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Poésie

Posts Tagged ‘veilleur’

Le lierre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Arbreaphotos
Cimetière de Recoleta
    
Le lierre
Dans la Recoleta, Buenos Aires

Mer d’oreilles attentives, que te dit-elle la pierre ?
Tu glisses sur les tombes, tu collectionnes des noms,
tu frissonnes quand le vent de l’été te réveille

pour explorer tes mains et leur ravir les voix
que tu rassembles minutieux, masquant le temps,
veilleur des dialogues et des adieux fiévreux.

Ton rêve solitaire veille sur les tombes
ô origine des langues, ô lierre frémissant
où peu à peu la nuit des morts se réunit —

En vain les jeux de la tempête te réclament ;
les fontaines de lumières et les statues du jour
depuis longtemps t’attendent pour s’offrir dénudées

tandis que toi, reclus, tu habites les stèles.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’ESPÉRANCE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Annagol
    
L’ESPÉRANCE

Craintive amie que l’Espérance;
Assise en dehors de ma geôle,
Elle guettait ma destinée
Comme font les coeurs égoïstes.

Elle était cruelle en sa crainte :
Un morne jour que, pour la voir,
J’épiais entre les barreaux,
Elle détourna le visage!

Faux veilleur faisant fausse garde,
Chuchotant paix quand je luttais,
Chantant si je versais des larmes,
Pour se taire quand j’écoutais!

Fausse, certe, autant qu’implacable :
Mes joies dernières humiliées,
L’Affliction même fut contrite
De voir leurs ruines dispersées.

Mais l’Espérance — dont un souffle
Eût guéri mon dément chagrin —
Gagnant les cieux à tire-d’aile,
S’en fut, et jamais ne revint.

***

HOPE

Hope was but a timid friend;
She sat without my grated den,
Watching how my fate would tend,
Even as selfish-hearted men.

She was cruel in her fear;
Through the bars, one dreary day,
I looked out to see her there,
And she turned her face away!

Like a false guard false watch keeping,
Still in strife she whispered peace;
She would sing while I was weeping;
When I listened, she would cease.

False she was, and unrelenting;
When my last joys strewed the ground,
Even Sorrow saw, repenting,
Those sad relics scattered round;

Hope—whose whisper would have given
Balm to all that frenzied pain—
Stretched her wings and soared to heaven;
Went—and ne’er returned again!

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Qui sommes-nous ? (Zéno Bianu)(André Velter)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




    
Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous vraiment, au plus intime de notre vacillement
Des grains d’étoiles jetés à l’orée du sens et du non-sens ?
De la poussière d’anciennes lunes en éclipse ?
Des copeaux de mémoires qui saignent ?
Des veilleurs aussi silencieux qu’intarissables ?
Des décrypteurs pulsant une même intensité d’altitude ?
Des voltigeurs d’extase ?

Pour celui qui n’a de cesse de recomposer son propre puzzle
en le tendant vers l’infini
le « qui suis-je » n’est plus une simple question,
mais un état, une implosion créatrice, une profession de foi.

Qui suis-je ?

Rien d’autre que le murmure polyphonique de cela.
Une onde en quête de droitures essentielles.

(Zéno Bianu)(André Velter)

 

Recueil: Prendre feu
Editions: Gallimard

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Le veilleur (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration: Julien Dugué
    
Le veilleur

Le vent n’a pas assez traversé assez de pays
Essoufflé d’oiseaux émondé de branches
La vague n’a pas assez roulé
Il manque un grain de sable au désert
Il manque un jour de plus à la terre
Un peu de poids dans le nuage
Encore une ravine au visage
Encore une lettre à l’alphabet

A minuit
Dans les rues désertes si le fantôme mendiant de la neige vient à passer
Ne ferme pas ta porte. Même de lui l’espérance va renaître.
Les rennes dessinés sur les rochers se rassembleront
Et viendront rafraîchir une soif de pierre sur les vitres
Les fleurs de givre donneront enfin des graines.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Préface à l’Amour
Editions: Les cahiers du Sud

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Les paysans dans l’été (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Joseph Matar
    

Les paysans dans l’été sont si sûrs de leurs gestes
qu’il semble que la mort passe auprès d’eux sans les prendre.
Le plus petit ruisseau fait bouger la terre et part
en portant la clarté du jour et le poids des arbres.

Il y a un champ immense de soleil sur les blés
et les sources sont nues jusqu’à la ceinture
et belles de cailloux où la terre vient battre
de tout son coeur plein d’ombre et de lumière.

Il y a des bois clos de silence et de feuilles
qui pèsent sur le monde de toute leur épaule
et qui placés sur l’horizon comme veilleurs
font monter dans le ciel la nuit et les grands vents

les chemins qui contiennent les moissons
tombent des collines sur la grand’route
avec un bruit de voiture et de pas de chevaux
et c’est comme un grand cri qui fait frémir les blés.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il n’y a plus d’ombre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Albert Marquet
    
Il n’y a plus d’ombre écrasée sur la terre
brûlante comme une pierre chauffée de soleil.
Les abois sont plus sourds dans les fermes
qui étouffent dans l’odeur accablante des foins.

L’eau traverse les cailloux trop clairs
qui surgissent là où la clarté fait des trous.
Les sources sont plus profondes dans les vallées
où passe une rumeur d’insectes qui s’assoupissent.

La tête des femmes est douce comme une écume.
Le couchant est si long que la nuit reste claire
au-dessus du ciel qui serre le monde de près
au-dessus des hiboux qui n’osent pas bouger.

Il n’y a pas de veilleur sur la montagne
qui monte seule à la rencontre de la nuit.
Il n’y a plus d’éclair au creux des arbres
d’où l’ombre sort pour couvrir la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le crabe sur le sable (Christiane Burucoa)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Le crabe sur le sable
En connait davantage
Par le flux trop lent de son sang
Par le lacis de ses artères,
Devant l’océan renaissant,
Le veilleur est toujours absent.

(Christiane Burucoa)

 

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Pas de trêve (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



    
Pas de trêve pour les hirondelles,
pour les primevères.
D’elles aussi nous sommes comptables
comme des aveux de la rivière
pour qui l’avenir n’a pas de nom,
pas de place définie.

Nous bivouaquons dans des camps abandonnés.
Nous nous signons avec le sable
et le dernier veilleur affolé par les songes
interroge de loin les choses
dont il a oublié le nom.
Il nous livre soudain la réponse :
nous ne sommes déjà plus là pour l’entendre

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Peut-être qu’au terme du voyage (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



    

Peut-être qu’au terme du voyage
nous pourrons sertir notre corps
d’une lumière sans partage
et que les mots, si blancs soient-ils,
combleront la mémoire
de ceux qui auront résisté
à l’inclémence, à la douleur :
nous en serons les veilleurs
à l’abri dans notre absence.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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