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Posts Tagged ‘universelle’

Veille, car tu vas mourir ! (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Kelly Vivanco 900

Veille, car tu vas mourir !
Ne donne pas la mort à ta mort
par ton sommeil !
… Les roses sont
épanouies, comme l’aurore
de l’amour qui n’en finit pas !

— Ces heures étoilées,
qu’elles seront universelles,
si tu endors ton rêve,
et restes éveillé ! —

Cette force est ta vie,
et tu es son gardien.
Quelle éternité emporte la rivière,
avec la lune, tandis que meurent, tandis que dorment,
amas d’ombre et de fumée,
ceux qui dorment, ceux qui meurent !

Veille, car tu vas vivre !

***

¡Vela, que vas a morir!
¡No le des muerte a tu muerte,
con tu sueño!

¡Están las rosas
abiertas, como la aurora
del amor que no se acaba!

—Estas horas estrelladas,
¡qué universales serán,
si tú duermes a tu sueño,
si tú te quedas en vela!—

La fortaleza es tu vida,
y tú eres su guardián.
¡Qué eternidad lleva el río,
con la luna, mientras mueren, mientras duermen,
en montones de humo y sombra,
los que duermen, los que mueren!

¡Vela, que vas a vivir!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kelly Vivanco

 

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Fiat nox (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Leon Spilliaert-Young man with red scarf-1908

Fiat nox

L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.

Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Leon Spilliaert

 

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C’est un jaune soleil (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



c’est un jaune soleil
dessiné par les enfants
une pensée gaie, universelle

(Katell Antoine)

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La mer est la main universelle (Charles Dantzig)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



La mer est la main
universelle
caressant les corps elle
hérisse les puristes
qui veulent femmes en bure et corps vêtus

voyez d’en haut le nageur avançant
son corps teinté d’ondulations blanches
c’est le passage du plaisir
la mer est la caresse
universelle

(Charles Dantzig)

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Magicienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Magicienne

Tu fais revivre les êtres et les choses
Et procèdes aux noces d’azur et d’émeraude
Du ciel et de la mer
De l’abeille et de la fleur

La bonté dans les mains
Tu parcours une nature en harmonie
Avec tes désirs les plus cachés

Tu ramasses pour te couvrir
Des algues et des coquillages
Où se grave la voix de la mer

Fille à la beauté éphémère
Nous irons si tu veux
Traquer le secret des choses

Avant de regagner la maison des étreintes
Nous verrons les étoiles danser
Sur la corde de l’horizon
Et le phare de Cancale
Balayer la baie
Dans l’air frais du soir

Erotiquement mienne
Et née de l’ombre
Tu me mèneras
Vers la clarté universelle.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Theodore Chassériau

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La vie profonde (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

La vie profonde

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son coeur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
– S’élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l’eau,
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…

(Anna de Noailles)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Ô défaillance universelle! (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Ô défaillance universelle!
Mon unique va naître aux moissons mutuelles!
Pour les fortes roses de l’amour
Elle va perdre, lys pubère,
Ses nuances si solitaires,
Pour être à son tour,
Dama d’atour
De Maïa!

Alleluia!

(Jules Laforgue)


Illustration: Pascal Renoux

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Aimer (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Aimer

Que peut une créature sinon,
entre créatures, aimer?
aimer et oublier,
aimer et malaimer,
aimer, désaimer, aimer?
aimer, et le regard fixe même, aimer?

Que peut, demandé-je, l’être amoureux,
tout seul, en rotation universelle, sinon
tourner aussi, et aimer?
aimer ce que la mer apporte à la plage,
ce qu’elle ensevelit, et ce qui dans la brise marine,
est sel, ou besoin d’amour, ou simple tourment?

Aimer solennellement les palmiers du désert,
ce qui est abandon ou attente adoratrice,
et aimer l’inhospitalier, l’âpre,
un vase sans fleur, un parterre de fer,
et la poitrine inerte, et la rue en rêve, et un oiseau de proie.

Tel est notre destin: amour sans compter,
distribué parmi les choses perfides ou nulles,
donation illimitée à une complète ingratitude,
et dans la conque vide de l’amour la quête apeurée,
patiente, de plus en plus d’amour.

Aimer notre manque même d’amour, et dans notre sécheresse
aimer l’eau implicite, et le baiser tacite, et la soif infinie.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Odilon Redon

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Peut-être (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015



Liliane Giraudon   La Rose de personne

Peut-être faudrait-il d’abord renoncer une bonne fois
à l’illusion des paradis, de la paix et de l’harmonie universelle.
Constater, reconnaître comme un fait l’état de guerre.
S’armer en conséquence. Moins s’attendrir, et agir plus efficacement.
Celui qui ne jure que par la perfection de l’absolu
peut devenir un démon plus dangereux,
plus meurtrier que le sceptique ou le prudent.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Liliane Giraudon

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L’Amour au Luxembourg (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2015



L’Amour au Luxembourg

Le couchant violet tremble au fond du jour rouge.
Le Luxembourg exhale une odeur d’oranger.
Et Manon s’arrête à mon bras:
plus rien ne bouge,
les arbres, les passants, ce nuage éloigné.

Il n’est plus une fleur où l’air lourd ne se pose,
et qui ne sente en elle un coeur battre et mourir,
un coeur d’air étouffant sa corolle;
et les roses défaillent vers la terre,
sous le poids du zéphyr.

Il semble que le monde entier n’ait plus qu’une âme.
La poussière du jour retombe parfumée;
et le bassin respire un jet d’eau qui se pâme et,
sur sa propre image,
en mourant, vient chanter.

Tout meurt, et tout renaît
pour une vie chantante, aromatique,
éparse et mêlée aux nuances,
et comme dans la bouche un fruit délicieux,
les arbres veloutés me fondent dans les yeux.

Et le jet d’eau s’est tu:
c’est la rosée qui chante là-bas,
dans les gazons où rêvent les statues,
et pour rendre, ô sens-tu?
la nuit plus défaillante,
les orangers en fleurs ont enivré la nue.

Manon, près de mon coeur,
et devant tout l’espace que prennent les étoiles
pour graviter vers nous,
de vos beaux yeux voilés,
Manon regardez-vous flotter dans la nuit bleue
la blancheur des terrasses?

C’est aux lueurs dernières que l’ombre est embaumée,
et Manon sur mon bras couche son front pâmé,
et je luis crois une âme en cette heure irréelle,
lui faisant une part dans l’âme universelle.

(Paul Fort)

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