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Débit de l’eau, débit de lait (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

eau lait

Débit de l’eau, débit de lait

1 – Dans ma rue, y a deux boutiques
Dans l´une on vend de l´eau dans l´autre on vend du lait
La première n´est pas sympathique
Mais la seconde en revanche où l´on vend du lait l´est
Et c´est pour ça que tous les passants
La montrent du doigt en disant

Ah qu´il est beau le débit de lait
Ah qu´il est laid le débit de l´eau
Débit de lait si beau débit de l´eau si laid
S´il est un débit beau c´est bien le beau débit de lait
Au débit d´eau y a le beau Boby
Au débit de lait y a la belle Babée
Ils sont vraiment gentils chacun dans leur débit
Mais le Boby et la Babée sont ennemis
Car les badauds sont emballés
Par les bidons de lait de Babée
Mais l´on maudit le lent débit
Le lent débit des longs bidons du débit d´eau de Boby
Aussi Babée ses bidons vidés
Elle les envoie sur le dos de Boby
Et Boby lui répond
En vidant les bidons
Les bidons d´eau de son débit et allez donc
Les bidons d´eau de son débit et allez donc.

2 – Dans ma rue y a un mariage
Celui du beau Boby et de la belle Babée
Les voilà tous deux en ménage
Le débit d´eau épouse le grand beau débit de lait
Ils ont repeint leur boutique en blanc
Et chacun dit en y allant

Ah qu´il est beau le débit de lait
Ah quel palais le débit de l´eau
Débit de lait si beau, débit de lait palais
S´il est un débit beau c´est bien le beau débit de lait
Boby a mis du lait dans son eau
Et la Babée de l´eau dans son lait
Ils ont enfin compris que leurs débits unis
Font le plus grand le plus joli des beaux débits
Et les badauds sont emballés
Par les bidons de lait de Babée
Oui mais Boby garde pour lui
Les deux plus beaux bidons de lait de la Babée jolie
Et maintenant si vous y alliez
Vous entendriez de joyeux babils
De deux beaux bébés blonds
Qui font tomber d´un bond
Tous les bidons d´eau et de lait de la maison
Tous les bidons d´eau et de lait de la maison.
Ils se battent à coups de beaux bidons
Chez Boby et chez Babée et allez donc.

(Charles Trenet)

 

 

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LES DEUX GISANTS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021




LES DEUX GISANTS

Ils descendaient au fil de l’eau
les deux gisants les deux amants
dans le sourire de la mort
et la lumière de l’amour
était leur seule barque.

Entre l’espace qui les porte
et le temps qu’ils ont dépassé
ils avançaient sans avenir
et les gestes de la rivière
étaient leurs seuls mouvements.

O morts enfermés dans la vie
emportant la terre et le ciel
dans vos yeux grands ouverts,
ô figures inaltérables
d’un instant sans retour!

Unis apaisés et semblables
au fond de moi ils passent sans bouger
Je les contiens puisque je suis le fleuve
je les comprends puisque je suis la nuit
dans mon silence j’ensevelis
un rire un soleil éclatants.

(Jean Tardieu)

Illustration

 

 

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DANS LA NUIT (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2021



 

Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.

Mienne, belle, mienne.

Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplis de mon cri
De mes épis
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fumes, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, Nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui

Sous lui, sous plus ténu qu’un fil
Sous la nuit
La Nuit.

(Henri Michaux)

Illustration

 

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Étoile (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019




    
Étoile

Au ciel uni mat bleu sombre, à corps noir, –
quelque chose infiniment douce, vive et élevée perce
— accompagnée d’éclat, de distance, de pureté,
pénétration, finesse, isolement
— présences —

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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La nuit dans l’île (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




La nuit dans l’île

Toute la nuit j’ai dormi avec toi
près de la mer, dans File.
Sauvage et douce tu étais entre le
plaisir et le sommeil, entre
le feu et l’eau.

Très tard peut-être
nos sommeils se sont-ils unis
par le sommet ou par le fond,
là-haut comme des branches
agitées par le même vent,
en bas comme rouges racines se
touchant.

Peut-être ton sommeil
s’est-il aussi dépris du mien
et sur la mer et sur sa nuit
m’a-t-il cherché
comme avant toi et moi,
quand tu n’existais pas encore,
quand sans t’apercevoir
je naviguais de ton côté
et que tes yeux cherchaient
ce qu’aujourd’hui
– pain, vin, amour, colère –
je t’offre à pleines mains
à toi, la coupe
qui attendait de recevoir les
présents de ma vie.

J’ai dormi avec toi
toute la nuit alors
que la terre en sa nuit tournait
avec ses vivants et ses morts,
et lorsque je me réveillais
soudain, par l’ombre environné,
mon bras te prenait par la taille.
La nuit ni le sommeil
n’ont pu nous séparer.

J’ai dormi avec toi
et ta bouche, au réveil,
sortie de ton sommeil
m’a donné la saveur de la terre,
d’algues, d’onde marine,
qui s’abrite au fond de ta vie.
Alors j’ai reçu ton baiser
que l’aurore mouillait
comme s’il m’arrivait
de cette mer qui nous entoure.

(Pablo Neruda)

Illustration: Joseph Matar

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Unis (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration
    
Unis
par la voyance
en nous
d’un chemin
l’un vers l’autre

Séparés
par le regard
sur nous
des autres

Toi de moi
si loin
dans le plus sûr instant
si près
dans l’incertain des ans

Si loin
dans le temps
riverain
si près
dans le temps
des devins

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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A l’antre du Réel (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Entre les mots
écrits et tus
le temps

Entre la parole
et l’ombre de son retour
le blanc

Entre le senti
et le son de son oubli
le sens

Entre l’autre
et l’un unis
les corps

Entre l’âme
et l’autre
le coeur encore

Entre le réel
et son envers inouï
l’étrange

Entre ici et là
l’ailleurs de l’être
arrête

Entre jadis et demain
le pouls de vivre
déjà s’enfuit

(Bernard Pozier)

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MERS-EL-KÉBIR (Valéry Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018



Illustration: Alphonse Etienne Dinet
    
MERS-EL-KÉBIR

J’aime ce village, où sous les orangers,
Sans se voir, deux jeunes filles se disent leurs amours
Sur deux infiniment plaintives mandolines.
Et j’aime cette auberge, car les servantes, dans la cour,
Chantent dans la douceur du soir cet air si doux
De la « Paloma ». Écoutez la paloma qui bat de l’aile…
Désir de mon village à moi, si loin; nostalgie
Des antipodes, de la grande avenue des volcans immenses;
0 larmes qui montez, lavez tous mes péchés!
Je suis la paloma meurtrie, je suis les orangers,
Et je suis cet instant qui passe et le soir africain;
Mon âme et les voix unies des mandolines.

(Valéry Larbaud)

 

Recueil: Les Poésies de A.O. Barnabooth
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FLUTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Françis Saint-Genies
    
LA FLUTE

Pour le jour des Hyacinthies, il m’a donné une syrinx faite de roseaux bien taillés,
unis avec la blanche cire qui est douce à mes lèvres comme du miel.

ll m’apprend à jouer, assise sur ses genoux; mais je suis un peu tremblante.
Il en joue après moi, si doucement que je l’entends à peine.

Nous n’avons rien à nous dire, tant nous sommes près l’un de l’autre;
mais nos chansons veulent se répondre,
et tour à tour nos bouches s’unissent sur la flûte.

Il est tard, voici le chant des grenouilles vertes qui commence avec la nuit.
Ma mère ne croira jamais que je suis restée si longtemps à chercher ma ceinture perdue.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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VESTIGE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

papier peint chardons

VESTIGE

Je me reconstruis.
Ou, de ce peu de voix
qui ne se désagrège pas,
je te parle.

De ce qu’
un mot aurait pu vivre
sans moi,
dans la rotondité d’un oeil
qui s’ouvre et se ferme.
Et de ce que signifie être découvert.

Je me reconstruis.
Je me dépouille de ce qui reste
de ma voix.

Cette maison,
croulant sous les tiges
de chardon blanc, dans la glaise
qui éclate
dans la lumière
des bouches.

Mon à jamais,
toujours uni au tien.

(Paul Auster)

 

 

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