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Poésie

Posts Tagged ‘vain’

Vos yeux (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Vos yeux… Je baiserai vos beaux yeux réservés ;
Fort d’un pareil amour, on ose tout braver.

Vos mains… Je presserai vos mains musiciennes,
Et vous ne pourrez pas les retirer des miennes.

Vos lèvres… À mon goût j’en boirai le bon vin,
Et votre effort à les détourner sera vain.

Vous me privez souvent du doux plaisir que j’aime :
Ah ! vous me l’offrirez maintenant de vous-même !

Tout ce que je voudrai, désormais je l’aurai.
Ce n’est pas moi toujours qui vous obéirai.

Vous souriez… Laissez, mon amour, que j’achève :
Dites, que pouvez-vous faire contre mon rêve ? …

(Albert Lozeau)

 

 

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Légèrement viens (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Légèrement viens ou légère pars;
Bien que ton сoeuг présage ton malheur,
Les vallées et souvent un soleil vain,
Oréade, laisse courir ton rire,
Jusqu’à ce que l’air irrévérent des monts
Fasse onduler ta flottante chevelure.

Légère, légèrement — sois toujours :
Les nuages qui recouvrent les vallées,
Quand il est l’heure de l’étoile du soir,
Sont les suivants les plus humbles;
Amour et rire se confessent par un chant
Quand le coeur est plus lourd.

***

Lightly come or lightly go:
Though thy heart-presage thee woe,
Vales and many a wasted sun,
Oread, let thy laughter run,
Till the irreverent mountain air
Ripple all thy flying hair.

Lightly, lightly — ever so:
Clouds that wrap the vales below
At the hour of evenstar
Lowliest attendants are;
Love and laughter song-confessed
When the heart is heaviest.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Retouche à la sagesse (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



étang

 

sur l’étang où le temps fait des cercles
dans la paresse ensoleillée
jamais regret ne fut plus vain
d’une oeuvre sans défaut

(Daniel Boulanger)

 

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Le poète et la Muse (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Eoghan de Leastar
    
Le poète et la Muse

LE POÈTE

Dans quel but le destin a-t-il voulu m’élire
poète, moi si faible, avec tous mes défauts ?
Car ma parole est vaine et les sons de ma lyre,
même les plus chantants, sonnent creux, semblent faux.

J’ai beau chercher à dire un sentiment sublime,
gloire et vertu ne sont qu’un rêve, je le sens.
Dans la désillusion mon oeil toujours s’abîme,
dans les ronces partout mon pied s’en va glissant.

Le monde est une froide et sombre comédie.
Mes chants non moins que lui se révèlent menteurs.
Chanter l’amour, la joie ? Infâme parodie,
infâme lyre, proie de spectacles trompeurs !

LA MUSE

Poète, tu n’es pas menteur. Ton monde à toi
est le seul vrai. Seules les cordes de ta lyre
savent la vérité ; elles seules, crois-moi,
au long de notre vie ont l’art de nous conduire.

Serviteur du divin, apprends quel est ton sort :
la beauté, le printemps. Une ode enchanteresse
est issue de ta bouche, et tu es un trésor
de parfums — une voix d’en haut, riche en promesses.

Si la nuit règne sur la terre, n’aie point peur.
Ne crois pas que cette ombre va durer encore.
Tu es près des plaisirs, des vallons et des fleurs ;
courage, et en avant ! Vois se lever l’aurore !

Seule une faible brume effarouche tes yeux.
Sous son voile, pour toi, la Nature accueillante
tresse roses, violettes, narcisses précieux,
couronne pour tes chants, récompense odorante.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Chagrin d’enfant (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: William Blake
    
Chagrin d’enfant

Ma mère gémit, mon père pleura ;
Je sautai dans ce monde dangereux,
Désarmé, nu, pépiant à tue-tête
Comme un démon caché dans un nuage.

Me débattant dans les mains de mon père
Me démenant dans mes langes
Ficelé et las, je préférais
Bouder sur le sein de ma mère.

Quand je vis que la rage était vaine
Que bouder ne servirait de rien
Après bien des espiègleries et des ruses
Je commençai à m’apaiser et à sourire.

Je m’apaisai de jour en jour.
Le moment vint où je tins debout sur le sol
Et je souris nuit par nuit
N’ayant de but que le plaisir.

Et je vis devant moi briller
Des grappes de la vigne sauvage
Et nombreux, des arbres et des fleurs charmants
Étendirent sur moi leur floraison printanière.

Mon père alors, avec les yeux d’un saint,
Un livre saint dans les mains
Prononça des malédictions sur ma tête
Et me lia à l’ombre d’un myrte.

***

INFANT SORROW

My mother groand! my father wept.
Into the dangerous world I leapt:
Helpless, naked, piping loud;
Like a fiend hid in a cloud.

Struggling in my fathers hands:
Striving against my swadling bands:
Bound and weary I thought best
To sulk upon my mothers breast.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Dormir et rire d’aise (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Rockwell Kent 14

Dormir et rire d’aise, un sommeil : je divague ;
Dormons : le mal d’aimer, ô cœur, t’a ravagé ;
Et je me sens, ce soir, si follement âgé
Que je me crois le survivant d’un monde vague.

La nuit est formidable et triste à tout jamais,
Un souvenir qui hante emplit l’ombre déserte ;
Mon regret est futile et mon désir inerte
N’appelle plus l’espoir des rêves abîmés ;

Dormons: il n’est plus rien sous le crêpe d’azur
Où s’est drapée à tout jamais la vieille joie ;
Tes ailes, que le saint désir ouvre et déploie,

Retombent, ton espoir d’aimer est presque impur…
Je divague au retour des vaines lassitudes,
N’avions-nous pas rêvé d’autres béatitudes ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Et la plaie, l’éreintant (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018




    
Et la plaie, l’éreintant, ce sont ceux qui ne voient que marbre.
Et qui ne comprendront jamais.
Ils vous diront rêveurs, ils vous penseront vains,
il vous faudra veiller, toujours,
commercer juste ce qu’il faut pour assurer la subsistance – et la civilité.

Ne vous ouvrir qu’au coeur parlant. Ou silencieux.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Diane, Séléné, lune de beau métal (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,

O lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon coeur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

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Sonnet du beau (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Alberto Gálvez  (8)

Sonnet du beau

Je t’aimai t’élis t’espère
Toi qui fais mon devenir
Le coeur je sais s’exaspère
de te voir aller venir.

Un reste de temps précaire
change le songe et l’agir
sachant la grâce première
don ému de ton désir.

De toi j’aime la lumière
promesse qui va s’enfuir
et m’enchaîne à son mystère.

Jeunesse à n’en plus finir
le vrai du beau ne diffère
qu’aux yeux vains de l’avenir.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: Alberto Gálvez

 

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LES POÈTES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LES POÈTES

Si l’on pouvait rien qu’une fois
prononcer des mots définitifs
comme ceux qui séparent les eaux
guérissent ou ressuscitent les morts

— et le voisin tout à coup retrouve
son visage du dimanche et s’étonne
du mur qu’il a dressé entre nous
pour être seul avec lui-même

comme avec une femme, disait-il,
ou la mer quand elle revient de loin,
les yeux vagues et prête à tout recommencer
— qui, débordant les marges de vaine gloire, qui

refuserait d’accorder sa parole au silence?

(Guy Goffette)

 

Recueil: L’adieu aux lisières
Traduction:
Editions: Gallimard

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