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Poésie

Posts Tagged ‘velouté’

La rose-thé (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




    
La rose-thé

La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche
Qu’aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d’ardeur.

Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.

Comme un teint aristocratique
Noircit les fronts bruns de soleil,
De ses soeurs elle rend rustique
Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s’en joue,
A quelque bal, pour son parfum,
La rapproche de votre joue,
Son frais éclat devient commun.

Il n’est pas de rose assez tendre
Sur la palette du printemps,
Madame, pour oser prétendre
Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale,
Et le sang pur d’un noble coeur
Qui sur la jeunesse s’étale,
De tous les roses est vainqueur !

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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BALLADE DU DERNIER AMOUR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Christian Vernet  paintings-21

BALLADE DU DERNIER AMOUR

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
Je me suis trop hâté de vivre.

Je suis las. Plus d’amour. Je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre

(Charles Cros)

Illustration: Christian Vernet

 

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La Vague (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
La Vague

Il est des mont Fuji montagne Boukornine
fiefs des oiseaux perdus dans les étendues d’eau
Quand la Vague est venue me portant sur son dos
j’ai vu leurs cimes fondre sous l’écume opaline

Des villes ont glissé lumières dans la mer
parcs mairies minarets auxquels manque le son
cyprès au bord des routes et des cimetières
trains de noyés hagards visitant les grands fonds

Moi perchée sur la Vague témoin impuissant
ne sachant s’il fallait plonger ou résister
flairant la mort proche comme un requin du sang
je me surpris soudain à vouloir et lutter

Parlai-je d’aujourd’hui ou d’un hier livide
Trépasser par noyade est la fin redoutée
des Naïades hantant les Golfes veloutés
Vertige inconnu et chute dans le vide

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Par-Delà la Mort persiste le Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Claude Monet  
    
Par-Delà la Mort persiste le Désir

Ô ma Maîtresse morte, aux yeux de pâle azur,
Je te vois dans ton lit que lave la rosée,
Dans ton cercueil fétide où coule un flot impur,
Et sans fin je t’adore, ô chair décomposée.

La nacre des baisers, des longs baisers d’hier,
Donne à ton corps brisé ce bleu de meurtrissure,
Ce vert, ce violet voluptueux et clair.
J’aspire ton parfum d’ombre et de moisissure.

Je te convoite avec des râles et des cris,
Moi qui reviens cueillir sur tes lèvres livides
Ces baisers d’autrefois, empestés et pourris,
T’étreindre et regarder sous tes paupières vides.

Tu m’attends, allongée au fond du soir troublant,
Et je viens m’enivrer de ton affreuse haleine
En me disant : « C’est elle, et voici son cou blanc,
Voici ses clairs cheveux, voici ses mains de reine.

« Que notre solitude est douce, ô mon Désir !
« Quel merveilleux silence où mon sanglot se brise !
« C’est elle que je vois divinement pâlir…
« Voici la nuit d’amour si tendrement promise.

« Quelle nuit de caresse et de fièvre ! Oh ! les seins
« Frais et fleuris, les flancs d’une forme suprême !
« Le velouté du ventre et la rondeur des reins
« La voici tout entière, et telle que je l’aime ! »

« Je suis le Ver qui vit de ton corps bien-aimé,
Qui dans l’ombre a rampé jusqu’à ta froide porte,
Le Ver toujours tenace et toujours affamé,
Dont l’éternel désir se repaît de chair morte.

(Renée Vivien)

 

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MODELE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




    
MODELE

modèle
elle le fut
dans les revues

clin d’oeil velouté
sourires appuyés
plein de sous-entendus

quelques jours je l’ai cru

mais très tôt
tel un oiseau
elle s’est envolée
vers des nuits éthérées

le fil ici s’est rompu

étrange déconvenue
que côtoie l’éphémère
à la dérisoire chimère

a disparu le modèle

plus un mot d’elle

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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LES BAISERS (Alexandre Raymond Banrieu)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2017



Illustration
    
LES BAISERS

Tes baisers sont des perles grises,
enfantées par ta bouche aimée,
des perles qui se frottent l’une contre l’autre
avec un bruissement merveilleux
comme celui de l’eau qui tombe des rochers.

Tes baisers sont des fruits exquis
que j’aime mordre à pleines dents,
des fruits veloutés et savoureux
qui donnent au palais une fraîcheur
semblable à l’eau froide des torrents qui coulent.

Tes baisers sont des gouttes de rosée
qui naissent sur tes lèvres comme sur les pétales d’une fleur,
et dans lesquelles l’amour se reflète
comme le soleil matinal dans l’eau perlée des prairies.

(Alexandre Raymond Banrieu)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Pensée d’amour (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Pensée d’amour

Je pense à ton âme aussi pure qu’elle,
Quand je vois la neige au soleil briller, –
Candeur où la grâce ardente étincelle…
Et j’aime à prier.

Je pense à l’étoile aussi claire qu’elles,
Quand, de leur regard trop longtemps privé,
J’évoque, le soir, tes chères prunelles…
Et j’aime à rêver.

Je pense à la rose aussi douce qu’elle,
Quand un tendre mot, d’amour velouté,
Passe sur ta lèvre et la fait plus belle…
Et j’aime à chanter !

(Albert Lozeau)

 

 

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Portrait (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Portrait

Je ne sais pas ton nom, comtesse ou bien marquise,
Dont le portrait charmant rit dans ce cadre d’or ;
Mais nulle, en sa beauté, n’eut plus de grâce exquise,
Au temps qu’on était jeune et qu’on aimait encor.

Tes cheveux à frimas, où le zéphyr se joue,
Effleurent mollement ton visage vermeil,
Car le pastel du maître a semé sur ta joue
L’incarnat velouté d’une pêche au soleil.

Mille amours sont nichés sous tes narines roses,
Mille autres sont blottis dans tes yeux irisés,
Tandis que Cupidon, sur tes lèvres mi-closes,
Appelle au pâturage un troupeau de baisers.

Et le ruban bleu-ciel, dont ta robe est fermée,
Semble, au long du corsage, étaler à plaisir,
De ta taille divine à ta gorge embaumée,
Une échelle d’azur où monte le désir !…

(Louis Bouilhet)

Illustration: Hyacinthe Rigaud

 

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Un invisible oiseau dans l’air pur a chanté (Cécile Périn)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Un invisible oiseau dans l’air pur a chanté.
Le ciel d’aube est d’un bleu suave et velouté.

C’est le premier oiseau qui s’éveille et qui chante.
Ecoute! Les jardins sont frémissants d’attente.

Ecoute! Un autre nid s’éveille, un autre nid,
Et c’est un pépiement éperdu qui jaillit.

Qui chante le premier? Nul ne le sait. C’est l’aurore.
Comme un abricot mûr le ciel pâli se dore.

Qui chante le premier? Qu’importe On a chanté.
Et c’est un beau matin de l’immortel été.

(Cécile Périn)

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Les rochers incassables (Joyce Mansour)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2016



Les rochers incassables
Que sont mes nuits sans fin
Les marques sur ma peau morne d’inquiétude
Les nez noirs des bouchers emplis de sang frais
Le cri velouté qu’est mon cauchemar quotidien
Qui me saoule et sans appui
Sur l’abîme vertigineux des crachats.

(Joyce Mansour)

 

 

 

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