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Poésie

Posts Tagged ‘vacarme’

Les yeux brûlés de n’avoir pas dormi (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2019




    
Les yeux brûlés de n’avoir pas dormi
J’ai juste le droit d’écouter
Le silence de la rue
À travers le vacarme du sang
Qui bout dans mes oreilles

Les autos glissent
Le vent se tait
Les platanes effeuillés
N’ont rien à dire

Il me vient un désir
D’offenser cette paix
Par l’envol brisé
D’un corps

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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DÉSIRS (Carlos Pellicer)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

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DÉSIRS

Tropique, pourquoi m’as-tu donné
des mains pleines de couleur ?
Tout ce que je toucherai
s’emplira de soleil.
Les après-midi sagaces en terres étrangères
je passerai avec mon vacarme de verre tournesol.
Laisse-moi un seul instant
cesser d’être cri et couleur.
Laisse-moi un seul instant
changer le climat du coeur,
boire la pénombre d’une maison déserte,
me pencher en silence à un lointain balcon,
m’enfouir dans la cape aux plis délicats,
me répandre sur la rive d’une douce dévotion,
caresser doucement la chevelure blonde
et décrire d’un fin crayon ma méditation.
Oh, cesser d’être un seul instant
l’Aide de Camp du soleil !
Tropique, pourquoi m’as-tu donné
des mains pleines de couleur ?

(Carlos Pellicer)

Illustration: Bill Viola

 

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L’envie de retrouver un être (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



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L’envie de retrouver un être
Brûle au bas du poignet, au confluent du sang.
La fenêtre regarde à la face des lèpres
Les fumées, le brouillard, cimentent le ciel dur ;
La nuit va tout confondre
Il y a vers la gare un vacarme d’acier
Bordé par le moelleux d’un robinet de cuivre roux
qui goutte ;
Vers les plaines, la lune gît
Une forêt dérape au vent
Dévastée par l’appel d’un homme en solitude.

(Luc Bérimont)

Illustration

 

 

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Vie et marée (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Vie et marée

Quelquefois, je ne sais quelle clarté nous faisait entrevoir le sommet d’une vague
et parfois aussi le bruit de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l’Océan qui se rapprochait.
La nuit de la villa était entourée de mer.
Ta voix avait l’inflexion d’une voix d’enfer et le piano n’était plus qu’une ombre sonore.
Alors toi, calme, dans ta vareuse rouge, tu me touchas l’épaule du bout de ton archet,
comme l’émotion du Déluge m’arrêtait.
« Reprenons! » dis-tu. O vie ! ô douleur ! ô souffrances d’éternels recommencements !
que de fois lorsque l’Océan des nécessités m’assiégeait !
que de fois ai-je dit, dominant des chagrins trop réels !
hélas ! « Reprenons! » et ma volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là.
Les nuits n’ont pour moi que des marées d’équinoxe.

(Max Jacob)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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CHANSON DE CHARME (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



 

CHANSON DE CHARME

Chérie viens près de moi
Ce soir je veux chanter
Une chanson pour toi.

Une chanson sans larmes
Une chanson légère
Une chanson de charme.

Le charme des matins
Emmitouflés de brume
Où valsent les lapins.

Le charme des étangs
Où de gais enfants blonds
Pêchent des caïmans.

Le charme des prairies
Que l’on fauche en été
Pour pouvoir s’y rouler.

Le charme des cuillères
Qui raclent les assiettes
Et la soupe aux yeux clairs.

Le charme de l’oeuf dur
Qui permit à Colomb
Sa plus belle invention.

Le charme des vertus
Qui donnent au péché
Goût de fruit défendu.

J’aurais pu te chanter
Une chanson de chêne
D’orme ou de peuplier

Une chanson d’érable
Une chanson de teck
Aux rimes plus durables.

Mais sans bruit ni vacarme
J’ai préféré tenter
Cette chanson de charme.

Charme du vieux notaire
Qui dans l’étude austère
Tire l’affaire au clair.

Le charme de la pluie
Roulant ses gouttes d’or
Sur le cuivre du lit.

Le charme de ton coeur
Que je vois près du mien
Quand je pense au bonheur.

Le charme des soleils
Qui tournent tout autour
Des horizons vermeils.

Et le charme des jours
Effacés de nos vies
Par la gomme des nuits.

(Boris Vian)


Illustration: William Bouguereau

 

 

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Nous sommes fidèles aux choses (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Nous sommes fidèles aux choses cachées
par le vacarme du quotidien

(Israël Eliraz)

 

Recueil: Comment entrer dans la chambre où l’on est depuis toujours
Traduction:
Editions: José Corti

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Je suis si seul (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



 

Illustration: Herbert Bayer
    
Je suis si seul que je ne reconnais plus la forme exacte de mes mains
Et je sens mon coeur en moi comme une douleur étrangère.
Silence! On ne peut pas offrir l’oreille à ces voix-là.
On ne peut même pas y penser tout bas
Car l’on pense beaucoup trop haut et cela fait un vacarme terrible.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vers ma maison (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Giampaolo Ghisetti
    
Vers ma maison se licitait ta marche
à ton vacarme je pensais que tu étais plusieurs.

Ta transparence éclatait à mes vitres
mais pourtant tu n’arrêtais point
de mettre des roses sur le sable de mon chemin.

Nous sommes seuls
tu as secoué la forêt de tous ses oiseaux
et chassé les vieilles jupes à coups de branches.

Seuls :
écarte le voile invisible
pour m’apporter pour me montrer un visage.

Sois soudain celle que j’aime
casse mes vitres de tes seins
afin que si je ne dors pas cette nuit
ce ne soit point seulement
à cause de ton bruit dehors.

Et que change la saison de la chambre
et que je ne sois plus seulement un meuble tiède
prisonnier de meubles froids.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Le crépuscule est doux (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Le crépuscule est doux
à celle qui attend
à travers le grillage
le bonheur de deux yeux.

Et voici qu’ils s’en viennent.

Elle sent son parfum
glisser ses fleurs en elle,
s’épanouir au coeur
la grande rose charnelle.

Et son baiser est loin
qu’il peut donner à d’autres,
à toutes les passantes, vacarme de la rue,
qui sont tentées d’amour par sa blondeur d’avoine.
A peine si son doigt
peut toucher ce soleil,
mais son regard avide
languit sur cette peau,
plus difficile à prendre
qu’une image au miroir,
ô ce lointain reflet
dont elle est amoureuse,
ce tournoi de lumières
qui vient pour l’aveugler !

Il voit à sa fenêtre
la pâle suppliciée
et lui dédie son coeur
dont il n’a rien écrit.

Puis il va dans sa vie.
gourmand de belles lèvres,
mordre un sang qui soit libre,

et la nuit tombe en elle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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VITRINES (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



 

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VITRINES

Des cadillacs et des ombrelles
De l’albuplast et de bretelles
De faux dollars de vrais bijoux
Y’en a vraiment pour tous les goûts
Des oraisons pour dentifrices
Des chiens nourris qui parlent anglais
Et les putains à l’exercice
Avec leurs yeux qui font des frais
De faux tableaux qui font la gueule
Et puis des vrais qui leur en veulent
Des accordéons déployés
Qui soufflent un peu avant de gueuler
Des filles en fleurs des fleurs nouvelles
Des illustrés à bonne d’enfant
Et des enfants qui font les belles
Devant des mecs bourrés d’argent

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les coeurs
A faire se lever le bonheur
Des fois qu’il pousserait dans les rues

Les faux poètes qu’on affiche
Et qui se meurent à l’hémistiche
Les vedettes à nouveau nez
Paroles de Léo Ferré
Les prix Goncourt que l’on égorge
Les gorges chaudes pour la voix
Les coupe file et les soutiens-gorge
Avec la notice d’emploi
Des chansons mortes dans la cire
Et des pick-up pour les traduire
Microsillon baille aux corneilles
C’est tout Mozart dans une bouteille
Le sang qui coule plein à la une
Et qui se caille aux mots croisés
« France soir », « Le Monde » et la fortune
Devant des mecs qu’ont pas bouffé

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme aux alentours
A faire se lever l’amour
Des fois qu’on le vendrait aux surplus

Des père Noël grandeur nature
Qui ne descendent plus que pour les parents
Pendant que les gosses jouent les doublures
En attendant d’avoir vingt ans
Toupie qui tourne au quart de tour
Bonbons fondants bonheur du jour
Et ces mômes qu’en ont plein les bras
A lécher la vitrine comme ça
Des soldats de plomb qui font du zèle
Des poupées qui font la vaisselle
De drôles d’oiseaux en équilibre
Pour amuser les tout petits
A l’intérieur la vente est libre
Pour ceux qui s’ennuient dans la vie
Des merveilles qu’on peut pas toucher
Devant des mecs qui peuvent « Entrer »

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les yeux
A rendre aveugles tous les gueux
Des fois qu’ils en auraient trop vu

Jambon d’York garanti Villette
Des alcools avec étiquettes
Crème à raser les plus coriaces
« Où l’on m’étend le poil se lasse »
La gaine qui fond sous les caresses
Le slip qui rit le bas qu’encaisse
L’escarpin qui use le pavé
Les parfums qui sentent le péché
Des falbalas pour la comtesse
Des bandes en soie pour pas que ça blesse
Du chinchilla de la toile écrue
Y faut vêtir ceux qui sont nus
Des pull-over si vrais qu’ils bêlent
Des vins si vieux qu’ils coulent gagas
Des décorations qu’étincellent
Devant des mecs qui n’en veulent pas.

Les vitrines de l’avenue
C’est mes poches à moi quand je rêve
Et que j’y fouille à mains perdues
Des lambeaux de désirs qui lèvent

(Léo Ferré)

Illustration

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