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PASTOURELLE (Jean de Brienne)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018


 


 

PASTOURELLE

Sous l’ombre d’un bois,
Je trouvai une bergère à mon goût ;
Contre l’hiver, elle était bien protégée,
La fillette aux cheveux blonds.
Quand je la vis sans compagnie,
Je quittai mon chemin et allai vers elle. Aé !

La jeune fille n’avait de compagnon
Que son chien et son bâton ;
A cause du froid, dans sa cape,
Elle était tapie près d’un buisson ;
Sur sa flûte, elle chantait
Garinet et Robichon. Aé !

Quand je la vis, soudainement,
Je me tourne vers elle et mets pied à terre ;
Je lui dis : « Bergère amie,
De bon coeur je me rends à vous :
Faisons de feuilles une cabane,

Et nous nous aimerons gentiment. » Aé !
Seigneur, retirez-vous,
car tel propos j’ai déjà entendu.
Je ne m’abandonne pas
A chacun qui dit : « Viens ça! >.
Ce n’est pas pour votre selle dorée
Que Garinet perdra son bien. » Aé !

« Petite bergère, si cela te plaît,
Dame tu seras d’un château.
Dépouille ta cape grisette,
Revêts ce manteau de vair ;
Ainsi tu ressembleras à la rosette
Qui s’épanouit nouvellement. » Aé !

Sire, voici une belle promesse ;
Mais bien folle est celle qui accepte
Ainsi d’un étranger
Un manteau de vair et une parure,
Si elle ne lui accorde ce qu’il demande
Et ne consent à son désir. » Aé !

« Petite bergère, sur ma foi,
Parce que je te trouve belle,
Dame distinguée, noble et fière,
Si tu veux, je ferai de toi.
Laisse l’amour des garçons,
Et garde-toi toute pour moi. » Aé !

« Sire, paix, je vous prie :
Je n’ai pas le coeur si déchu :
Car j’aime mieux une pauvre joie
Sous le feuillage avec mon ami
Qu’être dame en belle chambre
Et qu’on n’ait cure de moi. » Aé !

(Jean de Brienne)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

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Homonyme (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017




Homonyme

Il y a le vert du cerfeuil
Et il y a le ver de terre.
Il y a l’endroit et l’envers.
L’amoureux qui écrit en vers,
Le verre d’eau plein de lumière,
La fine pantoufle de vair
Et il y a moi, tête en l’air,
Qui dis toujours tout de travers.

(Maurice Carême)

Illustration

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Visite à une maison vide (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Visite à une maison vide

Je suis entré. Des songes m’attendaient,
Poussières et caramel, dans le vestibule,
Et des fantômes gris,
Et des fantômes perles.
La rampe de l’escalier me chuchotait
Milles mains.
Une portes a gémi, gémi
pour me raconter les soupirs
D’une fiancée d’autrefois,
Organdi, libellule, argent,
Bougie rose, valse défunte,
Un cheval noir devant la porte,
Une épée dans les iris noirs.

Je suis entré. Dans cette chambre
Naquirent des enfants légers,
Par des aurores de jasmin,
Par des crépuscules de menthe
Je les vois glisser sur la rampe,
Je les vois danser au matin
Et cueillir des fleurs fraternelles
Et battre des ailes, des ailes
Dans la patience de l’été.

Je suis entré. Les planchers murmuraient
Des sandales et des cothurnes
Le cuir, le cygne, le vair,
Des empreintes d’or et de feu,
Et puis, j’ai vu ces pieds nus,
Cette trace incertaine et certaine,
La poudre infime d’une peine,
Le sillage d’un désespoir,
La caresse d’une espérance
Et quelqu’un s’est mis à chanter
Du haut en bas de la maison.

(Pierre Gamarra)

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J’aime deviner (Pierre Ferran)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2016



Au jeu des couleurs
On se distrayait dans mon âge tendre.
J’ai toujours aimé;
Je ne trouvais pas!

– Cherche un pays bleu.
Je restais muet
– La Prusse… Cite des yeux vairs.
Je ne disais mot
On me répondait:
L’un mordoré, l’autre lilas!

Au jeu des couleurs
veux-tu que l’on joue?
Pose tes questions!…

– Mes prunelles sont
parme ou châtaines?
– Mes cheveux, dis-moi:
Blés mûrs dans les champs?
Aile de corbeau?
– Ma jupe, comment?
Citron? Anthracite? …
Non! Non! celle d’hier:
– Mon amour pour toi:
Amarante? Orange?

Et tu riais fort de mon embarras!

J’aime toujours jouer
au jeu des couleurs
mais je n’en sais qu’une!
Celle de ma peine:
gorge de perdrix
tuée par les chasseurs…

(Pierre Ferran)

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