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Poésie

Posts Tagged ‘vaciller’

Si ton Ame vacille (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


ame

« Si ton Nerf, se dérobe –
Surmonte ton Nerf –
Il peut s’appuyer à la Tombe,
S’il craint l’embardée –

Voilà une ferme posture –
Nul ne fléchit jamais
Tenu entre ces bras d’Airin-
Au mieux forgés par des Géants –

Si ton Ame vacille –
Lève la porte de Chair –
La Poltronne a besoin d’Oxygène –
Et de rien d’autre – »

(Emily Dickinson)

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LA BOÎTE À COLORIER (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



 

boîte à colorier

LA BOÎTE À COLORIER

Je dessine une maison
Aussi jaune que le jaune
Sur une page d’herbe
Aussi verte que le vert
Je change d’oeil et de plume
Une fenêtre s’allume
C’est le soir dehors aussi
L’herbe s’est un peu noircie
Changé de main et de craie
Je suis derrière la haie
Tu viens d’entrouvrir la porte
Qui dessine de la sorte ?
Mais personne ne répond
Tu trouves que l’air est bon
Tu fais trois pas et tu frôles
La haie avec ton épaule
Je me meurs au bord des mots
Qui feraient tout disparaître
L’herbe l’air et la fenêtre
Et ce silence trop beau

Mais parmi les yeux du ciel
Ceux de l’herbe et de la haie
Tu viens de trouver mes yeux
La maison déjà vacille
Dans son petit matin jaune
Et le soleil éparpille
Dans son or l’herbe et la craie
C’est la lampe qui me pille
Les beaux mots que je mettrais
A parler de mille choses
Tout en gardant le secret
Du ciel vert et de l’herbe rose
Et de trois pas dans le soir
Que je pose sans rien voir
Au bord des mots et des choses

(Gilles Vigneault)

 

 

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Une douleur se plaint (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



    

Une douleur se plaint
de ne pouvoir se dire

Halo tremblant
autour du corps

Reptation lente
à ras sous la peau

Sans lieu
souffrant d’ errer

Si proche cependant
nodosité mouvante
étranglement d’être

Stase opaque
aux frontières
d’un lacis d’angoisses

Vacille ténue
reflue se retire
épuisée
de n’ avoir su désigner
la vérité qu’elle recelait

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Si mon amour pouvait franchir le soi désert (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Je les vois maintenant à travers un vide
Plus large, plus profond que le temps et l’espace.
Tout ce que j’ai fini par être
Sépare mon coeur et la rose,
La flamme, l’oiseau, le brin d’herbe.
Les fleurs sont voilées ;
Dans un univers d’ombres, les apparences
Passent sur une grande toile vide
Où l’image vacille, disparaît,
Où rien n’existe, et tout n’est que semblant.
Mais toujours l’esprit, désireux d’aller plus avant,
Les a suivies, tandis qu’elles s’éloignaient
Au fond de leurs espaces intérieurs,
Il arrachait les pétales des fleurs, les ailes des mouches,
Pourchassait le coeur au scalpel,
Disséminait sous une loupe la poussière de la vie ;
Mais les plus inaccessibles, étranges
Écailles iridescentes, cellules, fuseaux, chromosomes,
Simplement toujours sont :
Avec la grêle, les cristaux de neige, les montagnes, les étoiles,
Le renard au crépuscule, les éclairs, les moucherons dans l’air du soir
Tous partagent le mystère de la nature,
Proclament JE suis, et demeurent sans nom.

Parfois, de très loin,
Les créatures me font signe :
Une violette sourit au bord pâle de l’obscurité,
Une goutte de pluie suspendue au toit m’appelle,
Et un jour, dans l’herbe haute humide,
Un jeune oiseau m’a regardée.
Leur être est digne d’amour, est amour ;
Et si mon amour pouvait franchir le soi désert
Qui sépare tout ce que je suis et tout ce qui est,
Elles sauraient pardonner et bénir.

***

I see them now across a void
Wider and deeper than time and space.
All that I have come to be
Lies between my heart and the rose,
The flame, the bird, the blade of grass.
The flowers are veiled;
And in a shadow-world, appearances
Pass across a great toile vide
Where the image flickers, vanishes,
Where nothing is, but only seems.
But still the mind, curious to pursue
Long followed them, as they withdrew
Deep within their inner distances,
Pulled the petals from flowers, the wings from flies,
Hunted the heart with a dissecting-knife
And scattered under a lens the dust of life;
But the remoter, stranger
Scales iridescent, cells, spindles, chromosomes,
Still merely are:
With hail, snow-crystals, mountains, stars,
Fox in the dusk, lightning, gnats in the evening air
They share the natural mystery,
Proclaim I AM, and remain nameless.

Sometimes from far away
They sign to me;
A violet smiles from the dim verge of darkness,
A raindrop hangs beckoning on the eaves,
And once, in long wet grass,
A young bird looked at me.
Their being is lovely, is love;
And if my love could cross the desert self
That lies between all that I am and all that is,
They would forgive and bless.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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L’unité ou la déchirure (Françoise Hàn)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



L’unité ou la déchirure

Depuis qu’ils ne comprennent
plus le langage des bêtes
il leur faut articuler
des mots sur la pierre
taillée
sur la cassure
d’avec les éléments
sur la blessure

des mots qui contiennent
assez de terre et d’eau
d’air et de feu
interstitiels
pour refaire un monde

articulé sur la faille
que ne combleront jamais
les sédiments
les forêts ensevelies
les civilisations

un monde seulement humain
exclu de la résonance
première
mais rempli d’images de lueurs
qui bougent sur la paroi

parfois elle vacille

(Françoise Hàn)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Franck Gervaise

 

 

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Parfois (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
parfois

quand on est las
de marcher

que les champs de pierres
succèdent
aux champs de pierres

qu’il n’est plus de bornes
ni de critères
et que la ténèbre s’accentue

parfois

quand tout vacille
et se brouille
que l’on devient cet autre
que l’on ne peut rejoindre

qu’il faut poursuivre
encore
alors que s’est éteint
l’espoir de s’agenouiller
un jour près de la source

parfois

au fond de la douleur
et de la nuit

on aimerait tant
que s’achève le voyage

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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La porte du miroir (Georges Ribemont-Dessaignes)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



 

Elena Kalis   b

La porte du miroir

J’ai ouvert la porte du miroir, ah quel est donc ce bruit
Et cette fureur,
Et quelle est cette rumeur qui bat comme des vagues
Ou comme un coeur ?
Une lumière des lampadaires ou des soleils ou des lucioles
Vacille dans le cours de l’Histoire.

(Georges Ribemont-Dessaignes)

Illustration: Elena Kalis

 

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La nuit dernière déjà (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



La nuit dernière déjà
J’avais dormi tout habillé,
Et cette nuit encore
Tout habillé je me suis endormi.
Je rentrais d’une petite beuverie,
Passée la première veille,
Quand ivre mort me suis écroulé.
Mais peu après minuit,
Pourquoi soudain me suis-je réveillé ?
L’air glacial m’a fait frissonner.
Un mince filet de vent
A travers la fenêtre s’est infiltré
Et la flamme de la lampe a doucement vacillé.

Seul dans mon lit, je me tourne et me retourne, essayant de me rappeler
Mon rêve de nuages et de pluie.
Appuyé contre l’oreiller, en vain je m’efforce de le retrouver,
Le coeur tout agité de mille sentiments.
Je la sens si proche et si lointaine à la fois !
Quand le temps et le cadre sont propices,
A quoi bon penser tendrement l’un à l’autre
Si l’on ne peut s’aimer pour de vrai…

(Liu Yong)


Illustration: Francine Van Hove

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PAR L’HEUR OU LE MALHEUR, JE ТE BENIS !… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
PAR L’HEUR OU LE MALHEUR, JE ТE BENIS !…

Par l’heur ou le malheur, je te bénis !
De tout mon amour, je te fais un nid
En joignant les mains et je te protège
Avec les dés d’or, les nuées de neige.

Un chant qui me perd monte de tes pas.
Le mur que je t’oppose, tu l’abats.
Dans ses obscurs décombres je vacille,
Et de ta douce haleine je m’habille.

Ah, qu’importe que tu m’aimes ou non !
Même si ton coeur au mien ne se fond,
Je t’entends, je te chante, je te vois,
Et je réponds au seigneur par ta voix.

Ainsi la forêt qui s’étire à l’aube
De ses mille bras ennoués dérobe
Violemment sa lumière au ciel bleu,
Pour la plaquer sur son coeur amoureux.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Instantané (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Instantané

La ribambelle d’oiseaux chante.
Le bois s’en est émerveillé.
L’enfant paysan barbouillé
Court au fleuve, au bas de la pente.

Soleil. Chaleur partout présente.
L’air même en est incendié.
Nul nuage n’a vacillé
Dans le grand ciel que rien n’évente.

Le gamin s’étend près de l’eau,
Le soleil lui brûle la peau,
Puis il se roule dans le sable.

Il voit un caillou plat, le prend,
Le jette en cette eau navigable,
Et puis s’éloigne en sifflotant.

(Attila Jozsef)

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