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Posts Tagged ‘veillée’

La Veillée (Antoine de Bertin)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Domingo Moreno Otero  -fantasia-vespertina-pintores-latinoamericanos-juan-carlos-boveri

La Veillée

J’avais signalé ma tendresse ;
L’Amour applaudissait ; j’étais égal aux dieux.
Accablé de langueurs, de fatigue et d’ivresse :
Entre les bras de ma maîtresse
Le doux sommeil avait fermé mes yeux.
Elle qui n’est plus écolière
Dans l’art qu’elle a, sous moi, naguère commencé,
De sa bouche amoureuse entrouvrit ma paupière,
Et d’un son de voix doux à l’oreille adressé :
« Tu dors, paresseux, me dit-elle ?
Regarde, il n’est pas encor jour.
Tu dors à l’heure la plus belle
Que le cercle des nuits ramène pour l’amour.
Laissons, laissons la diligente aurore
S’arracher, sans pitié, du lit de son amant ;
Jouissons, nous mortels, profitons du moment :
Qui sait, hélas ! demain si nous serons encore !
Viens, je brûle, écartons ces voiles indiscrets !
prends-moi : contre ton sein que je meure enchaînée
Recommençons nos jeux ; invoquons Dionée :
Veillons, tu dormiras après,
Si tu veux, toute la journée.

(Antoine de Bertin)

Illustration: Domingo Moreno Otero

 

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Apparition de la vieille (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020


 

L’escalier craquait sous son pas
son dos ployait
sous la ramée.
C’était la vieillarde ridée
des contes de veillée
à la chaumière intacte.
Parfois elle revient dans la nuit de nos coeurs
couchés dans une ville ardente
son pain a la couleur des siècles
ses escabeaux et ses écuelles
forment le mobilier que gardent
les fins greniers
de nos mémoires.

(Jean Follain)

Illustration

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VEILLÉE (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020



VEILLÉE

Les galets blancs l’ombre du feu la main tendue
Et ce varech qui se consume à mi-paupière
La paix promise un peu de pluie au revers des vagues lointaines
Et les ailes de phare qui battent les guérets
Cet hiver confident des grèves indécises
La nuit qui ne sait rien de nous que notre attente
Et ce lent lent soupir entre les feuilles mortes là-haut…

Vous coquillages patients braises
Accueillez-moi Je n’ai plus rien
Ce frissonnant lambeau d’étoiles
chantantes et toi regard d’avant-midi
que la longue plainte monotone
sur mes épaules
De pèlerin fourbu des tendres nulle part.

(René Guyomard)

 

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La pauvre fille (Alexandre Soumet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
La pauvre fille

« Oh! pourquoi n’ai-je pas de mère?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau
Dont le nid se balance aux branches de l’ormeau?
Rien ne m’appartient sur la terre;
Je n’eus pas même de berceau,
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre
Devant l’église du hameau.

Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j’ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m’appellent jamais leur soeur!
Je ne partage pas les jeux de la Veillée;
Jamais sous son toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m’invite à m’asseoir;
Et de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille,
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j’adresse mes pas,
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois point étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas!

Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs;
J’y cherche la trace des pleurs
Qu’en n’y laissant peut-être y répandit ma mère.
Souvent aussi mes pas errants
Parcourent des tombeaux l’asile solitaire,
Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents.
La pauvre fille est sans parents
Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.
J’ai pleuré quatorze printemps
Loin des bras qui m’ont repoussée
Reviens, ma mère, je t’attends
Sur la pierre où tu m’as laissée! »

(Alexandre Soumet)

 

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Viens, forêt! (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2019



 

Christian Deberdt (14)

Viens, forêt!

Une dame tout encombrée d’elle-même,
mon Dieu, délivre-moi de celle-là.
Et des veillées funèbres
aux corps barricadés de projets
et des frontières barbelées
des quartiers moraux. J’en perds le souffle,
mon Dieu, fais-leur voir, détruis les jardinets
soignés et superfleuris. Viens, forêt!

(Patrizia Cavalli)

Illustration: Christian Deberdt

 

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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant :  » D’où sommes-nous venus ?  »
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor :  » Non, tout n’est pas malheur !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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NUIT DE PLUIE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




    
NUIT DE PLUIE
Badalratri

Chant
Connais-tu ma peine
la connais-tu ô ami
mon très lointain ami —
en cette nuit de ténèbres éblouie d’éclairs
mon coeur tressaille par nuées et vents
ô ami, le sais-tu seulement!
mon ardente veillée de douleur ma nuit
se passeront-elles en vain!

ô ami, mon ami si lointain,
te souvient-il du brin de malati
que sous ma porte tu plantas
le vent de pluie l’a fait fleurir
de sa verte main —
ô ami, le sais-tu seulement ?

La vînâ que tu accordas jadis
est en pleurs dans mes bras aujourd’hui,
le sais-tu seulement mon ami!
elle est à toi cette vînâ,
l’aurais-tu oubliée ô ami,
mon très lointain ami!

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

    

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Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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LA VEILLÉE FUNÈBRE (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



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LA VEILLÉE FUNÈBRE

On ne fait pas de bruit
dans la chambre des morts :
on lève la bougie
et les voit s’éloigner.

J’élève un peu la voix
sur le seuil de la porte
et je dis quelques mots
pour éclairer leur route.

Mais ceux qui ont prié
même de sous la neige,
l’oiseau du petit jour
vient leur voix relayer.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Edvard Munch

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