Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vaporeux’

La lumière universelle (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



    La lumière universelle
Tire du ciel vaporeux
D’immuables étincelles
Pour les déserts bienheureux
Par une splendeur seconde
Le ciel tranquille féconde
Toutes les formes du jour
L’arbre éclate, se balance
Et jusque dans le silence
Remue un sonore amour

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Suite ininterrompue… (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Suite ininterrompue…

Le ciel ouvre son oeil-de-boeuf
Derrière lequel le soleil gesticule dans des contrées de bruine
Je regarde déguerpir le paysage et se dissiper le clocher
Je découvre le port sous le soleil laiteux d’un ciel nébuleux
Où les mouettes ricanent au-dessus du lancinant tangage des barques
Je parcours ces grèves grises d’herbe salée
Le long de rus obscurs
Jusqu’à cet horizon hermétique
De terres sans fin

Une meute de nuages assaille le rivage salutaire
Je guette une éclaircie pour découvrir des dunes indolentes
Que frôlent d’infimes faisceaux de lumière opaline

À travers un ciel vaporeux
Je pénètre au cœur des forêts clémentes sous de sombres futaies
Où la végétation étouffe le sol

Jour neige ou jour pluie en absence de soleil
Gouttes ou flocons léthargiques et légers
Qui se précipitent et s’alourdissent
Sur la campagne désolée

Les oiseaux s’enfuient
L’eau galope dans les rigoles
L’éclat tendre de l’aube tarde
Au début de cet instant
J’en vis la fraîcheur

J’accompagne l’onde dans la clarté fauve du midi
Jusqu’à cette brume bleue sur la mer
À travers ce bosquet enveloppé de vapeur
Sur ce mystérieux sentier de sable

Je découvre les coloris qu’arborent les parfums
Un brisant d’écume aux arêtes marquées
D’un vert qui est celui d’une vague sertie
Dans une émeraude de la plus belle eau

(Jean-Baptiste Besnard)

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L’Horloge (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



L’Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

(Charles Baudelaire)

 

 

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Mais (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Un jardin en délire
Rires vaporeux
Baisers qu’on ne refuse pas sous la tonnelle
Nous nous réfugions sous les feuillages sombres
En portant le masque de la nuit
Nous nous unissons dans notre différence et sommes passion
Mais tu seras trahison et je serai souffrance.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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Le paysage (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



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Le paysage

L’horizon, surligné d’accents vaporeux,
semble écrit en petits caractères,
d’une encre plus ou moins pâle selon les jeux de lumière.
De ce qui est plus proche je ne jouis plus que comme d’un tableau,
De ce qui est encore plus proche que comme de sculptures, ou architectures,
Puis de la réalité même des choses jusqu’à mes genoux,
comme d’aliments, avec une sensation de véritable indigestion,
Jusqu’à ce qu’enfin, dans mon corps tout s’engouffre
et s’envole par la tête, comme par une cheminée qui débouche en plein ciel.

(Francis Ponge)

Illustration

 

 

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Un halo vaporeux (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration: Waldyslaw Slewinski
    
Un halo vaporeux trouble
le corps de la femme assoupie
et de la granulation de la pénombre
paraît émaner le grain de sa peau
sur le parquet flotte la lueur
de ses souliers vernis

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Pascal Baudot
    
POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS

Pour un temps, pour un petit temps,
De la foule et du bruit gardée,
Je puis chanter, je puis sourire :
Pour un petit temps j’ai congé!

Où iras-tu, coeur harassé?
Oh! plus d’une terre t’invite,
Là-bas comme iei, plus d’un gîte
Te promet repos, front lassé.

Je sais, parmi d’âpres collines,
Un vallon où hurle l’hiver,
Mais où, dans la froidure, brille
Une réchauffante lumière.

Ce n’est, sous un brouillard sans lune,
Qu’un vieux toit flanqué d’arbres nus,
Mais qu’est-il de plus cher au monde
Que le foyer qu’on a perdu?

L’oiseau muet perché sur la pierre,
Le mur que la mousse verdit,
L’allée où foisonne l’ortie,
Combien, ô combien je les aime!

Les rejoindrai-je? Ou chercherai-je
Un climat autre, un autre ciel
Pour la musique familière
D’un parler cher au souvenir?

Comme je rêvais, s’évanouirent
Le feu vacillant, les murs nus :
Après la pénombre lugubre,
Un jour radieux m’apparut.

Verdoyant, un sentier désert
Débouchait sur un vaste herbage
Que des monts vaporeux, bleuâtres,
Cernaient là-bas de toutes parts;

Un ciel si limpide, une terre
Si calme, tant de paix dans l’air,
Des moutons sauvages paissant
Pour parfaire l’enchantement —

La scène m’était bien connue,
Et connues toutes, même au loin,
Les pistes qui, sur chaque butte,
Marquaient le passage des daims.

N’y fussé-je restée qu’une heure,
Elle eût valu des jours de peine,
Mais le réel chasse le rêve :
Voici qu’on tire mes verrous.

Tandis que j’étais abîmée
Dans cette extase lumineuse,
Mon heure de paix avait fui
Pour me rendre au poignant souci.

***

A LITTLE WHILE, A LITTLE WHILE

A little while, a little while,
The noisy crowd are barred away;
And I can sing and I can smile
A little while I’ve holiday!

Where wilt thou go, my harassed heart?
Full many a land invites thee now;
And places near and far apart
Have rest for thee, my weary brow.

There is a spot ‘mid barren hills
Where winter howls and driving rain,
But if the dreary tempest chills
There is a light that warms again.

The house is old, the trees are bare
And moonless bends the misty dome,
But what on earth is half so dear,
So longed for as the hearth of home?

The mute birds sitting on the stone,
The dank moss dripping from the wall,
The garden-walk with weeds o’ergrown,
I love them—how I love them all !

Shall I go there? or shall I seek
Another clime, another sky,
Where tongues familiar music speak
In accents dear to memory?

Yet, as I mused, the naked room,
The flickering firelight died away
And from the midst of cheerless gloom
I passed to bright, unclouded day—

A little and a lone green lane
That opened on a common wide;
A distant, dreamy, dim blue chain
Of mountains circling every aide;

A heaven so clear, an earth so calm,
So sweet, so soft, so hushed an air
And, deepening still the dream-like charm,
Wild moor-sheep feeding everywhere—

That was the scene; I knew it well,
I knew the pathways far and near
That winding o’er each billowy swell
Marked out the tracks of wandering deer.

Could I have lingered but an hour
It well had paid a week of toil,
But truth has banished fancy’s power;
I hear my dungeon bars recoil—

Even as I stood with raptured eye
Absorbed in bliss so deep and dear
My hour of rest had fleeted by
And given me back to weary care.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Je suis! (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Je suis!

Je suis – mais qui je suis, nul ne sait ou s’en soucie ;
Mes amis me délaissent tel un souvenir vieux :
De mes propres souffrances je me rassasie-
Elles enflent et meurent dans un essaim oublieux
Comme les ombres de nos affres amoureuses-
Et pourtant je suis et je vis –ballotté, vaporeux,

Dans le vaste néant du mépris et du bruit,
Dans l’océan vivant des rêves éveillés
Sans le moindre bonheur et sans la moindre vie,
Seul le grand naufrage de mes vies estimées ;
Et même les êtres que j’aime, les êtres chers,
Me sont devenus étrangers –et je les perds.

Je rêve de lieux ou nul homme n’a marché,
Où nulle femme encore n’a souri ni pleuré,
Ainsi là avec Dieu, toujours, y demeurer,
Et rêver tel qu’enfant doucement j’ai rêvé,
Serein et calme, couché dans un songe éternel,
L’herbe en dessous –par-dessus, l’arche du ciel.

***

I am!

I am—yet what I am none cares or knows;
My friends forsake me like a memory lost:
I am the self-consumer of my woes—
They rise and vanish in oblivious host,
Like shadows in love’s frenzied stifled throes
And yet I am, and live—like vapours tossed

Into the nothingness of scorn and noise,
Into the living sea of waking dreams,
Where there is neither sense of life or joys,
But the vast shipwreck of my life’s esteems;
Even the dearest that I loved the best
Are strange—nay, rather, stranger than the rest.

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept
There to abide with my Creator, God,
And sleep as I in childhood sweetly slept,
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below—above the vaulted sky.

(John Clare)

 

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L´éternel mirage (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



 

Illustration: Josephine Wall
    
L´éternel mirage

Et le vent coulera parmi les herbes lisses,
Les tiges d’angélique et les brins de mélisse;
La mousse entourera comme un souple linceul
Les vieux rochers et les racines des tilleuls.

Je dormirai dans l’odeur triste des fontaines,
Dont le flot déroulé comme une écharpe traine,
Et je palpiterai aux sanglotants aveux
Que prodigue la brise à leurs bords vaporeux.

Je serai confondue au murmurant cantique
Des sources s’égouttant dans le bois noir, la nuit,
Infiltrant lentement leur âme fluidique
Sous la sombre bruyère où mon âme la suit.

Je serai la fraîcheur tranquille après la pluie
Des troënes et des prèles glacés d’argent,
Le silence attendri, les rayons où s’essuie
La ronce bleue au long des pentes s’effrangeant.

Je serai le reflet qui songe et qui transpose,
Le rêve frissonnant des coudriers sur l’eau,
L’âcreté des bourgeons, le miel sucré des roses,
Le baiser haletant aux lèvres de l’écho.

Je serai le miroir clair à travers l’espace
Et qui saisit parfois au fond du ciel serein
La trace d’une image immense qui s’efface;
Je me tendrai vers toi, ô visage divin.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’isolement (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2017



 

L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis :  » Nulle part le bonheur ne m’attend.  »

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire;
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes voeux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand là feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

(Alphonse de Lamartine)

Illustration

 

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