moi-même. Toute voix m’importune.
Je n’aime que la voix des choses.
Tout ce qui est nécessaire et habituel
m’irrite, tout ce qui est vie,
comme la brindille irrite l’escargot
et comme lui en moi-même je me retire
[…]

(Camillo Sbarbaro)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Philippe Cognée

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

INVITE A L’ÉTERNITÉ (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
INVITE A L’ÉTERNITÉ

T’en viendras-tu ma douce enfant
Dis-moi me viendras-tu rejoindre
Dans la vallée d’ombre profonde
Qui n’est que nuit et que ténèbres
Où le sentier bientôt se perd
Où le soleil oublie le jour
Où lumière et vie sont absentes
Douce enfant dis t’en viendras-tu

Là où les rocs se font torrents
Les plaines mers tumultueuses
Les monts caverneuses noirceurs
Où la vie pâlit comme un rêve
Enfant viendras-tu partager
La triste non-identité
Où nos parents vivants nos soeurs
Nous oublient et sont oubliés

Dis-moi me viendras-tu rejoindre
Dans cette étrange mort vécue
Pour vivre morte être la même
Mais sans vie sans foyer ni nom
A la fois être et ne pas être —
Avoir été n’être plus — voir
Passer des ombres et le ciel
En haut en bas de toutes parts

Veux-tu gagner ce pays d’ombres
Où les visages s’entr’ignorent
Où le présent raison éteinte
Avec le passé ne fait qu’un
Dis-moi douce enfant veux-tu vivre
Pour unir les vivants aux morts
Alors viens nous sommes mariés
A une même éternité

***

AN INVITE TO ETERNITY

Wilt thou go with me sweet maid
Say maiden wilt thou go with me
Through the valley depths of shade
Of night and dark obscurity
Where the path hath lost its way
Where the sun forgets the day
Where there’s nor light nor life to see
Sweet maiden wilt thou go with me

Where stones will turn to flooding streams
Where plains will rise like ocean waves
Where life will fade like visioned dreams
And mountains darken into caves
Say maiden wilt thou go with me
Through this sad non-identity
Where parents live and are forgot
And sisters live and know us not

Say maiden wilt thou go with me
In this strange death of life to be
To live in death and be the same
Without this life or home or name
At once to be and not to be —
That was and is not — yet to see
Things pass like shadows and the sky
Above below around us lie

The land of shadows wilt thou trace
And look — nor know each other’s face
The present mixed with reason gone
And past and present all as one
Say maiden can thy life be led
To join the living with the dead
Then trace thy footsteps on with me
We’re wed to one eternity

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TOUT LE LONG DE LA VIE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



TOUT LE LONG DE LA VIE

Paysages de songe en des miroirs brisés,
Putains agglutinées comme boyaux de moules,
Soudain un grand cri vert a jailli de la foule
Le soleil se brossait sur les Champs-Élysées !

Sordides et mafflus et geindres et braillards
Vont à pas de fourmis tout le long de la vie,
Dans les bistrots poisseux où l’on boit sans envie,
Dans les trains surpeuplés d’aveugles babillards.

Mais le printemps sonore éclate à coups de fleurs
Délivre la fanfare timide des rainettes
Fait rutiler de ciel toutes ces marionnettes,
Hisse d’un bond les joies au pavois des couleurs.

L’ortie l’aride ortie s’éveille au fond des cours,
Éclate en rémouleur l’orgue de Barbarie.
Que des pantins barbus dégoisent des discours,
Que Brigadier sifflote en sa gendarmerie

Et le paon et le pont et le rampatapon,
Coccinelle égarée sur le sein blanc des filles,
Puis la valse où la cloche évoque le jupon,
Puis les tumultueux quadriges des quadrilles…

Sur cela sont levés les ciels lavés de lune
Et coule la fontaine au vent sous les tilleuls,
Pour y passer la vie chacun a sa chacune
Jusqu’au bout c’est fatal on se trouve enfin seul.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Félix Vallotton

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Excuses (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



Excuses

On voudrait avoir la foudre au bout des doigts
La foudre avec toutes les révolutions
De ses nuages tumultueux
Et l’ouragan qui les roule
Et les mers ces brutes
Et les monts
Ces paternelles sérénités
Et l’espace cette espérance
Et la lumière cette vitesse
Et plus encor
Alors on ferait le grand poème qui ne s’écrit pas
Mais on n’a que des mots
Du papier
Et un désir

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Quatre saisons (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2016



Les Quatre saisons

I

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise,
Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et, sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pêches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver. Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits,
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !

(Charles Cros)

Illustration: Sophie Vulliard

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

FRANCESCA (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




FRANCESCA

Tu sortis de la nuit et vins ici,
Il y avait des fleurs dans tes mains;
Maintenant, tu sors des gestes des humains,
Du flot tumultueux des mots.

Moi qui t’ai vue parmi les choses essentielles,
Je m’irritais quand ils disaient ton nom
En des lieux ordinaires.

J’aimerais que les fraîches vagues envahissent mon esprit,
Que le monde sèche comme une feuille morte
Ou comme la graine du pissenlit, et soit balayé,
Pour que je puisse te trouver, comme avant,
Seule.

(Ezra Pound)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :