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Poésie

Posts Tagged ‘usure’

Entre le désir et les fleurs (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021



Illustration: Pascal Renoux

    

Entre le désir et les fleurs les longues jeunes filles
mesurent l’opacité d’une pureté impure,
elles jouent le jeu -intense de la majesté et de l’usure,
jeunes filles soulevées par des lignes fluctuantes.

Vivre les jeunes filles dans la pudeur du noir,
les vivre noblement, les prendre
aux aisselles le plus rapidement jusqu’au centre,
le feu tourbillonnant dans leur ventre, pour les mériter.

Ô filles vivantes de la couleur du souffle même,
attachez-moi au mur, ou bien je tomberai parmi vous
dans le parfum délié de vos corps limpides.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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PENSÉE BISCORNUE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021




PENSÉE BISCORNUE

A trois mètres de haut
La vie bien différente
Déjà loin de nos cerveaux,
C’est la mousse des toits campagnards
La parfaite couleur de l’usure

Un gros rocher comme une citrouille
Les fumées, les oiseaux, la rêverie
Les lucarnes, les formes biscornues
Le coin d’un escalier, le noir d’une trappe
Ce qui se promène la nuit
Ce qui n’ayant nulle peur de l’ombre
Y mange, y court, y vit
Ce qui ne donne à quiconque
L’envie d’y aller
Ce qui est personnel comme un chat
La vie délicieuse à trois mètres de haut.

(Pierre Morhange)

Illustration: ArbreaPhotos

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Regardez (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



Gérard Le Gouic  l

Regardez
de quoi vit un poète :
d’un paquet de cigarettes,
de huit heures de sommeil,
d’une demi-bouteille de vin par repas.

Regardez
comment il s’habille,
comment il marche
et fait l’amour,

écoutez
sa conversation avec un parent,
avec un terrassier.

Regardez aussi
comment s’arrête un poète :
si vous croyez qu’il meurt
d’un cancer ou d’un infarctus,
d’une collision sur la route,
en réalité l’emporte
un accident de jeunesse
passé la septantaine
ou bien l’usure à peine atteint vingt années.

(Gérard Le Gouic)

 

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Retouche à l’usure (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



Retouche à l’usure

un vieux regarde
dans le café en cuivre
la jeunesse à épines
sa main caresse un galet
dans l’abîme de sa poche

le vent passe avec l’orgueil d’un trois-mâts

(Daniel Boulanger)

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L’INSTANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




L’INSTANT

Jamais, jamais plus
Cet instant, jamais
Ces lentes rides
A travers l’eau lisse,
Et jamais plus ces
Nuages blancs et gris
Dans le ciel cristallin vif
Bleu comme le cri du sterne,
Strident parmi l’air léger,
Salé par l’océan,
Adouci par les fleurs.

Ici coïncident
Les longues histoires
Des formes récurrentes
Qui se touchent en un point
Et se quittent dans l’instant,
Les vagues rapides
Du vent et de l’eau,
Le rythme plus lent
De l’usure des roches,
De l’enfoncement des terres.

Dans les lacs fertiles
Le cycle de vie
Des algues brunes
Entrecroise
Les fréquences
Des divers coquillages
Chacun avec son arc
Sa spirale singulière
Filée à partir d’un point
En ton et demi-ton
D’une octave formelle.

Ici viennent planer
Les mouettes blanches
Qui lentement tournent
Au-dessus des îles
OEillets de mer et herbe salée,
Eider et fou de Bassan,
Courlis et cormoran,
Chacun a son mode .
Personnel d’extase
Nouée dans le dessin,
Le courant incessant
De l’espèce perpétuelle,
Répétée, renouvelée
Par le vouloir de la joie
Dans des oeufs mis à l’abri
De corniches escarpées.

Le soleil qui se lève
Sur une terre, se couche
Sur une autre.
Rapidement les fleurs
Croissent et se flétrissent,
Le grand iris jaune
Déploie sa corolle
Quand les primevères se fanent,
Les volutes des fougères
Se déroulent, les moucherons
Dansent le temps d’une heure
Dans l’air du soir,
La phalène brune émerge
De sa chrysalide
Et les os de l’alouette
Tombent épars dans l’herbe.

Le soleil qui s’est levé
De la mer ce matin
Ne reviendra jamais,
Car la lumière diffuse
Qui fait briller les feuilles
Et miroite sur l’eau
Poursuivra cette nuit
Son très long voyage
Hors de l’univers.
Jamais plus ce soleil,
Ce monde, jamais plus
Cet unique témoin.

***

THE MOMENT

Never, never again
This moment, never
These slow ripples
Across smooth water,
Never again these
Clouds white and grey
In sky sharp crystalline
Blue as the tern’s cry
Shrill in light air
Salt from the ocean,
Sweet from flowers.

Here coincide
The long histories
Of forms recurrent
That meet at a point
And part in a moment,
The rapid waves
Of wind and water
And slower rhythm
Of rock weathering
And land sinking.

In teeming pools
The life cycle
Of brown weed
Is intersecting
The frequencies
Of diverse shells
Each with its variant
Arc or spiral
Spun from a point
In tone and semitone
Of formal octave.

Here come soaring
White gulls
Leisurely wheeling
In air over islands
Sea pinks and salt grass,
Gannet and eider,
Curlew and cormorant
Each a differing
Pattern of ecstasy
Recurring at nodes
In an on-flowing current,
The perpetual species,
Repeated, renewed
By the will of joy
In eggs lodged safe
On perilous ledges.

The sun that rises
Upon one earth
Sets on another.
Swiftly the flowers
Are waxing and waning,
The tall yellow iris
Unfolds its corolla
As primroses wither,
Scrolls of fern
Unroll and midges
Dance for an hour
In the evening air,
The brown moth
From its pupa emerges
And the lark’s bones
Fall apart in the grass.

The sun that rose
From the sea this morning
Will never return,
For the broadcast light
That brightens the leaves
And glances on water
Will travel tonight
On its long journey
Out of the universe,
Never this sun,
This world, and never
Again this watcher.

(Kathleen Raine)

Illustration: Andrew Judd

 

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ATTACHEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Josephine Wall
    
ATTACHEMENT

Je vis de si peu qu’ainsi,
Une perte vaut une perte :
Même celle d’une miette pousse
Mon esprit à se lamenter.

Telle l’une des rives du ruisseau, en vain,
Je tâche de m’accrocher à ses courants,
Une par une, les vaguelettes disparaissent
En cognant contre ma poitrine,
Je vis de tellement peu qu’ainsi,
Une perte vaut une perte :

Si, à Tes pieds, je savais soumettre
Tout ce que je perds et tout ce qui me reste,
Il n’y aurait pas d’usure, tout existerait
Magnanime en Toi.

En Toi brillent tant de soleils et de lunes,
Nul atome ni molécule ne s’y égare :
Tous mes trésors de babioles perdues
Ne trouvent-ils pas refuge à Tes pieds ?
Je vis de tellement peu qu’ainsi,
Une perte vaut une perte.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Au fond du jardin (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Au fond du jardin
une femme suspend
les draps de l’aube
fraîchement lavés
de la nuit

Mal rincés
marbrés de traînées
sperme des rêves
pris dans la trame

Il faudra recommencer

Lassitude des matins

Du songe
elle attendait
renaissanoe
le voici souillure

Peau aplatie d’ennui
usure lente
des gestes
des linges

Pelouse
piquetée de débris
elle les ramasse
décroche les draps

Rentre
écoute
le ronronnement
de la répétition

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Tu me seras fidèle (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




    
Ô mon Dieu,
Tu donnes la lumière, la joie de Toi pendant le jour,
mais pendant la nuit, simplement, fidèlement, sans joie ni lumière, Tu es là.

Dans ma fatigue à ras de terre,
quand je suis trop faible pour aimer Dieu ni homme.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans mon usure, quand je ne vois plus clair, que mon cœur se refroidit,
que ma dernière vertu à bout de forces s’assoupit et somnole comme une vieille femme.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans ma nuit la plus noire, dans le gouffre terrible où Dieu se renverse,
où la foi s’écroule comme un château de nuages, où il n’y a plus trace d’espérance sur la terre comme au ciel.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans la mort où tout disparaît, dans la nuit de la mort
où l’âme n’a plus ni espace, ni temps, dans le rien où je ne trouverai plus moi ni personne.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Amen

(Marie Noël)

 

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L’HOMME EST ENCORE DEBOUT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

Olivier Valsecchi i4

L’HOMME EST ENCORE DEBOUT

Rivé à l’impossible
Pilonné de terre
Lardé par les brouillards
le soleil et les cris

Avec son recel d’âme
qu’il irrigue
ou qu’il brûle

L’homme est encore debout !

L’usure n’a pas de prise
sur l’espoir qui s’élance
hors de la moelle des âges
hors des dalles éclatées.

(Andrée Chedid)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Eau de mélancolie (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Adamov Alexey 114

Eau de mélancolie
Transparence du cri
pris dans la vitre.

*

Eaux présentes

Eau des mots
Silence lourd
sur le papier du toit.

*

Usure du temps
Les pierres aiguisent
le fil de l’eau.

Eaux du soir
La lumière se réfugie
dans les éclats de rire
du torrent.

*

Eaux du couchant
apaisement
au front des hommes

*

Eaux du soir
récompense
où le jour se noie.

Eaux de la nuit

Haut mur, Porte de ténèbres
Paix d’où le repos ruisselle
sur les épaules des hommes

De pure lumière morte
la source se refait.

*

La nuit
l’eau de l’ombre
garde les feux.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: Adamov Alexey

 

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