Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vénérer’

Le Poète (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


boubat-garcon-au-coquillage.1202764244


Je mets d’abord – si tant est que je compte –
Le Poète – Puis le Soleil –
Puis l’Eté – Puis le Ciel de Dieu –
Après quoi – la Liste est close –

Mais, à la réflexion – le Premier semble
Si bien Comprendre le Tout –
Que les Autres font Figure de superflu –
J’écris donc – le Poète – Tout –

Son Eté – dure une Solide Année –
Il peut s’offrir un Soleil
Que l’Est – estimerait exorbitant –
Et si le Futur Ciel –

A la Beauté de celui qu’il prépare
Pour Ceux qui Le vénèrent –
C’est une Grâce plus qu’ardue –
De justifier ce Rêve –

(Emily Dickinson)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La jeune Muse était fidèle (Vassili Joukovski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
La jeune Muse était fidèle
Et me suivait de lieu en lieu.
L’inspiration, toujours nouvelle,
Volait à moi du haut des cieux.
Elle animait de sa lumière
Tous les visages de la vie,
Je lui vouais ma vie entière :
Vivre était vivre en poésie.

Or, aujourd’hui je sens l’absence
De l’être qui m’offrait ces chants,
La harpe dort dans le silence,
Le cœur est lourd et somnolent.
De moi espoir et de mon aide
Saurai-je attendre le retour ;
Ma perte est-elle sans remède,
La voix éteinte pour toujours?

Pourtant, ce que des temps magiques
J’ai su garder jusqu’aujourd’hui,
Les clairs, les sombres, les uniques
Instants vivants des jours enfuis,
Les heurs des songes solitaires,
Sublimes de fragilité,
Je te les offre et te vénère,
O pur génie de la beauté !

Je ne sais pas pour quelle aurore
Peut revenir la poésie,
Mais ton étoile brille encore,
Je te connais, ô pur génie!
Tant que mon âme s’ illumine
De l’approche que je pressens,
Le charme vit, l’heure est divine,
Et le passé est le présent.

(Vassili Joukovski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Durer (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Alexandra Kirievskaya 5 [800x600]

Durer

Tout change, disais-tu.
Je regardais l’abeille
Et la pousse des ongles,
La vague des cheveux.
Tout change, pas le monde.

Surtout ne descends pas
En marche de toi-même
Car tu ne serais plus
Que ces trois grains de sable
Et j’ai besoin de toi.

Dure sois-moi durable,
Ne cherche pas les anges,
Ne prononce aucun nom,
Ne mesure le temps
Qu’au bruit de ta poitrine.

Le vent sème les mots
Dans les têtes friables.
Ils ont tant besoin d’herbe
Et là c’est le désert
Où la beauté s’enlise.

Je vénère et je pleure
Tout ce qui pourrait être :
Le poème fauché
Debout à sa naissance
Par le temps machinal.

Tout change, disais-tu.
Le changement nous reste
Mais si fragile en nous
Qu’il faut dire à nos os
De se cacher longtemps.

(Robert Sabatier)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cuisses (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Cuisses

leur unique syllabe fait vibrer les lèvres
cuisses ! Je sens jaillir lorsqu’elles se révèlent
du profond de mon corps une impatiente fièvre
pour la calmer éloignons d’abord ces dentelles

ces voiles complices artifices qui sèvrent
l’ardeur de mes désirs attisée par leur zèle
pour que glissent mes mains libres des tissus mièvres
aux pentes du plaisir secret qu’elles recèlent

cuisses qui vous ouvrez comme portes d’un temple
pour initier mes sens à de nouveaux mystères
je laisse ma mémoire au seuil de votre chair

vous qui me saisissez lorsque je vous contemple
ou que je vous saisis, comme je vous vénère !
cuisses, bien plus que celle du grand Jupiter

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’OISEAU DE FEU AUX FLAMMÈCHES (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
L’OISEAU DE FEU AUX FLAMMÈCHES

J’ai hurlé au milieu du feu
A l’aide!
Je veux vivre
Pardonnez-moi une seule fois
Je ne suis pas mort dans le feu et j’ai pleuré

Ce que je ne peux plus supporter
Ce que je ne peux plus vénérer
Je l’ai bien
Reconnu
J’ai agité brusquement les ailes.

En me cognant les ailes à un au-delà du monde
une voix qui m’appelait
Je l’ai entendue. Je
M’anéantirai
Je l’ai promis.

En tombant en tas de cendres
Dans le tas de cendres
Ne pas renaître en chair
Ne pas naître encore
Vase d’argile sur le point de se briser

En repliant mes ailes moi,
Vers la mer d’aurore

Vers le pays du matin où je rêve de voler
J’ai reposé ma tête
Vers une fenêtre haute qui attend quelques heures
le lever du soleil.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Côte à côte (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Côte à côte

Des palais d’argent vénèrent nos mains
Ils ont inventé notre exil
Jusqu’aux sources éclairées des campagnes
Loin, nous irons loin parmi les feuilles
Les nids blancs indiqueront le chant de nos voyages

Tu iras au-devant, ma compagne inconnue
Te retournant avec le soir
J’aurai sombré, je serai là, haletant
Et transi, tu cesseras plus longtemps de marcher

Puis nous irons côte à côte Ô mémoire défendue
La main dans la main de l’autre, de personne.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Océan de cris de moineaux (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Océan de cris de moineaux.
Il fait nuit… mais si clair !
Que demander de mieux.
Il fait nuit… mais si clair !
Sur les lèvres innocentes
un océan de cris de moineaux.

Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !
Par ce beau temps indigo
je ne veux point de repos.
Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !

L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Lèvres insatiables.
Lèvres qui, comme en eaux rapides,
étanchent ma vie. Ces lèvres.
L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Les roses, que me chuchotent-elles ?
J’ignore que sera demain.

Tout près, quelque part — va savoir,
la joyeuse flûte s’afflige.
Dans le bourdonnement du soir
je vénère du sein le lys.
La joyeuse flûte s’afflige,
j’ignore que sera demain.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Boire très calme (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration
    
Boire très calme
la foudre inattendue;
la tige découverte après l’étang de pierre,
et revenir encore à l’incendie parfait,
rêveur sous la paille,
et vénérer la paille où l’incendie se fait,
tenter contre la mort ce simple appareillage
où ne pendent aux mâts que des voiles de flammes

Quelqu’un au bord du vertige,
une doublure agile,
un miroir de blessures.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ENFANT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Illustration: Robert Doisneau
    
L’ENFANT

Tu as sept ans et tu vas à l’école
Tes vêtements sentent la colle
De menuisier
Tu as rempli de fleurs champêtres ton plumier
Tu marches lentement en évitant la fange
Tu as des étoiles dans tes cheveux qui te démangent
Tu regrettes un peu l’odeur des grands sapins
Tu voudrais t’arrêter et partager ton pain
Avec la petite fille qui passe
Tu n’es pas toujours le premier en classe
Tu es bavard
Tu dessines des chats sur ton papier buvard
Tu regardes souvent le ciel par la fenêtre
Tu rêves à de bons bergers qui t’ont vu naître
Mais tu sais lire aussi et déjà dans le vent
Tu découvres tout seul des tas de mots savants
Des mots qui prononcés font du bien à tes lèvres
Tu sais tresser le jonc et conduire les chèvres
D’un geste simple et doux apaiser les chevaux
Bruire comme un laurier pour consoler l’oiseau
Tu aimes caresser le front blanc de ta mère
Tu es l’Enfant que je vénère
Tu es bien le Fils de mon Dieu.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je t’aime (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



Illustration: Edward John Poynter
    
Je t’aime

Je te tiens à mon poing comme un oiseau
Je te promène dans la rue avec les femmes
Je puis te rouer de coups et t’embrasser
Ô poésie
En même temps
T’épouser à chaque heure du jour
Tu es une belle figure épouvantable
Une grande flamme véhémente
Comme un pays d’automne démâté
Tu es ceinte de fouets sanglants et de fumées
Je ne sais pas si tu t’émeus
Je te possède
Je te salis de mon amour et de mes larmes
Je te grandis je te vénère je t’abîme
Comme un fruit patiemment recouvert par la neige.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :