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Tes murs ne tombent pas (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



jaspe_corail_01

Hommage aux anges
[2]

Tes murs ne tombent pas, dit-il,
parce que tes murs sont de jaspe ;

mais pas carrée, ai-je pensé,
une autre forme (octaèdre ?)

glissa à la place
réservée par règle et rite

pour les douze fondements,
pour le verre tréluisant,

car elle n’a que faire du soleil
ni de la lune pour luire ;

car la vision comme nous la voyons
ou l’avons vue ou l’avons imaginée

ou autrefois invoquée
ou conjurée ou l’avions conjurée

par un autre a été usurpée ;
j’ai vu la forme

qui aurait pu être de jaspe,
mais elle n’était pas carrée.

***

Your walls do not fall, he said,
because your walls are made of jasper;

but not four-square, I thought,
another shape (octahedron?)

slipped into the place
reserved by rule and rite

for the twelve foundations,
for the transparent glass,

for no need of the sun
nor moon to shine;

for the vision as we see
or have seen or imagined it

or in the past invoked
or conjured up or had conjured

by another, was usurped;
I saw the shape

which might have been of jasper,
but it was not four-square.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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De l’ongle, je contourne une ombre, pour mémoire (Jean Laude)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



 

Ernest Pignon-Ernest extases 2131

De l’ongle, je contourne une ombre, pour mémoire.
Une lueur arrache le papier du mur. Il y a le silence,
la cicatrice d’un éclair, le silence.

Je marche dans la chambre, en ce réduit, il marche.
Il n’est ici qu’une parole. Une parole qui se forme.

L’abcès profond. Je vis en ce sommeil de l’arbre usurpé
par l’hiver. L’abcès profond de cette chambre.
Une douceur froide attriste les murs.
L’abcès profond de cette chambre est le profond fruit noir.

(Jean Laude)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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