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Poésie

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La nuit dans l’île (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




La nuit dans l’île

Toute la nuit j’ai dormi avec toi
près de la mer, dans File.
Sauvage et douce tu étais entre le
plaisir et le sommeil, entre
le feu et l’eau.

Très tard peut-être
nos sommeils se sont-ils unis
par le sommet ou par le fond,
là-haut comme des branches
agitées par le même vent,
en bas comme rouges racines se
touchant.

Peut-être ton sommeil
s’est-il aussi dépris du mien
et sur la mer et sur sa nuit
m’a-t-il cherché
comme avant toi et moi,
quand tu n’existais pas encore,
quand sans t’apercevoir
je naviguais de ton côté
et que tes yeux cherchaient
ce qu’aujourd’hui
– pain, vin, amour, colère –
je t’offre à pleines mains
à toi, la coupe
qui attendait de recevoir les
présents de ma vie.

J’ai dormi avec toi
toute la nuit alors
que la terre en sa nuit tournait
avec ses vivants et ses morts,
et lorsque je me réveillais
soudain, par l’ombre environné,
mon bras te prenait par la taille.
La nuit ni le sommeil
n’ont pu nous séparer.

J’ai dormi avec toi
et ta bouche, au réveil,
sortie de ton sommeil
m’a donné la saveur de la terre,
d’algues, d’onde marine,
qui s’abrite au fond de ta vie.
Alors j’ai reçu ton baiser
que l’aurore mouillait
comme s’il m’arrivait
de cette mer qui nous entoure.

(Pablo Neruda)

Illustration: Joseph Matar

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Unis (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration
    
Unis
par la voyance
en nous
d’un chemin
l’un vers l’autre

Séparés
par le regard
sur nous
des autres

Toi de moi
si loin
dans le plus sûr instant
si près
dans l’incertain des ans

Si loin
dans le temps
riverain
si près
dans le temps
des devins

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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A l’antre du Réel (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Entre les mots
écrits et tus
le temps

Entre la parole
et l’ombre de son retour
le blanc

Entre le senti
et le son de son oubli
le sens

Entre l’autre
et l’un unis
les corps

Entre l’âme
et l’autre
le coeur encore

Entre le réel
et son envers inouï
l’étrange

Entre ici et là
l’ailleurs de l’être
arrête

Entre jadis et demain
le pouls de vivre
déjà s’enfuit

(Bernard Pozier)

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MERS-EL-KÉBIR (Valéry Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018



Illustration: Alphonse Etienne Dinet
    
MERS-EL-KÉBIR

J’aime ce village, où sous les orangers,
Sans se voir, deux jeunes filles se disent leurs amours
Sur deux infiniment plaintives mandolines.
Et j’aime cette auberge, car les servantes, dans la cour,
Chantent dans la douceur du soir cet air si doux
De la « Paloma ». Écoutez la paloma qui bat de l’aile…
Désir de mon village à moi, si loin; nostalgie
Des antipodes, de la grande avenue des volcans immenses;
0 larmes qui montez, lavez tous mes péchés!
Je suis la paloma meurtrie, je suis les orangers,
Et je suis cet instant qui passe et le soir africain;
Mon âme et les voix unies des mandolines.

(Valéry Larbaud)

 

Recueil: Les Poésies de A.O. Barnabooth
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FLUTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Françis Saint-Genies
    
LA FLUTE

Pour le jour des Hyacinthies, il m’a donné une syrinx faite de roseaux bien taillés,
unis avec la blanche cire qui est douce à mes lèvres comme du miel.

ll m’apprend à jouer, assise sur ses genoux; mais je suis un peu tremblante.
Il en joue après moi, si doucement que je l’entends à peine.

Nous n’avons rien à nous dire, tant nous sommes près l’un de l’autre;
mais nos chansons veulent se répondre,
et tour à tour nos bouches s’unissent sur la flûte.

Il est tard, voici le chant des grenouilles vertes qui commence avec la nuit.
Ma mère ne croira jamais que je suis restée si longtemps à chercher ma ceinture perdue.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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VESTIGE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

papier peint chardons

VESTIGE

Je me reconstruis.
Ou, de ce peu de voix
qui ne se désagrège pas,
je te parle.

De ce qu’
un mot aurait pu vivre
sans moi,
dans la rotondité d’un oeil
qui s’ouvre et se ferme.
Et de ce que signifie être découvert.

Je me reconstruis.
Je me dépouille de ce qui reste
de ma voix.

Cette maison,
croulant sous les tiges
de chardon blanc, dans la glaise
qui éclate
dans la lumière
des bouches.

Mon à jamais,
toujours uni au tien.

(Paul Auster)

 

 

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Illustration: Laurence Dutilleul
    
Inaugurer la transparence.
Voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête,
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence,
parce que l’au-delà et l’en-deçà se sont unis.

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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LA MER N’EST PAS LA MER (Félix Leclerc)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

LA MER N’EST PAS LA MER

La mer n’est pas la mer
C’est un gouffre sans fond
qui avale les garçons
par les matins trop clairs

L’amour n’est pas l’amour
c’est un faux carrefour
où les filles entrent en chantant
en ressortent en pleurant

La vie n’est pas la vie
mais triste comédie
qu’il faut vite quitter
avant que d’y goûter

Moi, je sais un pays
qui est bien loin d’ici
où la mer et la vie
et l’amour sont unis

(Félix Leclerc)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Et maison neuve on bâtira (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Et maison neuve on bâtira

Refrain
On va construire une maison
Pour abriter les camarades
On va construire une maison
Du rez-d’-chaussée jusqu’aux mansardes
On va construire une maison
Le toit les murs les fondations
On va construire une maison.

1
Il faut d’abord abattre la masure
Les vieux taudis les nids à rats
Il faut d’abord abattre la masure
Et maison neuve on bâtira.

2
Il faut aussi creuser profond la terre
Le terrassier a de bons bras
Il faut aussi creuser profond la terre
Et maison neuve on bâtira.

3
Maçon construis de solides murailles.
C’est le gros oeuvre et il tiendra
Par le ciment la pierre et la pierraille
Et maison neuve on bâtira.

4
Le fer, le bois soutiendront la charpente
Couvreur, plombiers, faites le toit
Qu’il nous abrite à l’instant des tourmentes
Et maison neuve on bâtira.

5
Pour la lumière et les fortes serrures
Bons compagnons fait’s c’ qu’il faudra
Comme un voilier inclinant sa mâture
La maison neuv’ naviguera.

6
Le menuisier fait les planchers solides
Pour le repos des travailleurs
Et la maison malgré les vents perfides
Verra briller les jours meilleurs.

7
Pour la construire éblouie de lumière
Soyons unis dans la cité
Et que ces buts guident nos coeurs sincères:
La justice et la liberté.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

Koh Sang Woo _Portrait_of_a_Couple_78

Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère,
Unis sur cette couche afin de s’épuiser
— Et la flamme à leur chair ajoutait un baiser
Qui mêlait à cette âme une bouche étrangère.

Vivants tombés du ciel pour payer sur la Terre
Le crime dont la mort cherche à les accuser,
Engloutis dans ce corps qui va les écraser,
Ils n’arrachent au feu que sa part de poussière.

Mais le jour qui se lève ignore qu’ils sont seuls
Et de cet univers dont il fait leurs linceuls
Il suspend sur leurs fronts les charmes et les nombres :

Sur quel astre perdu se sont-ils rassemblés ?
– Beau sang noir de l’Amour, noieras-tu ces décombres
Lorsqu’ils n’ont pas éteint leurs grands feux étoilés ?

(Louis Emié)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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