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Que rien ne te contraigne (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

Que rien ne te contraigne

Que rien ne te contraigne — ah je n’y peux rien –
au soleil avant d’éclore venu baiser tes mains
qu’y pourrais-je, le jour est encore plus fort

(ô toute dorée)

Je sais bien qu’à sa chaude lumière
résister est vain
ta peau brille comme un or fin ruisselle
et dans le sable où tu sommeilles
sans refuge à mon inquiétude

(toute dorée)

C’est Isis transformée qui vient braver mes yeux
tant aveugles qu’ils n’aiment que la nuit
et si plier mes bras toujours ne puis
les déplier je dois pour embrasser votre clarté

(ah ! dorée)

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Abraxsis Der Jen

 

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    
LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE

La Terre, rêveur solitaire,
Ne va-t-elle plus t’inspirer,
Ni plus t’inviter la Nature
Si nul feu ne peut t’embraser?

Sans cesse ton esprit parcourt
Des régions obscures pour toi;
Renonce à ces randonnées vaines :
Reviens demeurer avec moi.

Je sais que mes brises des monts
Toujours t’enchantent, puis t’apaisent;
Je sais que mon soleil t’est cher
Malgré ton ondoyant vouloir.

Quand le jour se fond dans le soir
Et déserte le ciel d’été,
J’ai vu ton esprit prosterné
Dans une idolâtre ferveur.

Pour t’avoir guetté à toute heure,
Je sais mon souverain empire,
Je sais mon magique pouvoir
De bannir au loin tes ennuis.

S’il est peu de coeurs ici-bas
Que dévore autant la langueur,
Nul plus que toi ne brigue un Ciel
A l’image de cette terre.

Laisse mes vents te caresser;
Laisse que je sois ta compagne;
Toi que ne satisfait rien d’autre,
Reviens demeurer avec moi.

***

SHALL EARTH NO MORE INSPlRE THEE

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee;
Recall its useless roving—
Come back and dwell with me.

I know my mountain-breezes
Enchant and soothe thee still—
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry.

I’ve watched thee every hour;
I know my mighty sway,
I know my magic power
To drive thy griefs away.

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine;
Yet none would ask a Heaven
More like this Earth than thine.

Then let my winds caress thee;
Thy comrade let me be—
Since nought beside can bless thee,
Return and dwell with me.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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L’AMOUR ET L’AMITIÉ (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos     

L’AMOUR ET L’AMITIÉ

L’amour à la sauvage églantine est pareil
Et l’amitié pareille au houx.
Si le houx reste obscur quand fleurit l’aubépine,
Lequel fleurit plus constamment?

La sauvage églantine est suave au printemps;
L’été, ses fleurs embaument l’air.
Attendez toutefois que revienne l’hiver,
Qui dira l’églantine belle?

Dédaigne l’églantine et sa vaine couronne,
Fais du houx luisant ta parure
Afin, lorsque Décembre aura flétri ton front,
Qu’il y respecte sa verdure.

***

LOVE AND FRIENDSHIP

Love is like the wild rose-briar,
Friendship like the holly-tree —
The holly is dark when the rose-briar blooms
But which will bloom most constantly?

The wild rose-briar is sweet in spring,
Its summer blossoms scents the air;
Yet wait till winter comes again
And who will call the briar fair?

Then scorn the silly rose-wreath now
And deck thee with the holly’s sheen,
That when December blights thy brow
He still may leave thy garland green.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME
(1901-1902)

Préambule

Tout repos est vain. Le chemin est ardu.
Le soir est splendeur. Je frappe au portail.

Inflexible et sourde à mes coups répétés,
Tu répands des perles tout autour de toi.

La maison est haute, et le soir s’est figé.
L’énigme rouge sur le seuil s’est couchée.

Qui au crépuscule incendie les maisons,
Des mains de la Princesse Elle-Même élevées?

Chaque feston de bois ouvragé
Jette vers toi une flamme vermeille.

La coupole s’élance dans l’azur infini.
Les fenêtres bleues ont du rouge à leurs joues.

Dans tous les clochers, les cloches bourdonnent.
De printemps éternel ta robe est baignée.

Est-ce toi qui m’attends chaque soir au couchant?
Qui a mis le feu? Et ouvert le portail?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Chagrin d’enfant (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017



Illustration: William Blake
    
Chagrin d’enfant

Ma mère gémit, mon père pleura ;
Je sautai dans ce monde dangereux,
Désarmé, nu, pépiant à tue-tête
Comme un démon caché dans un nuage.

Me débattant dans les mains de mon père
Me démenant dans mes langes
Ficelé et las, je préférais
Bouder sur le sein de ma mère.

Quand je vis que la rage était vaine
Que bouder ne servirait de rien
Après bien des espiègleries et des ruses
Je commençai à m’apaiser et à sourire.

Je m’apaisai de jour en jour.
Le moment vint où je tins debout sur le sol
Et je souris nuit par nuit
N’ayant de but que le plaisir.

Et je vis devant moi briller
Des grappes de la vigne sauvage
Et nombreux, des arbres et des fleurs charmants
Étendirent sur moi leur floraison printanière.

Mon père alors, avec les yeux d’un saint,
Un livre saint dans les mains
Prononça des malédictions sur ma tête
Et me lia à l’ombre d’un myrte.

***

INFANT SORROW

My mother groand! my father wept.
Into the dangerous world I leapt:
Helpless, naked, piping loud;
Like a fiend hid in a cloud.

Struggling in my fathers hands:
Striving against my swadling bands:
Bound and weary I thought best
To sulk upon my mothers breast.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Alors que nous nous effaçons… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Alors que nous nous effaçons…

Alors que nous nous effaçons,
Ainsi qu’au penchant des saisons
L’or des éphémères moissons;

Que sous les paupières qui saignent
Et dans les larmes qui les baignent
Tant de regards blessés s’éteignent;

Que, du soleil abandonnés,
Cendreux bleuets embruinés,
Tant d’yeux humains se sont fanés;

Que pareilles aux flots qui roulent,
Leur cours aux grèves qui s’écroulent,
Les générations s’écoulent,

Et qu’à l’abîme qu’il pressent
Chaque homme va disparaissant,
Tel un naufragé pâlissant,

Pendant qu’aux pentes des vallées
Filtrent, des tombes descellées,
Et du marbre des mausolées,

Et des sépulcres crevassés
Sous les vieux ormes délaissés,
Tourbillons par le vent poussés,

Tant d’ombres et de cendre vaine,
O Nature calme et sereine,
Tu te dresses comme une reine,

Et debout à travers le temps,
Toujours jeune et sans changement,
Subsistant invinciblement,

Tu souris, entre tes mains pures
Tenant, aux riches ciselures,
La clef d’or des aubes futures,

Et moi qui fuis comme le vent,
– Vers quel horizon décevant? –
Atome d’infini rêvant;

Emporté par quel noir quadrige
Que l’heure hâtivement fustige,
Il me reste, dans ce vertige,

Et du néant sombre guetté,
Ce bonheur d’avoir reflété,
Nature, et compris ta Beauté,

Cet espoir profond de renaître
Aux bourgeons emmiellés des hêtres,
Aux chansons des huppes champêtres,

Au cours des ruisseaux opalins,
Aux frissons bleuissants des lins,
Au rire emperlé des matins!…

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous irons dans les bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Nous irons dans les bois…

Nous irons dans les bois silencieux et doux
Au glissement des feuilles mortes
Et nos baisers seront silencieux et doux
Comme le bruit des feuilles mortes.

Pémètre-t-on jamais, tant vont se dissolvant
Les baisers fervents que l’on rêve,
Si l’on vit, si l’on pense ou si, parmi le vent,
On est la cendre qu’il soulève?

Le songe luit parfois et tel un bref éclair,
La certitude qu’on vous aime,
Puis on dit:  » Je ne sais si la chair de ma chair
Est mienne ou bien reste elle-même.

La bouche qui sourit est la même qui ment;
Demain le coeur de ma maîtresse
Sous d’autres mains aura le divin tremblement
Qu’il eut jadis sous mes caresses.

Le regard qui promet est le même qui ment;
Le même baiser peut éclore
Pour d’autres sur sa bouche et le même serment
Monter aux lèvres que j’adore. »

Nous irons dans les bois silencieux et doux
Où se meurent les marjolaines,
Et parmi le brouillard silencieux et doux
S’effaceront nos formes vaines.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le ciel est plein (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017



Illustration: Bénédicte Pontet
    
Le ciel est plein de songes mal formés.
Ce grand séjour des êtres refusés
Court menaçant sur ta tête de pierre
et ton nuage monte à la lumière
en te laissant les décombres de tout.

Tu creuses ce qui reste près de nous,
tu reconnais le sol sans complaisance;
un âpre vide étreint chaque présence
et te délivre enfln d’un vain espoir.

Ce sont des mains d’aveugle qui vont voir.

(Jean Tardieu)

 

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