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Posts Tagged ‘uniforme’

Don aveugle, don stérile (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



 Alexandre Pouchkine   
    
Don aveugle, don stérile,
Vie, pourquoi m’es-tu donnée,
Toi qu’une puissance hostile
Au supplice a condamnée?

Quel dessein que je redoute
M’a fait naître du néant,
M’a rongé l’esprit de doute,
Brûlé de passion le sang?

J’erre ainsi sans but au monde,
Sans pensée et sans amour,
Dans l’ennui poignant où gronde
L’uniforme bruit des jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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HORS DES LANGAGES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



HORS DES LANGAGES

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui vécurent
dans l’imagerie des frontons
et ceux qui s’illuminent en révolte
drapés de couleurs arrogantes.

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui condamnent
et ceux qui sont condamnés
car ne sont-ils pas tour à tour
innocents et coupables ?
victimes et bourreaux ?

Je ne veux pas choisir entre les vérités
façonnées d’illusions étant nées du langage.

Je ne veux pas trancher du juste et de l’injuste.
Je ne sais plus ce qui est bien
ce qui est mal
dans les fornications de l’orgueil
et du désir de vaincre.
La victoire a toujours raison.

le ne voudrais connaître
que la vérité du sang
et son poids de honte dans l’absurde,
son poids d’impuissance,
son poids de désespoir.

Je me sens nègre et chinois
mongol et breton.
La couleur des drapeaux
toujours outrée
me rend aveugle.
Je me veux libéré des couleurs
et de leurs frontières.

Les hommes
je les porte en moi dans mon sang
dressés les uns contre les autres en appétit.

Englués inutilisables des connaissances,
Vieillards méprisants de l’élite,
et Vous les jeunes loups la haine aux dents
réjouissez-vous !
la vermine fera de vous tous des égaux.

Et vous voici fourmis ailées lancées
à la conquête de l’espace
décrété terre des hommes !

Bravo !
la Lune était un croissant pour votre faim
mangez-la !

La Terre n’en restera pas moins un caillou
perdu dans l’univers hydrocéphale.

Infinitésimal grouillement dans l’infini
que lui veux-tu ?

Ambitieuses machinations de l’ombre
au détriment de la lumière,
dénigrements organisés,
verbiages peinturlurés du Mensonge,
équilibres de bulles de savon,
masques qui flambent d’être masques,
maladies honteuses du Bonheur,
je vous déteste, Politiques !

Je ne veux pas choisir entre vos uniformes,
vos religions utilitaires,
vos imageries combatives,
vos justices nourries de vengeances.

Dans l’absurdité des confrontations
un soldat vaut un soldat
et tous les dieux se ressemblent.

La Justice est un ciel que vous profanez.

Je ne veux pas choisir
entre le contremaître condamné par sa réussite
à n’être plus revendicateur en France
et l’ouvrier de Léningrad
qui devint commissaire du peuple en Ukraine.

Je ne veux pas choisir entre les tribus
les peuples
les langues
les façons de vivre.

La Droite, la Gauche, le Centre.

Je veux rester libre de vivre
à la lumière de mon coeur
seul s’il le faut
et les mains vides
rêvant à l’Humanité sauvée des langages.

(Pierre Béarn)

 

 

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J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Ligne Maginot

J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents
car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

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LE PASSÉ AVEC L’AVENIR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Gilles Demarteau
    
LE PASSÉ AVEC L’AVENIR

Il y a bien sûr l’accident
à quoi pensent ceux qui sont frêles et tristes
quand au-dessus des clochers et des dômes
un jour se lève
alors les étreint le Temps
empli de tous les uniformes du passé
des blouses d’anciens ouvriers raisonneurs
mais aussi l’impénétrable splendeur
d’un corps féminin de l’avenir
que détient en puissance une fillette penchée
sur le bassin ovale
d’un jardin muré
aux parterres encore froids.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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D’autres villes d’autres échos (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration: Baiser mortel laurier-rose
    
D’autres villes d’autres échos
Il faut bien que le son
finisse sa course passant par nous
Modifié par nous chaque obstacle vivant
atténue sa stridence
Chaque arbre et chaque maison
chaque camion sur la route pierreuse
chaque directrice de projet à la banque
chaque homme lisant son journal au café
chaque collégienne en uniforme et le chat
fait ses griffes sur le tronc mince
du laurier-rose avant de tourner
au coin de la rue

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE PASSE AVEC L’AVENIR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



LE PASSE AVEC L’AVENIR

Il y a bien sûr l’accident
à quoi pensent ceux qui sont frêles et tristes
quand au-dessus des clochers et des dômes
un jour se lève
alors les étreint le Temps
empli de tous les uniformes du passé
des blouses d’anciens ouvriers raisonneurs
mais aussi l’impénétrable splendeur
d’un corps féminin de l’avenir
que détient en puissance une fillette penchée
sur le bassin ovale
d’un jardin muré
aux parterres encore froids.

(Jean Follain)

Illustration: Charles Augustin Lhermitte

 

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FLEURS FANÉES (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2017



 

Alexey Slusar 13

FLEURS FANÉES

Pâles fillettes
A peine écloses
A l’ aube de la vie !
Tristes prisonnières
Qui penchez lasses
Comme des fleurs fanées !

Pâles fillettes
Qui me rappelez
Mes espérances !

Pâles petites
Sans amour de mère
Pâles petites
En uniforme,
Qui vos arrachera
De ces vêtements sombres
Où la charité
Vous a ensevelies ?

Pâles enfants
Sans regard de père
Hélas ! qui vous dira
Hélas ! qui vous criera
― Anges, dispersez-vous !

Personne ne vous le dit
Personne ne vous accorde
Qu’un regard de pitié
Lorsque vous passez,
Tendres lis fanés,
Procession d’ombres

A la tombée du soir
Vous me rappelez
― O tristes enfants !
Mes espérances
Mes espérances
― Fillettes lasses,
Pâles enfants
A qui personne ne dit
― Anges, dispersez-vous !

***

FLORES MURCHAS

Pálidas crianças
Mal desabrochadas
Na manhã da vida !
Tristes asiladas
Que pendeis cansadas
Como flores murchas !

Pálidas crianças
Que me recordais
Minhas esperanças !

Pálidas meninas
Sem amor de mãe,
Pálidas meninas
Uniformizadas,
Quem vos arrancara
Dessas vestes tristes
Onde a caridade
Vos amortalhou !

Pálidas meninas
Sem olhar de pai,
Ai quem vos dissera,
Ai quem vos gritara:
― Anjos, debandai !

Mas ninguém vos diz
Nem ninguém vos dá
Mais que o olhar de pena
Quando desfilais,
Açucenas murchas,
Procissão de sombras !

Ao cair da tarde
Vós me recordais
― Ó meninas tristes ! ―
Minhas esperanças !
Minhas esperanças
― Meninas cansadas
A quem ninguém diz:
― Anjos, debandai !

(Manuel Bandeira)

Illustration: Alexey Slusar

 

 

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Chanson de la porte (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Nous sommes entrés par erreur.
Nous avons frappé à la porte de service.
C’était l’été,
les grands navires des routes
fumaient leurs étoiles.
Tout était sale.
Les femmes étaient en sang:
C’était leur robe.
Les hommes étaient nus:
C’était leur uniforme,
pêle-mêle, par terre,
maigres comme des cordes
Nous avions froid
et les villes brûlaient
et les arbres
attisaient le feu du monde.
Nous avions faim
et le pain courait à perdre haleine,
le pain fuyait on ne sait où!
Nous avions soif
et l’eau était de marbre.
Nous nous sommes réveillés ensemble,
un matin,
anonymes et laids
comme les vers.

(Edmond Jabès)

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DETACHEMENT (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



DETACHEMENT

Vous voici un homme
uniforme
Vous voici une âme
déserte
un miroir impassible
Il m’arrive de m’éveiller
et de m’unir
et de posséder
Le rare bonheur
qui en dérive
c’est tout doucement qu’il survient
Et quand il cesse de durer
c’est aussi insensiblement
qu’il s’est évanoui.

(Giuseppe Ungaretti)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Portrait de l’autre (Robert Gélis)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Portrait de l’autre

L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …

L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …

L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …

L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE …
C’est Toi

(Robert Gélis)

Illustration: Igor Morski

 

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