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Posts Tagged ‘vapeur’

Coquelicots en juillet (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022




    
Coquelicots en juillet

Petits coquelicots, petites flammes d’enfer,
Vous ne faites pas mal ?

Vous tremblez. Je ne sais pas vous toucher.
Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

Et cela m’épuise de vous regarder
Trembler comme ça, rouge vif et froissés comme une bouche.

Une bouche que l’on vient d’ensanglanter.
Oh petites jupes sanglantes !

Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
Où est votre opium, où sont vos capsules écoeurantes ?

Si je pouvais saigner, ou dormir ! –
Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

Ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
Une stupeur, un apaisement.

Mais pas de couleur. Pas de couleur.

(Sylvia Plath)

Recueil: Ariel
Traduction: Valérie Rouzeau
Editions: Gallimard

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Je regardais, au bord de la Néva (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2021




    
Je regardais, au bord de la Néva,
Dans les vapeurs d’une brume glacée,
Resplendir la coupole dorée
Du grand géant Saint-Isaac.

Timidement les nuages se levaient
Sur le ciel nocturne, hivernal,
Dans un silence de mort le fleuve pâle
Luisait de ses eaux gelées.

Et j’ai songé, triste et silencieux,
Qu’en des pays de soleil brûlant,
La baie de Gênes en cet instant
Flamboyait de tous ses feux.

O toi, Nord, Nord-sorcier,
Suis-je donc par toi envoûté ?
Ou suis-je vraiment enchaîné
Au froid granit de tes contrées ?

Ah, si un souffle, en passant,
Doucement dans le soir incertain,
M’emportait, m’emportait au loin,
Là-bas, là-bas, vers le Sud brûlant…

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

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Je suis en quête (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2021



Je suis en quête

J’écarte les vapeurs du matin
Pour étreindre des couleurs
Et entendre les accords
D’une musique inaudible.

Le feu s’évapore
Et la sève s’élève
Secoué par des doigts invisibles
Le diapason de la pluie
Scande le rythme de vivre.

J’entre par effraction
Dans ce lieu et connais
Des après-midi secrets
Faits de rires et de caresses
Où j’oublie tout car pour moi
S’est tu l’écho des jours anciens

Je vis hors de l’espace et du temps

Un soupçon de clarté
Se glisse dans la chambre
Et une pointe d’ombre
Se pose sur ton épaule
Je me blottis entre tes bras
Pour mettre mon coeur à l’abri

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zhaoming Wu

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Cheval feuille après feuille (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
Cheval feuille après feuille,
cheval pour jouer, lire, écrire la terre
où tu as planté ta stature,
force du corps entier s’ouvrant au vent.

Cheval de terre prêt à être monté, mais
toujours tu fuis vers le diamant dans le
paysage incrusté, haleine enflammée d’un
animal, là-bas, au coeur de toute plaine.

Les membres invisibles, couleur
fauve, la vapeur des herbes se dissipe
et des naseaux, entier, en alerte le feu
jaillit vers les maisons désertes.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Quand tu viendras me voir (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



quand tu viendras me voir
dans les vapeurs du soir
qui troublent le miroir

quand tu viendras me voir
marchant sur le trottoir
dans ton vêtement noir

quand tu viendras me voir
pour me redonner l’espoir
de revivre ce soir

quand tu viendras me voir
tu sais qu’il peut pleuvoir
et évite de violemment choir

quand tu viendras me voir
n’oublie pas ton mouchoir
tout au fond d’un tiroir

car en venant me voir
tu pourrais t’émouvoir
et pleurer sans le vouloir.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Gabriel Domergue

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Assis, les pieds pendants (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021



Illustration: Frans Masereel
    
Assis, les pieds pendants, sous l’arche du vieux pont,
Et sourd aux bruits lointains à qui l’écho répond,
Le pêcheur suit des yeux le petit flotteur rouge.
L’eau du fleuve pétille au soleil. Rien ne bouge.
Le liège soudain fait un plongeon trompeur,
La ligne saute. – Avec un hoquet de vapeur
Passe un joyeux bateau tout pavoisé d’ombrelles ;
Et, tandis que les flots apaisent leurs querelles,
L’homme, un instant tiré de son rêve engourdi,
Met une amorce neuve et songe : – Il est midi.

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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Je me rappelle fort bien une autre jeune fille (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020



    

Je me rappelle fort bien une autre jeune fille
[…]
Mais il me paraît si invraisemblable
que j’aie pu être cette petite Resi
et que je serai un jour une vieille femme.
[…]
Comment ces choses-là arrivent-elles ?
Comment le bon Dieu peut-Il faire cela ?
Alors que moi, je reste toujours la même.
Et s’il faut qu’il agisse ainsi, pourquoi me laisse-t-Il le voir en spectatrice,
avec une aussi nette perception ? Pourquoi ne me le cache-t-Il pas ?
Tout cela est mystérieux, si profondément mystérieux
[…]
Je suis d’une humeur où je ressens très fortement
la fragilité de toutes les choses de ce monde.
Je sens jusqu’au fond du coeur, que l’on ne doit rien garder,
que l’on ne peut rien saisir, que tout nous coule entre les doigts,
que tout ce que nous cherchons à prendre se dissout,
que tout s’évanouit comme une vapeur ou un rêve.
[…]
Le temps, c’est une chose étrange.
Tant qu’on se laisse vivre, il ne signifie absolument rien du tout.
Et puis, brusquement,
on n’est plus conscient de rien d’autre.
Il est tout autour de nous. Il est même en nous.
Il ruisselle sur nos visages, il ruisselle sur le miroir,
il coule entre mes tempes.
Et, entre toi et moi,
il coule encore, sans bruit, comme un sablier.
Oh, Quinquin ! Parfois, je l’entends qui coule— irrémédiablement.
Parfois, je me lève, au milieu de la nuit
et j’arrête toutes les pendules, toutes.

(Hugo von Hofmannsthal)

    

Recueil: Le chevalier à la rose
Traduction:
Editions:

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SONNET DES VAINS SOUVENIRS (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020




    
SONNET DES VAINS SOUVENIRS

Souvenirs, Souvenirs, tristes spectres des choses,
Sans étoffes de chair que vous voilà déchus!
Avec quelle rigueur me paraissent recluses
Vos formes de brouillard dans les registres clos!

Des vers inconsistants, d’insaisissables proses
Rendront-ils leur substance à vos êtres abstrus?
Aux implacables dieux, aux intraitables Muses,
Je réclame des corps et n’obtiens que des mots.

Ombres des jours perdus, par les Champs-Elysées
Vous avez beau mener vos mornes thalysies,
Vous avez beau vous tordre en un bal éploré.

Lorsque de nos amours nos mains sont dessaisies,
Vos ouates de vapeur, vos gazes irisées
Ne sont qu’un mince emplâtre au coeur endolori.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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C’était un soir de féeries (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020


 


Albert Lichten (12) [1280x768]

 

C’était un soir de féeries,
De vapeurs enrubannées,
De mauve tendre aux prairies,
En la plus belle de tes années,

Et tu disais — écho de mon âme profonde, —
Sous l’auréole qui te sacre blonde
Et dans le froissement rythmique de soies :
« Tout est triste de joies ;
Quel deuil emplit le monde ?
Tout s’attriste de joies ».

Et je t’ai répondu, ce soir de féeries
Et de vapeurs enrubannées :
« C’est qu’en le lourd arôme estival des prairies,
Seconde à seconde,
S’effeuille la plus belle de tes années ;
Un deuil d’amour est sur le monde
De toutes les heures sonnées ».

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Albert Lichten

 

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Ce que dit la bouche d’ombre (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2020



 

Illustration: Josephine Wall
    
Ce que dit la bouche d’ombre

Tout parle, l’air qui passe et l’alcyon qui vogue,
Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément.
T’imaginais-tu donc l’univers autrement ?
Crois-tu que Dieu, par qui la forme sort du nombre,
Aurait fait à jamais sonner la forêt sombre,
L’orage, le torrent roulant de noirs limons,
Le rocher dans les flots, la bête dans les monts,
La mouche, le buisson, la ronce où croît la mûre,
Et qu’il n’aurait rien mis dans l’éternel murmure ?
Crois-tu que l’eau du fleuve et les arbres des bois,
S’ils n’avaient rien à dire, élèveraient la voix ?
Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?
Crois-tu que l’océan, qui se gonfle et qui lutte,
Serait content d’ouvrir sa gueule jour et nuit
Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit,

Et qu’il voudrait rugir, sous l’ouragan qui vole,
Si son rugissement n’était une parole ?
Crois-tu que le tombeau, d’herbe et de nuit vêtu,
Ne soit rien qu’un silence ? et te figures-tu
Que la création profonde, qui compose
Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,
De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,
Ne sait ce qu’elle dit quand elle parle à Dieu ?
Crois-tu qu’elle ne soit qu’une langue épaissie ?
Crois-tu que la nature énorme balbutie,
Et que Dieu se serait, dans son immensité,
Donné pour tout plaisir, pendant l’éternité,
D’entendre bégayer une sourde-muette ?
Non, l’abîme est un prêtre et l’ombre est un poëte ;
Non, tout est une voix et tout est un parfum ;
Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ;
Une pensée emplit le tumulte superbe.
Dieu n’a pas fait un bruit sans y mêler le verbe.
Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;
Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Ecoute bien. C’est que vents, ondes, flammes
Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

Tout est plein d’âmes.

(Victor Hugo)

 

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