Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vaine’

Vous parler ? (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Alex Colville 6

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las
D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire
Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.
Elle n’est pas celle des autres, c’est la mienne.

Une feuille a son mal qu’ignore l’autre feuille,
Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau n’en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu’importe. Il me convient
De n’entendre ce soir nulle parole vaine.

J’attends, comme le font derrière la fenêtre
le vieil arbre sans geste et le pinson muet…
Une goutte d’eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu’attendent-ils ? Nous l’attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu’il reviendrait, peut-être…

(Sabine Sicaud)

Illustration: Alex Colville

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’OMBRE NUE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

L’OMBRE NUE

J’ai fait de mon Amour cette blanche statue.
Regarde-la. Elle est debout, pensive et nue,
Au milieu du bassin où la mire son eau
Qui l’entoure d’un double et symbolique anneau
De pierre invariable et de cristal fidèle.
La colombe en passant la frôle de son aile,
Car l’Amour est vivant en ce marbre veiné
Qui de son long regard que rien n’a détourné,
Contemple, autour de lui dans l’eau proche apparue,
La fraîcheur de son ombre humide, vaine et nue.

(Henri De Régnier)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À MOI PÈLERIN (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



Illustration: Erin Hanson
    
À MOI PÈLERIN

Me voici de retour sur la place tranquille :
à ton balcon solitaire oscille
le drapeau de la fête déjà terminée.
— Réapparais, dis-je. Mais seul l’âge
qui aspire aux sortilèges est leurré par l’écho
des carrières de pierre à l’abandon.
Depuis quand l’invisible ne répond-il pas
quand j’appelle comme autrefois dans le silence!
Tu n’es plus ici, ton salut ne me parvient
plus, à moi le pèlerin. La joie ne se révèle
jamais deux fois. Et l’extrême lumière
cogne sur le pin qui rappelle la mer.
Même l’image des eaux est vaine.

Notre terre est loin, dans le sud,
chaude de larmes et de deuils. Là-bas,
des femmes, dans leurs châles noirs,
parlent à voix basse de la mort
sur le seuil des maisons.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

N’être pas tombé (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



 

N’être pas tombé
Comme d’autres de ma race,
Au champ de bataille.
Être dans la vaine nuit
Seul à compter les syllabes.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | 2 Comments »

QUAND LES CORPS SERONT JUGES (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Júlia Fernández Sánchez 727

QUAND LES CORPS SERONT JUGES

Tu t’es présenté, tu es apparu dans la lumière
comme une icône.

Tu as vu beaucoup de soleils
Et tu ne les as pas comptés.

Le crépuscule et l’aube.

Tu as ouverts les yeux,
De grands yeux étonnés.

Tu as fait pousser des mains à la racine des ailes.

Tu as touché des fruits divers,
Beaucoup de pommes, des lys et des roses.

Tu portes la trace des clous.

Tu as marché sur la terre, tu as retenti
Dans le vide, dans le désert du temps,
Tu as émis un son, puis fait beaucoup de bruit.

Le soleil t’a vu, le vent t’a écouté et te fait vibrer.

Qui se portera témoin de ton sang,
Le sang qui a coulé et a teint
Le sommeil, le choses, la lumière.

Quand les corps seront jugés,
Ta poudre vaine sera pesée,
Ta pauvreté, ta nudité.

Ta tristesse est infinie et elle aura du poids.

(Georges Themelis)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES VAINES DANSEUSES (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

Brad Kunkle _1280

LES VAINES DANSEUSES

Celles qui sont des fleurs légères sont venues,
Figurines d’or et beautés toutes menues
Où s’irise une faible lune… Les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

De mauves et d’iris et de nocturnes roses
Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses.
Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or!
Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort
Et de l’eau mince luit à peine, reposée
Comme un pâle trésor d’une antique rosée
D’où le silence en fleur monte… Encor les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses;
Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses
Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis
Aiment à dénouer sous les myrtes amis
Leurs liens fauves et leurs caresses… Mais certaines,
Moins captives du rythme et des harpes lointaines,
S’en vont d’un pas subtil au lac enseveli
Boire des lys l’eau frêle où dort le pur oubli.

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA SORELLA DELL’ AMORE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



LA SORELLA DELL’ AMORE

Mort, que fais-tu, dis-nous, de tous ces beaux trophées
De vierges que nos feux brûlent sur tes autels ?
Réponds, quand serons-nous pour jamais immortels
Aux lumineux séjours des célestes Riphées ?

J’eus vécu l’Idéal. Au paradis des Fées
Elle était !… Je ne sais, mais elle avait de tels
Yeux que j’y voyais poindre, aux soirs, de grands castels
Massifs d’orgueil parmi des parcs et des nymphées…

Ma chère, il est vesprée, allons par bois, vie ns-t’en,
Nous suivrons tous les deux le chemin brut et rude
Que tu sais adjoignant la chapelle d’Antan.
Ma voix t’appelle, ô soeur! mais ta voix d’or m’élude,
Lucile est morte hier, et je sanglote, étant
Comme une cloche vaine en une solitude.

(Emile Nelligan)


Illustration: Jean-Gabriel Domergue

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

N’écoute pas battre ton cœur: c’est une étrange peine (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



La vie est plus vaine une image
Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
Qu’y trace ton passage

M’enchante, et ton rire pareil
Au vif éclat des armes ;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
Qui miraient le soleil.

Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton cœur:
C’est une étrange peine.

(Paul-Jean Toulet)


Illustration: PIERRE-YVES VIGNERON

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Elle est vaine la parole (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Elle est vaine la parole et ne nous aide pas
Quand pour combler nos coeurs nous voudrions
Le liquide vertige des touches,
L’écheveau des archets,
Les chasses à courre des cuivres.
Ô misérable parole, lourde
De sens définis,
Close à la liberté, serve de l’enfer.

La parole signifie. Et c’est là
Qu’est sa mort. —
Couper des cordes du destin
Notre vraie dignité céleste,
Retrouver le tonnerre qui décline
Notre terrestre humanité,
Rejeter le fardeau qui nous pèse
Et la peur de l’ombre,
Ne rien signifier, ne rien dire,
Tel est sans doute l’acte d’amour suprême.

***

È vana la parola e non ci assiste
Quando, a colmare il cuor nostro, vorremmo
La liquida vertigine dei tasti,
Le matasse degli archi,
Le cacce degli ottoni.
Oh misera parola, grave
Di definite significazioni,
Negata a libertà, d’inferno schiava.

La parola significa. E ben questa
E la sua morte –
Scindere dalle corde del destino
La nostra vera dignità celeste
E ritrovare il tuono che declina
La nostra umanità terrestre,
Scaricare la soma che ci ingombra
E il terrore dell’ombra,
Nulla significare, nulla dire
Tale forse il supremo atto d’amore.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Toujours (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



Toujours la courbe en forme de vague
les hauts et les bas
Voilà c’est tout
Et l’ourlet de la mer la poussée du feuillage
la terrestre fanfare des montagnes
N’ayez pas peur de votre tristesse c’est la mienne
C’est la nôtre c’est la sienne
O grandeur
N’ayez pas peur voici la paix la vie
la vie est admirable
La vie est vaine
La vie est admirable
la vie est admirable
elle est vaine

(Pierre Jean Jouve)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :