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Poésie

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LES VEINES DU TEMPS (Maria Mistrioti)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2019



Illustration: Georgis Mistriotis
    
LES VEINES DU TEMPS

Parfois je pense
que les trains de nuit ne sont jamais passés
ces trains qui négligeaient les petites villes
les signaux désespérés
des veilleurs de nuit aux dos courbés.
Je pense
que jamais nous n’avons voyagé ensemble
de l’Ionie vers Croton, vers Tarente.
De l’autre côté de la destruction de paysages de rêve,
de l’autre côté des couleurs plastique
de l’autre côté des sentiers brisés
je t’attends.

(Maria Mistrioti)

 

Recueil: Ithaca 593
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Editions: POINTS

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C’EST À DIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Fernand Dubuis

    
C’EST À DIRE
(Le bruit qui n’est pas entendu)

Pour Fernand Dubuis, qui a enrichi ce texte de couleurs rares aux harmonies inattendues.

Au tournant du verbe
accablé de masques
dont l’être intermittent
parfois surgit
lampe éphémère
pour que renaissent
les ténèbres
en vain refoulées
parfois plonge à l’oubli définitif
recours
depuis l’origine inconnue
jusqu’au-delà du futur
où tant de douleurs
enfin pétrifiées seront
c’est-à-dire
ne seront plus
voici pour le veilleur
ensommeillé
l’écho qui s’interroge
au-dehors sans répondre
le sifflement de l’ennemi
sous la porte
peut-être la clé
perdue
ou du moins ce mince fil
conducteur de vocables
mais pour qui mais pourquoi
s’il n’est rien
s’il s’enroule inutile
à l’index
ou s’il
retentit solitaire
ou s’il est incapable
de révéler autre chose
que sur le sol
à l’ombre de l’été
ce peu de traces
d’un passage
ou le bruit qui n’est pas entendu
ou les couleurs légères
de l’averse que le soleil
dispense à l’ennui
du littoral
lorsque tout espoir
et tout mal
évanouis
le sable
entonne le tumulte
les cris les rires
la blessure
et le silence même
dans une tête
aux dents serrées
inutile témoin
sur l’astre feu
lentement refroidi
d’être là
et ainsi et ainsi
et toujours
et si vous voulez
que je m’arrête
donnez-moi le mot
sinon— sans fin

je continue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laylâ (Majnûn)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
Laylâ m’avait prié,
aux soins d’un messager,
De la voir en secret,
au plus fort de la nuit.
J’allai, malgré ma peur,
tout à me protéger,
A guetter les méchants,
veilleurs ou endormis,
Cette nuit, notre nuit,
rien ne vint la troubler…

(Majnûn)

 

Recueil: Le fou de Laylâ
Traduction:
Editions:

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Kaspar (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Albrecht Durer - Les rois mages [800x600]

La floraison du bâton

[41]
Personne ne saura jamais comment cela se fit,
mais nous avons le droit de nous demander

si cela n’avait pas un rapport
avec le voeu qu’il avait fait —

eh bien, pas exactement un voeu,
une idée, un souhait, une lubie, peut-être une prémonition,

cette prémonition, nous la connaissons tous,
c’est arrivé auparavant ailleurs,

ou cela arrivera encore — où ? quand ?
car, en posant sa jarre sur le sol de l’étable,

il se souvint du vieil Azar… le vieil Azar
lui avait souvent dit que, au moment des pluies soudaines d’hiver,

après la sécheresse mémorable d’automne,
les arbres avaient été déchirés et tués,

quand le gel brutal était venu ;
mais Azar mourut quand Kaspar était encore jeune,

et si le récit d’Azar faisait référence
à l’année de la production de myrrhe,

distillée dans cette même jarre,
ou à une autre — Kaspar ne s’en souvenait pas ;

mais Kaspar pensait, il y avait toujours deux jarres,
les deux étaient toujours ensemble,

pour quoi n’ai-je apporté les deux ?
ou aurais-je dû choisir l’autre ?

car Kaspar se rappelait le vieil, vieil Azar marmonnant,
autres temps et meilleures manières, et on avait toujours soutenu

qu’une jarre était meilleure que l’autre,
mais il grommelait et secouait la tête,

personne ne savait laquelle était la bonne
maintenant que ton arrière grand-père est mort.

[42]
Ce n’était qu’une pensée,
un jour j’apporterai l’autre,

en posant la jarre
sur le sol de l’étable à boeufs ;

Balthasar avait offert le baume d’aspic,
Melchior les anneaux d’or ;

ils étaient tous deux un peu plus âgés que Kaspar
et il s’était donc tenu un peu à l’écart,

comme si son présent était une idée de dernière minute
et ne pouvait être comparé aux leurs ;

quand Balthasar poussa la porte ou le portail
de l’étable, un berger se trouvait là,

plutôt — une sorte de berger, un homme âgé avec un bâton,
peut-être une sorte de veilleur de nuit ;

comme Balthasar hésitait, il dit, Sire,
je crains qu’il n’y ait pas de place à l’Auberge,

comme pour leur éviter d’entrer plus loin,
en demandant peut-être où faire dormir

leurs bêtes de grande valeur ; mais Balthasar
salua la courtoisie paisible de l’homme

et continua ; et Balthasar entra dans l’étable à boeufs,
et Balthasar toucha son front et sa poitrine,

comme il le faisait aux côtés du Grand-Prêtre
devant la Présence-Sacrée-Manifeste ;

et Balthasar prononça le Grand Mot,
et Balthasar se courba, comme si le poids de cet honneur

le ployait, comme saisi
par sa Grâce écrasante,

et Balthasar fit un pas de côté
et Melchior prit sa place.

Et Melchior fit des gestes avec ses mains
comme pour danser ou jouer,

pour montrer sans parler, son peu de mérite,
pour indiquer que ceci, son présent, était symbolique,

sans valeur en soi (ces lourds anneaux d’or),
et Melchior se courba et baisa la terre, sans voix,

car c’était là le rituel
du deuxième ordre des prêtres.

Et Kaspar se tenait un peu de côté
tel un acolyte insignifiant,

et posa son présent
un peu à l’écart des autres,

pour montrer par déduction
son insignifiance en comparaison ;

et Kaspar, debout,
n’inclina qu’à peine la tête,

comme pour montrer,
par respect pour les autres,

plus âgés, extrêmement honorés,
que sa part dans ce rituel

était presque négligeable,
car les autres s’étaient courbés très bas.

***

No one will know exactly how it came about,
but we are permitted to wonder

if it had possibly something to do
with the vow he had made—

well, it wasn’t exactly a vow,
an idea, a wish, a whim, a premonition perhaps,

that premonition we all know,
this has happened before somewhere else,

or this will happen again—where? when?
for, as he placed his jar on the stable-floor,

he remembered old Azar … old Azar
had often told how, in the time of the sudden winter-rain,

after the memorable autumn-drought,
the trees were mortally torn,

when the sudden frost came;
but Azar died while Kaspar was still a lad,

and whether Azar’s tale referred
to the year of the yield of myrrh,

distilled in this very jar,
or another—Kaspar could not remember;

but Kaspar thought, there were always two jars,
the two were always together,

why didn’t I bring both?
or should I have chosen the other?

for Kaspar remembered old, old Azar muttering,
other days and better ways, and it was always maintained

that one jar was better than the other,
but he grumbled and shook his head,

no one can tell which is which,
now your great-grandfather is dead.

It was only a thought,
someday I will bring the other,

as he placed his jar
on the floor of the ox-stall;

Balthasar had offered the spikenard,
Melchior, the rings of gold;

they were both somewhat older than Kaspar
so he stood a little apart,

as if his gift were an after-thought,
not to be compared with theirs;

when Balthasar had pushed open the stable-door
or gate, a shepherd was standing there,

well—a sort of shepherd, an older man with a staff,
perhaps a sort of night-watchman;

as Balthasar hesitated, he said, Sir,
I am afraid there is no room at the Inn,

as if to save them the trouble of coming further,
inquiring perhaps as to bedding-down

their valuable beasts; but Balthasar
acknowledged the gentle courtesy of the man

and passed on; and Balthasar entered the ox-stall,
and Balthasar touched his forehead and his breast,

as he did at the High Priest’s side
before the Holy-Presence-Manifest;

and Balthasar spoke the Great Word,
and Balthasar bowed, as if the weight of this honour

bent him down, as if over-come
by this overwhelming Grace,

and Balthasar stood aside
and Melchior took his place.

And Melchior made gesture with his hands
as if in a dance or play,

to show without speaking, his unworthiness,
to indicate that this, his gift, was symbolic,

worthless in itself (those weighty rings of gold),
and Melchior bent and kissed the earth, speechless,

for this was the ritual
of the second order of the priests.

And Kaspar stood a little to one side
like an unimportant altar-servant,

and placed his gift
a little apart from the rest,

to show by inference
its unimportance in comparison;

and Kaspar stood
he inclined his head only slightly,

as if to show,
out of respect to the others,

these older, exceedingly honoured ones,
that his part in this ritual

was almost negligible,
for the others had bowed low.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Albrecht Durer

 

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Jadis un coeur battait dans cette poitrine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



 

Dina Shubin  (9) [1280x768]

Jadis un coeur battait dans cette poitrine

Il ne battait que pour elle
Le coeur bat toujours mais on ne sait plus pourquoi

Celui-là a clos ses lèvres à jamais
Il ne dit plus Il ne dira jamais plus
le mot amour

Peut-être le coeur bat -il toujours pour elle
Il bat sûrement encore pour elle
Mais il bat dans le silence

Ce doit être une triste nuit
Que la nuit de celui-là
Qui écoute battre son coeur

Il l’écoute il bat comme aux grands jours
Comme aux jours délicieux
Comme aux jours d’illusion

Mais l’amour n’a plus le droit de se révéler
Par la parole de ce veilleur acharné
Obstiné à aimer et à souffrir

Et si elle aussi a un ooeur
Un soir elle viendra à pas de loup
Fermer ces yeux qui fixent son image dans l’obscurité

Et mettre sur le silence de cet amour
Le silence immense et sifflant du sommeil
Mais alors elle apparaîtra dans un rêve
Et tout sera à recommencer.

(Robert Desnos)

Illustration: Dina Shubin

 

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A cette heure où tout repose (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Volchitza Franz
    
A cette heure où tout repose,
Ô veilleur solitaire des cieux,
N’entends-tu pas le vent de nuit et les soupirs
Des harpes jouant pour qu’Amour ouvre
Les pâles portes de l’aurore?

Quand tout repose, es-tu seul à t’éveiller
Pour entendre les douces harpes
Jouer pour Amour les sentinelles,
Le vent de nuit répondant par antiphones
Jusqu’à ce que la nuit s’achève?

Jouez, invisibles harpes, pour Amour,
Qui siège rougeoyant au ciel
A l’heure où les douces lumières vont et viennent,
Tendre et douce musique dans l’air
Et dessous, sur la terre.

***

At that hour when all things have repose,
O lonely watcher of the skies,
Doyou hear the night wind and the sighs
Of harps playing unto Love to unclose
The pale gates of sunrise?

When all things repose do you alone
Awake to hear the sweet harps play
To Love before him on his way,
And the night wind answering in antiphon
Till night is overgone?

Play on, invisible harps, unto Love,
Whose way in heaven is aglow
At that hour when soft lights come and go,
Soft sweet music in the air above
And in the earth below.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Le sapin (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



sapin

A la modeste peinture de toits et de feuilles
presque immobile dans la lumière, seul il donne de la hauteur.
Sa cime invisible, si je ne me penche à la fenêtre
je pourrais croire qu’elle se perd au ciel.

Arbre blessé où monte une sève inactive il incline lentement ses bras.
Pour qu’encore tu t’élances quand tu ne seras plus,
à l’angle du mur, dans l’ombre que font les touffes pendantes à tes branches,
j’ai planté le sapin qui deviendra ton double.

Pivot des vents, fixe aiguillon des étoiles,
et plus semblable à toi que nos fils à nous mêmes,
il survivra, veilleur noir et clair

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

 

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L’encrier (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



pen

L’encrier

Sur l’encrier une tache de clarté, une lumière douce,
l’ombre de la mémoire passant du veilleur au dormeur.
Quand le jour se lève sur l’encrier condamné au silence,
verrons-nous se dresser des mots non écrits,
des naufragés réclamant le droit de rester les maîtres du clair-obscur ?

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

 

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Arbres (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
à la mémoire de Jean Onimus

Arbres
Soyez
Les obscurs veilleurs
Sous l’écorce des siècles
Le souffle spiralé
Des germinations

Soyez
La cantate rugueuse
Des racines
La voix enfouie qui frémit
Aux fractures des rocs

Arbres
Soyez
Le pleur des ramures d’hiver
Le cri aveugle des bourgeons
Tâtonnant dans leurs songes

Soyez
La louange verticale
La paix ruisselante
Le contre-point d’or et d’ombre
Sous l’immuable clarté

Arbres
Soyez
L’Alleluia feuillu
L’Amen fleuri des cimes
Le Répons murmurant
A la ferveur infuse
Des étoiles.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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Aube (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



    
Aube

L’aube a recommencé
Comme la mer
Il n’y a personne pour regarder
Les vitres closes cachent deux sommeils
L’un et l’autre ont l’épaule qui brille

Il y a quelqu’un
Pour approcher la vitre sans regard
Il y a quelqu’un qui touche du doigt l’aube
Et l’aube recommence dans ces mains avancées

Les oiseaux libres ont fui qui les engendrent
Ils caressent de leur vol doucement tous les hommes
Le veilleur a pris une torche pour entendre
Les cris splendides et vrais au plus haut bord du monde.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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