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Posts Tagged ‘vaguer’

Le ménétrier (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Rockwell Kent 8

Le ménétrier

Etouffant en la nuit la rumeur de ses pas
Le vieux ménétrier sous l’horreur de la lune
Rôde comme un garou par la lande et la dune.

Sur la grève des mers il balance ses pas,
Pris d’un doux mal d’amour pour sa dame la lune
Qui le leurre au plus loin de la lande et la dune.

Et le voilà qui vague au vouloir de ses pas
Vers le miroir des mers où palpite la lune,
Oublieux du réel de la lande et la dune.

Les bras en croix, les yeux aux cieux, à larges pas,
Au plus glauque des flots le lunatique, ô lune,
Va s’engloutir sans deuils de la lande et la dune.

Nul mutisme plus grand ne dit la mort de pas.
Un remous mollement remue au clair de lune,
Puis la lame, et le vent sur la lande et la dune.

(Stuart Merrill)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Tout est chemin (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 

Martin Jarrie _yeux

Tout est chemin où tu peux vaguer monstre et ange
selon qui sait ou ne sait pas
Homme si savoureux de toi et autant d’autrui
qui pourrais savoir la prière et la sainteté si les cloches
sonnaient à l’heure dite

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Martin Jarrie

 

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Trésors Cachés (Yokheved Bat Myriam)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Trésors Cachés

Faite ainsi, devant toi, telle que me voici :
Sans apprêt, sans fard, sans grimage ni grâce,
Mais débridée, rebelle, mauvaise à frémir —
C’est ainsi devant toi que je veux me tenir.

Tant et tant pour mesurer ma taille qui s’élance,
Tant et tant pour compter mon temps sur cette terre.
Mesure supplémentaire quand s’envolera mon âme
Surgie de sa prison qui vaguera en silence.

Mes mots ne m’emporteront pas vers les hauteurs —
Mes mots comme broyés par une peur soudaine.
Est-ce « comme ça », « comme ça » que je te parlerai
Moi la moribonde qui, de jour en jour, meurt ?

De jour en jour continents, océans
Montent comme les visions d’un rêve rayonnant,
Comme des chemins tout blancs du néant au néant
Qui tracent couleur azur les abîmes et les cimes.

Déjà ne serai plus, ne suis plus de longtemps.
Par delà la frontière ma route me fait signe.
Est-ce par là que viendraient l’expiation du crime,
Châtiment et vengeance, remords, rétribution ?

Me voici devant toi, je suis telle que je suis,
Débridée, rebelle, marmonnant insoumise.
Alentour m’enveloppent de stériles sanglots
Sur moi-même qui de moi ne deviendrai pas moi.

(Yokheved Bat Myriam)


Illustration: Carolus Duran

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Vagant (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



&

Illustration
nbsp;   
Vagant

I
j’aime pour ma vie liberté errance
vienne que pourra
si je voulais me contraindre
ça ne m’irait pas

et je sais des chansons éternelles
l’hiver sans souliers
dans le froid écoutez-la ma mandoline
mais où coucher

plus d’une belle fille s’étonne
je lui plairais bien
si je n’étais un misérable
propre-à-rien

belle fille Dieu t’accorde
riche mari
si nous étions tous deux ensemble
mon chant cesserait de vivre

2
si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

la nuit mon amour écoute
à sa fenêtre et ne dort pas
comme la nuit serait douce
souhaite-nous la douce nuit

si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

4
tu es triste éraillé
viens sur mon coeur
fort ôte-moi le souffle
pince taquine
soupirant
joue contre joue
pour mon oreille
chante au fond de la cour
chat et chien hurlent
et le voisin est furieux
mais que nous importe
le monde violon mon doux violon

***

Der wandernde Musikant

I
Wandern lieb ich fir mein Leben,
Lebe eben wie ich kann,
Wollt ich mir auch Mühe geben,
Paßt es mir doch gar nicht an.

Schöne alte Lieder weiß ich,
In der Kälte, ohne Schuh
Draußen in die Saiten reiß ich,
Weiß nicht, wo ich abends ruh.

Manche Schöne macht wohl Augen,
Meinet, ich gefiel’ ihr Behr,
Wenn ich nur was wollte taugen,
So ein armer Lump nicht war. —

Mag dir Gott ein’n Mann bescheren,
Wohl mit Haus und Hof versehn !
Wenn wir zwei zusammen wãren,
Möcht mein Singen mir vergehn.

2
Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

In der Nacht dann Liebchen lauschte
An dem Fenster süß verwacht,
Wünschte mir und ihr, uns beiden,
Heimlich eine schöne Nacht.

Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

4
Bist du manchmal auch verstimmt,
Drück dich zärtlich an mein Herze,
Daß mir’s fast den Atem nimmt,
Streich und kneif in süßem Scherze,
Wie ein rechter Liebestor
Lehn ich sanft an dich die Wange
Und du singst mir fein ins Ohr.
Wohl im Hofe bei dem Klange
Katze miaut, Hund heult und bellt,
Nachbar schimpft mit wilder Miene —
Doch was kümmert uns die Welt,
Suße, traute Violine !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Jardin de jadis (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Claude Monet
    
Jardin de jadis

Aller à nouveau au jardin clos,
Qui passées arches et palissades,
Entre magnolias et citronniers,
Préserve le charme de l’eau.

Entendre à nouveau dans le silence
Bruissant d’oiseaux et de feuillages,
Le doux chuchotement de l’air
Où vaguent les âmes du passé.

Revoir le ciel profond
Au loin, la tour svelte
Telle une fleur de clarté sur les palmes :
Toutes choses à jamais belles.

Éprouver à nouveau, comme alors,
La pointe aiguisée du désir,
Tandis que resurgit la jeunesse
Perdue. Rêve d’un dieu sans âge.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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