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Poésie

Posts Tagged ‘vanité’

Je ne perdrai pas le fil (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration: Leslie Allen
    
Je ne perdrai pas le fil le filament
étoile filante couleur de safran
là-bas au-dessus du lac de sel blanc

Malgré les paysages dévastés
et les arbres morts d’avoir mal aimé
à force de confondre coeur et vanité

Je garde le fil le filament
étoile filante couleur de safran
à travers les ronces du sentiment

Même si je perds ma raison mes sens
je suivrai le fil en silence
étoile filante couleur de l’absence

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le cageot (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
Le cageot

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot,
simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits
qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu’au terme de son usage
il puisse être brisé sans effort,
il ne sert pas deux fois.

Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées
fondantes ou nuageuses qu’il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles,
il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc.

Tout neuf encore, et légèrement ahuri
d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour,
cet objet est en somme des plus sympathiques
– sur le sort duquel il convient toutefois
de ne s’appesantir longuement.

(Francis Ponge)

 

Recueil: Le Parti pris des choses
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA TOUR L’HIVER (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




    
LA TOUR L’HIVER

La tour pâlit sous la neige
et sur les statistiques il tombe des flocons
malgré la vanité de la chose
je cherche à comprendre pourquoi

pourquoi

pourquoi tout cela n’est pas noir, bien noir

à peine un peu gris

(Raymond Queneau)

 

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LA MORT PARLE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



LA MORT PARLE

Quand, par l’inquiétude vaincu,
Dans l’angoisse devenu fou,
Il désapprend à glorifier Dieu
Et des chants profanes se met à chanter.

Et puis, saisi de stupeur,
Soudain, il recouvre la vue,
Et l’essaim confus des visions d’antan
Le poursuit encore par moment.

Epuisé, il perd la juvénile
Ardeur de son jeune temps,
La vanité des souvenirs sacrés
Se lève devant lui lentement.

Il ne croit plus à rien,
Il ne cherche plus qu’à se leurrer,
Et, de lui-même, vers ma porte bienheureuse,
Mollement, il cherche le chemin.

Il a bien assez glorifié Dieu ;
Il n’est plus une voix, mais un gémissement :
Je lui ouvrirai. Mais encore un peu
Qu’il souffre donc auparavant !

(Alexandre Blok)

 

 

 

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Et s’il ne fallait plus rien dire (Mathieu Brosseau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
Et s’il ne fallait plus rien dire que les signes sans trace
Seuls les signes dissimulent
Eux seuls percent la vie d’une seconde vie

Seuls les signes forcent l’existence
Il n’y a pas d’art, seule vanité
Les moustaches du rat le disent
Contre la paroi, bien avant, seul,

Mer, le mouvement est en contre-jour,
Seul, la perle me figure, poussée contre,
L’effort dit bien qu’il ne faut plus rien dire que l’étreinte
L’effort dit bien qu’il n’y a plus de lieu sous la paroi
Et je vois l’absence à reculons.

[…]

Et s’il ne fallait plus dire
Que les signes du silence

[…]

Et s’il fallait dire l’absence
Quels seraient les signes du silence ?

(Mathieu Brosseau)

 

Recueil: L’espèce
Traduction:
Editions: Mots Tessons

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SEIGNEUR (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



SEIGNEUR

Seigneur si je me trompe et si je mens,
Si ce que j’ai nommé votre vérité
N’est qu’un nouveau chemin de vanité,
Si l’immense plénitude que je ressens,
Si l’harmonie qui partout déborde,
Si la sensation de force et de pureté
Sont les mots des autres et mon confort,
Si je me suis trompée dans ma seule certitude,
Envoyez vos anges déchirer
En lambeaux mon être
Et que j’aille abandonnée
Souffrir par les chemins.

***

SENHOR

Senhor se eu me engano e minto,
Se aquilo a que chamei a vossa verdade
É apenas um novo caminho da vaidade,
Se a plenitude imensa que em mim sinto,
Se a harmonia de tudo a transbordar,
Se a sensação de força e de pureza
Sao a literatura alheia e o meu bem-estar,
Se me enganei na minha única certeza,
Mandai os vossos anjos rasgar
Em pedaços o meu ser
E que eu vá abandonada
Pelos caminhos a sofrer.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: William Blake

 

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Lettre à Louise Colet (Gustave Flaubert)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

Lettre à Louise Colet

Toi, je t’aime comme je n’ai jamais aimé et comme je n’aimerai pas.
Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre.

C’est quelque chose de mélangé et de profond,
quelque chose qui me tient par tous les bouts,
qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités.

Ta réalité y disparaît presque.
Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi,
je te vois souvent avec d’autres costumes que les tiens?

L’idée que tu es ma maîtresse me vient rarement,
ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela.

Je contemple (comme si je la voyais)
ta figure tout éclairée de joie,
quand je lis tes vers en t’admirant,
alors qu’elle prend une expression radieuse d’idéal,
d’orgueil et d’attendrissement.

Si je pense à toi au lit, c’est étendue,
un bras replié, toute nue,
une boucle plus haute que l’autre,
et regardant le plafond.

Il me semble que tu peux vieillir,
enlaidir même
et que rien ne te changera.

(Extrait de lettre du 21 ao0t 1853)

(Gustave Flaubert)

 

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TOUS CEUX QUI TE CHERCHENT… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Carolus Duran solitude

TOUS CEUX QUI TE CHERCHENT…

Tous ceux qui te cherchent t’essaient
et ceux qui te trouvent te lient
à l’image et au geste.

Je veux, moi, te comprendre
comme la terre te comprend;
en mûrissant,
je fais mûrir ton règne.

Je ne réclame aucune vanité
qui te démontre.
Le temps, je le sais,
ne porte pas ton nom.

Ne fais nul miracle pour moi.
Donne raison à tes lois
qui d’âge en âge
montrent mieux leur visage.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Carolus Duran

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Maturité (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Maturité

Je suis la rampe de mes chemins de fer
je conduis mes trains vers la lumière
chassant mes vanités de vitriol
les moutons noirs au golfe de l’esprit

(Gemma Tremblay)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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LE RAT ET L’ELÉPHANT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE RAT ET L’ELÉPHANT

Se croire un personnage est fort commun en France.
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois :
C’est proprement le mal François.
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière.
Leur orgueil me semble en un mot
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre
Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un Rat des plus petits voyait un Eléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une Sultane de renom,
Son Chien, son Chat et sa Guenon,
Son Perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les Eléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un Rat n’est pas un Eléphant.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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