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Posts Tagged ‘usine’

Jésus (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

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Jésus est dans la rue en tenue de travail
avec le sac au dos de plaines ouvrières,
Jésus est en chômage, en quête de salaire,
et sa vieille blessure à la jambe fait mal.

Jésus n’est pas d’ici, on lui veut des misères,
son permis de séjour est bien près d’expirer
et Jésus pense au temps du charpentier son père,
à Marie, comme lui, soucieuse du loyer.

Jésus s’en est allé pour l’embauche à l’usine
avec son casse-croûte à manger sur le tas.

Il n’est plus revenu, Madeleine voisine :
on dit qu’on l’a revu au chemin de Damas.

(Géo Libbrecht)

 

 

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Portrait (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2019



Les mains,
C’est les acides.

Les jambes,
C’est la station debout.

Le teint,
C’est cette espèce de nourriture

Et la toux,
C’est les vapeurs de l’usine
Et l’habitat.

Belle pourtant, belle
A donner courage.

C’est le regard
De ces yeux qu’elle a.

(Guillevic)

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Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Dans la nuit qui finit (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



Dans la nuit qui finit l’usine est une étoile
Mitez-vous ô mes moucherons !
Courons, ô ma raideur, sur les pavés bossus
avec la main sur la musette
pour empêcher la vinaigrette
de corrompre en flic-floc mon repas suspendu

Gueule du métro chaude où l’on plonge enfiévrés
Bus et tramways que l’on submerge
— Accours et cours ! l’usine héberge ! —
Camions de brume où l’on s’entasse en étrangers.
Cadrans de pointage au giron
l’usine vous attend au centre de sa toile.

La sirène en serpent furieux se raidissant
s’élance ! Hâtez-vous travailleurs !
elle sera sur les rumeurs
tête coupée bientôt jet de sang s’affaissant.

Au déboulé, garçon, pointe ton numéro
pour gagner ainsi le salaire
d’un morne jour utilitaire
métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

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O ces regards pauvres et las! (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



 

Bill Viola Union

O ces regards pauvres et las!
Et les vôtres et les miens!
Et ceux qui ne sont plus et ceux qui vont venir!
Et ceux qui n’arriveront jamais et qui existent cependant!
Il y en a qui semblent visiter des pauvres en dimanche;
Il y en a comme des malades sans maison;
Il y en a comme des agneaux dans une prairie couverte de linges.

Et ceux qui font songer à des tristesses ignorées !
A des paysans aux fenêtres de l’usine.
A un jardinier devenu tisserand.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Bill Viola

 

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Moi, j’aime le music-hall (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

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Moi, j’aime le music-hall

Moi j´aime le music-hall
Ses jongleurs, ses danseuses légères
Et le public qui rigole
Quand il voit des petits chiens blancs portant faux col
Moi, j´aime tous les samedis
Quand Paris allume ses lumières
Prendre vers huit heures et demie
Un billet pour être assis
Au troisième rang pas trop loin
Et déjà voilà le rideau rouge
Qui bouge, qui bouge, bouge
L´orchestre attaque un air ancien du temps de Mayol
Bravo c´est drôle, c´est très drôle
Ça c´est du bon souvenir
Du muguet qui ne meure pas, cousine
Ah! comme elles poussaient des soupirs
Les jeunes fillettes d´antan
Du monde ou d´l´usine
Qui sont devenues à présent
De vieilles grand-mamans
Ce fut vraiment Félix Mayol
Le bourreau des cœurs de leur music-hall

Mais depuis mille neuf cent
Si les jongleurs n´ont pas changé
Si les petits toutous frémissants
Sont restés bien sages sans bouger
Debout dans une pose peu commode
Les chansons ont connu d´autres modes.
Et s´il y a toujours Maurice Chevalier,
Édith Piaf, Tino Rossi et Charles Trenet
Il y a aussi et Dieu merci,
Patachou, Brassens, Léo Ferré.

Moi, j´aime le music-hall
C´est le refuge des chanteurs poètes
Ceux qui se montent pas du col
Et qui restent pour ça de grandes gentilles vedettes
Moi j´aime Juliette Gréco
Mouloudji, Ulmer, les Frère Jacques
J´aime à tous les échos
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud
J´aime les boulevards de Paris
Quand Yves Montand qui sourit
Les chante et ça m´enchante
J´adore aussi ces grands garçons
De la chanson,
Les Compagnons
Ding, ding, dong
Ça c´est du music-hall
On dira tout c´qu´on peut en dire
Mais ça restera toujours toujours l´école
Où l´on apprend à mieux voir,
Entendre, applaudir, à s´émouvoir
En s´fendant de larmes ou de rire.
Voilà pourquoi, la, do, mi, sol,

J´aim´rai toujours le music-hall
J´aim´rai toujours, toujours, toujours,
Toujours, toujours, le music-hall.

(Charles Trenet)

 

 

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J’ai fait euh ! Sans dire un mot (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



J’ai fait euh !
Sans dire un mot

J’ai fait euh sans
Un geste

Sans bouger un cil
Tant elle était
Belle

J’étais broussaille
Dans une cour
D’usine

Où il pleuvait
Presque sans arrêt

Où les machines
Rouillées

Broutaient muettes
Des fleurs
De terrains vagues

Et lapaient
Au goutte-à-goutte
Le ciel noir

Elle est partie
Sur un brusque coup
De vent

Par les carreaux
Cassés de mes yeux

J’ai fait euh ! mais
Déjà c’était trop tard

(Werner Lambersy)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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CANTINES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Robert Doisneau cantine

CANTINES

Jour d’usine en hiver où l’aurore à midi
s’ouvre sur le repas tapageur des cantines,
le ragoût a beaucoup vieilli
mais le vin malmené chante dans les chopines.

Par la fenêtre on voit les arbres de la cour
— squelettes biscornus dont le front dodeline —
allonger entre eux leurs bras courts
pour barrer le chemin qui mène à l’aubépine.

Le pétrole a rongé tout le cambouis des mains,
le pain prendra l’odeur de son puits d’origine.
Bah ! ne dit-on pas que c’est sain ?
Le pain des travailleurs a souvent goût d’usine.

On étale un journal qui servit de panier
à l’amour conjugal parfumé de cuisine
et l’on se prend à caresser
le corps d’une femelle ornant un magazine.

Les gamelles choquées sur l’assiette en métal
larguent un fond de sauce ou bien de gélatine
Ah ! jeunots, parlez-moi d’un bal
où le fer-blanc a des mélos de mandoline.

Est-ce mardi ? ou bien jeudi ? Pas samedi
mon compagnon, car on croquerait l’orpheline
un jour où tu joues l’affranchi
pour six journées que lentement on assassine.

Prisonniers de la vie ne vous attardez pas
à rêvasser au futur labeur des machines
l’usine a besoin de vos bras
car c’est demain que le Progrès vous extermine.

(Pierre Béarn)

Illustration: Robert Doisneau

 

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LA PLAINE (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018


 


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LA PLAINE

La plaine est morne, avec ses clos, avec ses granges
Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus,
La plaine est morne et lasse et ne se défend plus,
La plaine est morne et morte — et la ville la mange.

Formidables et criminels,
Les bras des machines diaboliques,
Fauchant les blés évangéliques,
Ont effrayé le vieux semeur mélancolique
Dont le geste semblait d’accord avec le ciel.

L’orde fumée et ses haillons de suie
Ont traversé le vent et l’ont sali :
Un soleil pauvre et avili
S’est comme usé en de la pluie.

Et maintenant, où s’étageaient les maisons claires
Et les vergers et les arbres parsemés d’or,
On aperçoit, à l’infini, du sud au nord,
La noire immensité des usines rectangulaires.

(Emile Verhaeren)

 

 

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Pizza après la messe (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

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Pizza après la messe

Au sortir de la messe
du couvent
des Clarisses
le vieux prêtre
m’attendait :
«Ça te dit une pizza, je t’invite
il y a une pizzeria super au coin de la rue. »

Je faillis lui répondre
amen.
La pizza était bonne
ses quatre-vingt-quatre ans
me parlaient
d’une foi
qui s’est enfuie
avec
les prêtres ouvriers
et
leurs fidèles.

Hommes noirs de suie
qui chantaient
L’Internationale
après
la messe.
Il me dit quelques mots
en arabe
qu’il avait appris
au contact
des premiers exploités
tunisiens
à qui la France
donna la chance
d’engraisser
les usines
Renault.
Il me dit enfin
«Saint François d’Assise
finit nu
face contre terre.»
L’église Saint-Pierre de Rome
brille encore
des indulgences
et du sang

des fidèles.
Avec nous
à table
je sentais
une troisième personne
qui rompait le pain
face à cet homme
simple
comme
une pizza
un verre d’eau
et l’amour
du père.

(Balbino)

 

 

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