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Poésie

Posts Tagged ‘unité’

TOI (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Marcio Melo
    
TOI

Mon livre doré sur tranches que je veux lire de bout en bout.
Mon gâteau d’anniversaire qui n’a pas besoin de bougies pour être illuminé.
Mon alcool qui enivre sans nausée ni mal de tête.
Mon établi pour une espèce immatérielle de menuiserie.
Mon bateau de plaisance toujours prêt à prendre la mer.
Mon violon qui se fait mélodie dès que ma main effleure ses cordes.
Mon arme de précision que ne salit aucune piqûre de rouille.
Mon aube sur les jardins verts et sur les tas de charbon.
Mon sentier de forêt tout jalonné de cailloux blancs.
Ma fable trop merveilleuse pour comporter le post-scriptum d’une moralité.
Mon château à multiples tourelles, évanoui alors que son pont-levis vient à peine de s’abaisser.
Mon unité, dans la présence et dans l’absence.
Mon alphabet — d’arc-en-ciel à zodiaque — aux vignettes peintes des tons les plus acides et, aussi bien, les plus doux.
Ma déchirure et ce qui la recoud.
Ma preuve par neuf.
Ma partie et mon tout.
Ma panacée.
Ma chance.
Ma raison et ma déraison.
Ma fraîcheur et ma fièvre.

(Michel Leiris)

 

Recueil: Haut Mal suivi de Autres lancers
Traduction:
Editions: Gallimard
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Du mystère qui gît dans la terre et la mer (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Du mystère qui gît dans la terre et la mer
Et qui plane à travers les espaces des airs.
La caresse des voix, le contact des regards,
Les doigts entremêlés dans un tremblant échange,
La chaleur de deux corps qui se font un rempart,
Qui montent l’un vers l’autre hors des tombes de fange,
Qui s’enlacent, cherchant parmi leur nudité
En deux êtres fondus l’impossible unité,
Voilà tout ce qui reste aux tristes voyageurs,
Au couple que n’a pas rompu l’ange vengeur.

(Marie-Jeanne Durry)

 

 

 

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Briser aussi les mots (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Briser aussi les mots,
comme s’ils étaient des alibis face à l’abîme
ou des cristaux trompés
par une conspiration de la lumière et de l’ombre.

Puis parler avec les fragments,
avec des morceaux de mots,
puisqu’il n’a servi de rien ou presque
de parler avec les mots entiers.

Reconquérir le balbutiement oublié
qui répondait à l’origine aux choses
et laisser les fragments s’assembler tout seuls,
comme se soudent les os,
comme se soudent les ruines.

Parfois l’épars précède l’entier,
les parties d’une chose précèdent la chose.
L’apprentissage de l’unité
est encore plus humble et incertain
qu’on ne le soupçonne.
La vérité est aussi peu sûre
que sa négation.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Ô DONNE-MOI TON CORPS (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Ô DONNE-MOI TON CORPS ouvert en grand secret
La où la profondeur est énorme et sauvage
Où le temps est perdu dans l’abîme оù l’ardeur
Se consume parmi l’unique et le ravage

Ô vie! organe empli des forêts et des mers
Donne-moi l’unité par ma superbe épouse
Moi-même, pour brûler de l’amour décharné
Que demande l’esprit sans homme et sans épouse.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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VISAGES (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



VISAGES

L’amitié
Multiplie mon visage

Le ciel commence à l’aube
Et l’aube à chaque feuille poussée du pied
Le temps qu’il fait
Me livre à mon double de terre
Sous le soleil
Oscillant entre deux lignes de neige rouge
Mon désir d’être
Me cloue les bras en croix
Aux planches du décor
Défiguré par la lumière
J’offre mes mains au plus offrant de certitude
J’ignore le tracé de mes lèvres
Et la couleur de mes yeux
Je joue mon rôle pour les arbres et pour l’herbe
Et pour la fleur changeante de la fièvre
J’oublie mon point blanc dans le ciel
Quand mes amis se souviennent
Des portes de la ville aux sept promesses
Personne ici n’apportera le pain partagé
Dès l’aurore
Personne la confiance
Personne l’unité qui prolonge la nuit dans le jour

Ailleurs m’attend le vin de palmes
L’amitié me divise
Et l’amour me rassemble

(Serge Brindeau)

 

 

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Le dessein de la poésie (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter - Tutt'Art@ (33)

Le dessein de la poésie étant de nous rendre souverains en nous impersonnalisant,
nous touchons, grâce au poème,
à la plénitude de ce qui n’était qu’esquissé ou déformé
par les vantardises de l’individu.

Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles
que nous lançons à la gueule répugnante de la mort,
mais assez haut pour que, ricochant sur elle,
ils tombent dans le monde nominateur de l’unité.

(René Char)

Illustration: Christian Schloe

 

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LIEU DE L’UNITE (Nikolaï Kantchev)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



 

LIEU DE L’UNITE

Le lieu de rendez-vous entre deux êtres
sera toujours un lieu unique.

Le réel ne sera jamais réel
sans l’imagination et inversement.

Poussières d’étoiles dans les yeux des eaux,
poussières d’eau dans les yeux des étoiles.

Ce n’est qu’un soir de lune que la licorne boira
à la source même de la vie.

(Nikolaï Kantchev)

 

 

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Que demander (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
Que demander

Que demander à l’abeille ? Être abeille,
à l’arbre être arbre, à l’iris être iris.
Que demander à l’homme en ce jardin ?
Être l’abeille, être l’arbre et l’iris.

Et les nommer, savourer la parole
au goût de miel, au parfum végétal,
s’unir au tout pour s’unir à soi-même
dans le savoir de l’unité fragile.

Que demander à l’abeille ? Un silence,
à l’arbre l’ombre, à l’iris la clarté
et que donner de soi ? Sa révérence
à cette offrande à qui nous nous offrons.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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AUCUNE CHOSE… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



AUCUNE CHOSE…

Aucune chose ne se perdit en moi.
Sont toujours là les nuits et les ponants
Qui glissèrent dans la maison et le jardin,
Sont toujours là les voix différentes
Qui dans mon être, intactes, veillent.
J’apporte la terreur et j’apporte la clarté,
À travers toutes les présences
Je chemine vers l’unique unité.

***

NAO SE PERDEU…

Nao se perdeu nenhuma coisa em mim.
Continuam as noites e os poentes
Que escorreram na casa e no jardim,
Continuam as vozes diferentes
Que intactas no meu ser estão suspensas.
Trago o terror e trago a claridade,
E através de todas as presenças
Caminho para a única unidade.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 Illustration: Oleg Zhivetin

 

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Monsieur Monsieur aux bains de mer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: René Magritte
    
Monsieur Monsieur aux bains de mer

Un jour près de la mer
Monsieur et Monsieur seuls
parlaient tranquillement
et mangeaient une pomme
en regardant les cieux.

— Voyez donc, dit l’un d’eux,
l’agréable néant!
et quel apaisement
quand l’abîme sans bord
mélange sans effort
les choses et les gens!
Pour qui ressemble à Dieu
les jours particuliers
ne sont pas nécessaires.

La question n’est pas là
Monsieur (répond Monsieur)
nous sommes éphémères,
or la totalité
de la grande Unité
nous étant refusée,
c’est par la quantité
que nous nous en tirons.
Et nous additionnons
et nous thésaurisons!
Donc la diversité
pour nous sur cette terre
est la nécessité.
Regardez ce poisson
qui n’est pas un oiseau
qui n’est pas une pomme
qui n’est pas la baleine
qui n’est pas le bateau…

— Ah, pour moi c’est tout comme,
interrompit Monsieur,
la baleine et la pomme
devant l’éternité

A ces mots le vent souffle
emportant leurs chapeaux
et les deux personnages
dans le ciel bleu et beau
s’effacent aussitôt.

(Jean Tardieu)

 

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