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Poésie

Posts Tagged ‘vain’

Absence (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Absence

Il me faudra soulever la vaste vie
qui est encore ton miroir:
il me faudra le reconstruire chaque matin.
Depuis que tu es partie
combien d’endroits sont-ils devenus vains
et dénués de sens, pareils
à des lumières dans le jour.
Soirs qui furent abri pour ton image,
musiques où toujours tu m’attendais,
paroles de ces temps-là,
il me faudra les briser avec mes mains.
Dans quel creux cacherai-je mon âme
pour ne pas voir ton absence
qui, comme un soleil terrible, sans couchant,
brille définitive et impitoyable?
Ton absence m’entoure
comme la corde autour de la gorge.
La mer où elle se noie.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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SUPPLÉMENT AU CAHIER GOTHIQUE (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Lazo de Valdez Elisa
    
SUPPLÉMENT AU CAHIER GOTHIQUE

LA NUIT VIENT AVEC LE CHANT

La nuit vient avec le chant
prolongé du petit duc,
sème ses lumières dans la conque,
gravit les pentes humides, tremble
un peu. La force au cours de longues années
acquise en souffrant fait défaut
et la faible science désarme,
le sourire viril
ne connaît plus de calme.

Qui es-tu
toi qui attendais invisible, embusquée
à un tournant de l’âge,
que vînt ton heure ? Je te dois
ce temps de gratitude
et d’autant de douleur.

Et maintenant l’inquiétude s’insinue,
pénètre ces premières nuits d’été,
envahit le mur encore chaud, suit
le vol des lucioles sur les aires,
s’enfonce dans les sentiers où soudain
dans l’éblouissement des phares le lièvre fulgure.

Amie, comment ai-je pu ne pas comprendre ?
La vie était suspendue
tout entière comme cette veillée.
Il y a de quoi pleurer en songeant
à la façon dont j’ai gaspillé cette longue attente
avec tant de mots inadéquats,
tant d’actes irréfléchis, irréparables,
et maintenant blessé je dis peu importe
pourvu que le supplice prenne fin.

« Le salut ainsi espéré ne convient
ni à toi ni à d’autres comme toi. La paix,
si elle vient, te viendra par d’autres voies
plus lumineuses que celle-ci, plus ressenties ;
quand souffrir ne te paraîtra pas vain,
car la douleur aussi existe et doit vivre
et se changer en ton bien et celui d’autrui.
La foi est en toi, la foi est une personne. »

Cette chanson n’a plus de mots.

***

LA NOTTE VIENE COL CANTO

La notte viene col canto
prolungato dell’assiuolo,
semina le sue luci nella conca,
sale per le pendici umide, trema
un poco. La forza in lunghi anni
acquistata a soffrire viene meno
e la piccola scienza si disarma,
il sorriso virile
non ha più la sua calma.

Tu chi sei
che aspettavi invisibile, appostata
a una svolta dell’età
finché fosse la tua ora ? Ti devo
questo tempo di gratitudine
e d’altrettanto dolore.

Ed ora l’inquietudine s’insinua,
penetra queste prime notti estive,
invade il muro ancora caldo, segue
il volo delle lucciole sulle aie,
s’inselva pelle viottole ove a un tratto
nell’abbaglio dei faré la lepre saetta.

Cara, come ho potuto non intendere ?
La vita era sospesa
tutta come questa veglia.
C’è da piangere a pensare
come ho sciupato questa lunga attela
con tante parole inadeguate,
con tanti atti inconsulti, irreparabili,
e ora ferito dico non importa
purché il supplizio abbia fine.

« La salvezza sperata cosi non si conviene
né a te, ne ad altri come te. La pace,
se verrà, ti verrà per altre vie
più lucide di questa, più sofferte ;
quando soffrire non ti parra vano
ché anche la pena esiste e deve vivere
e trasformarse in bene tuo ed altrui.
La Pede è in te, la fede è una persona. »

Questa canzone non ha più parole.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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TIREZ (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Zdzislaw Beksinski   20_beksinski [1280x768]

TIREZ

Tirez des salves de désespoir!
Tirez!
Tirez!
Tirez sur les âmes!

Que l’homme malade tombe,
Ames malades, consumez-vous!
Fondez!
Avec de nouvelles ailes vers le jour.

Le ciel est percé,
Le coeur est percé
Et tout
Tout en vain…

(Srecko Kosovel)

Illustration: Zdzislaw Beksinski 

 

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Je rase le sol (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Euan Macleod  
    
Je rase le sol sous des nuages de boue
qui font de la rue un trou
qui ne mène qu’à une autre rue.
Chaque porte est un sceau qui protège la douleur des hommes.

A chaque pas, la terre se referme
à chaque regard, le monde se vide
à chaque arrivée, la même maison m’attend sous un soleil
que je voudrais revoir de mes yeux d’enfant.

C’est seulement sur les moissons que se lève la joie,
mais elle reste prise entre les cils, loin du visage.
L’été s’est repu de briques et de toits sanglants
et la nuit mal cachée s’étrangle dans les portes.

Les murs faits du dernier regard de tant de morts
attendent un signe pour tomber sur moi.
En face d’eux, comme mes gestes sont vains,
comme ma façon de mourir sera ridicule.

Aucun chemin ne peut s’arrêter sous mes pieds
au moment où je coule en pleine terre
avec les mots d’amour que je n’ai pas franchis
quand la vie venait vers moi,
libre comme une poitrine de femme.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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A L’ennemie aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Gustav Klimt

    
A L’ennemie aimée

Ses mains ont saccagé mes trésors les plus rares,
Et mon coeur est captif entre tes mains barbares.

Tu secouas au vent du nord tes longs cheveux
Et j’ai dit aussitôt : Je veux ce que tu veux.

Mais je te hais pourtant d’être ainsi ton domaine,
Ta serve… Mais je sens que ma révolte est vaine.

Je te hais cependant d’avoir subi tes lois,
D’avoir senti mon coeur près de ton coeur sournois…

Et parfois je regrette, en cette splendeur rare
Qu’est pour moi ton amour, la liberté barbare…

(Renée Vivien)

 

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Il est un seuil à notre intimité humaine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Il est un seuil à notre intimité humaine
Que ne peuvent franchir l’amour et la passion.
Dans l’effrayant silence c’est une quête vaine
Qui joint les lèvres et perd la raison.

Ceux qui veulent l’atteindre sont fous, et les êtres
Qui l’ont atteint sont pris d’une angoisse morose;
Tu comprends pourquoi mon coeur peut-être
Ne frémit pas lorsque ta main s’y pose.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Il est vain de courir la terre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
Il est vain de courir la terre d’île en île
de continent en continent, de ville en ville,
puisque toute l’histoire de l’être se passe
d’une tempe à un poignet battant d’un seul sang.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Est-ce que tout va vraiment vers le vide et le vain (Amir Gilboa)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

Est-ce que tout va vraiment
vers le vide et le vain
Est-ce que tout va vraiment vers le vide et le vain
comment as-tu fait pour survivre
as-tu vraiment saisi le bout
d’une corde lancée par qui pour que tu la saisisses
en train de te noyer ne pas couler
et tu as abordé au rivage ronceux
aux parterres fleurissant à nouveau
d’un sourire indulgent et d’intrigues de puissance

(Amir Gilboa)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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ETOILE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




    
ETOILE

à demi dénudée une créature de rêve
parée de la « robe » et enfin prête
la toilette prévaut l’accessoire aide
le génie du styliste crée son modèle

avec art et dextérité il l’habille
même les étoiles en extase brillent
érigée en icône et la voici enfin
oser l’objet est désormais vain

dans ce monde de strass cloisonné de voile
elle y est devenue l’inaccessible étoile

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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