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Poésie

Posts Tagged ‘valeur’

AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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On croit se comprendre ; on ne se comprend jamais ! (Luigi Pirandello)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



communication

Nous avons tous en nous un monde de choses ;
chacun d’entre nous un monde de choses qui lui est propre !
Et comment pouvons-nous nous comprendre, monsieur,
si je donne aux mots que je prononce le sens
et la valeur de ces choses telles qu’elles sont en moi ;
alors que celui qui les écoute les prend inévitablement
dans les sens et avec la valeur qu’ils ont pour lui,
le sens et la valeur de ce monde qu’il a en lui ?
On croit se comprendre ; on ne se comprend jamais !

(Luigi Pirandello)

 

 

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C’était un homme d’une grande bonté (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Gaspard

La floraison du bâton

[39]
C’était un homme d’une grande bonté
et il avait d’innombrables enfants,

mais il n’était pas Abraham revenu ;
il était Kaspar le Magian ;

il dit je suis Kaspar,
car il lui fallait se tenir à quelque chose ;

je suis Kaspar, dit-il quand une mince jeune fille
qui portait une jarre, lui demanda avec déférence

si elle pouvait la faire descendre dans son puits ;
je suis Kaspar ; si sa tête était voilée

et voilée elle l’était presque toujours,
il se souviendrait, bien que jamais

un instant il n’eût vraiment oublié
la torsion d’un poignet qui nouait un foulard,

la forme safran de la sandale,
les plis de la robe, le drapé du vêtement

quand Marie souleva le loquet et la porte s’entrouvrit,
et la porte se ferma, et il y avait la porte plate

qu’il fixait encore et encore,
comme si la ligne du bois, le bord rugueux

de la surface polie ou brute,
avaient chacun un sens, comme si chaque trace et marque

était un hiéroglyphe, un parchemin d’incroyable valeur
ou une carte de marin.

***

Fie was a very kind man
and he had numberless children,

but he was not Abraham come again;
he was the Magian Kaspar;

he said I am Kaspar,
for he had to hold on to something;

I am Kaspar, he said when a slender girl
holding a jar, asked deferentially

if she might lower it into his well;
I am Kaspar; if her head were veiled

and veiled it almost always would be,
he would remember, though never

for a moment did he quite forget
the turn of a wrist as it fastened a scarf,

the saffron-shape of the sandal,
the pleat of the robe, the fold of the garment

as Mary lifted the latch and the door half-parted,
and the door shut, and there was the flat door

at which he stared and stared,
asif the line of wood, the rough edge

or the polished surface or plain,
were each significant, as if each scratch and mark

were hieroglyph, a parchment of incredible worth
or a mariner’s map.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Gorgée de Vie (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018


La-premiere-gorgee-de-biere

J’ai bu une Gorgée de Vie –
Savez-vous ce que j’ai payé –
Exactement une Existence –
Le prix, ont-ils dit, du marché.

Ils m’ont pesée, grain par grain de Poussière –
Ont mis en balance Peau contre Peau,
Puis m’ont donné la valeur de mon Etre –
Une unique Goutte de Ciel!

(Emily Dickinson)

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UNE CHOSE TROUBLE… (Pierre Minet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018




    
UNE CHOSE TROUBLE…

Une chose trouble
marque le corps de sa valeur imperceptible,
grandit
vient habiter le tabernacle du regard,
laisse se fondre les plaisirs de l’ œil,
engendre dans le coeur une ligne blanche —
L’affaire naturelle: l’alliage conduit,
chaque mouvement fait languir et renaître:
depuis l’origine
la graduation des silences;
le fol alignement du cœur —
Sur nos deux bouches court le voyageur de l’amour

(Pierre Minet)

 

Recueil: Les poètes du Grand Jeu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA MONTRE EN OR (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



LA MONTRE EN OR

Elle est en or.
Ça lui permet de s’arrêter quand elle veut.
Pensez : une montre en or ne s’arrête pas sans raison.
En général, les montres sont faites pour donner l’heure.
Mais une montre en or existe d’abord pour sa valeur personnelle.
Une heure lui plait, elle la garde.
Elle est en or.

(Norge)

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Amitié (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration
    
Amitié
À Yves Miramont,
à la mémoire de sa mère,

Poète, je t’écris en ce jour de malheur,
Je t’écris ma plus belle page
Pour te dire que je partage
Ta douleur.

Ma poésie, hélas ! n’a pas grande valeur.
Mais tu lui ouvriras ta porte,
Car d’un ami elle t’apporte
Le coeur.

Quand on est las, quand on est triste,
Il est doux,
Il est doux de savoir qu’il existe
Un vieil ami qui pense à vous.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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L’artiste (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018




L’artiste

J’aime toucher le buste de marbre
Et sentir palpiter sous son sein
Le travail et le dessein
De la main du sculpteur …

J’aime lire le poème
Et entendre la voix de l’écrivain
J’aime la vertu de ces qualités d’antan
Perpétuées au fil des ans…

J’aime la valeur
Des choses immatérielles,
De ce qui a des ailes
Et sait toucher mon cœur.

(Mireille Gaglio)

Illustration: Auguste Rodin

 

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Le joyau (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Quand le joyau était à moi
j’ignorais sa valeur,
quand le joyau devint à l’autre
le chagrin monta, étreindre mon cœur!

(Tshanyang Gyatsho)

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Dans le ciel du néant avec presque rien (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Dans le ciel du néant avec presque rien

Par le trou de la serrure je guette la vie
je l’espionne pour comprendre
pourquoi c’est toujours elle qui gagne
tandis que nous perdons tous.
Pourquoi toutes les valeurs naissent et s’imposent
à ce qui pourrit d’abord :
le corps.
Je meurs en esprit sans trace de maladie
je vis sans nul besoin d’encouragement
je respire que je sois près ou loin
de ce qu’on touche
de chaud, qui embrase…
Je me demande quels autres arrangements
la vie va inventer
entre la débâcle d’une disparition définitive
et le miracle de l’immortalité chaque jour.
Je dois ma sagesse à la peur :
je jette
pétales, soupirs, nuances.
L’air, la terre, les racines je les garde –
je veux lâcher le superflu
pour entrer dans le ciel du néant
avec presque rien.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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