Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vengeance’

Vivre (Bakary Bamba Junior)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



Vivre

Vivre et ne pas seulement exister
parce que l’hirondelle apporte le printemps
Parce qu’après la pluie, le beau temps
parce qu’il faut toujours rester enfant.

Toujours vivre!
parce que le bonheur est quotidien
Parce qu’aimer fait du bien
Parce que donner ne coûte rien.

Encore Vivre!
Parce que la fleur sent bon
Parce que le gâteau sur la langue fond
Parce que nous aimons cette chanson.

Oh vivre!
Parce que la peine est passagère
parce que la rancune est meurtrière
Parce que la vengeance est amère.

Oui vivre!
parce que le pardon soulage
Parce que le sourire chasse la rage
Parce qu’oublier demande du courage.

Hum vivre!
Parce que demain rimera avec liberté
Parce que bientôt émergera la vérité.
Parce que nus avons tous droit à la gaieté.

Enfin vivre!
Parce que chaque défaite nous assagit
Parce que chaque victoire nous grandit
Parce que ce combat nous affranchit.

Vivre et ne plus seulement subsister
Parce que la vie est éternelle
Parce que l’amour est immortel
Parce que la mort est un horizon irréel.

(Bakary Bamba Junior)

 

 

Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES DEUX PERROQUETS LE ROI ET SON FILS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

LES DEUX PERROQUETS LE ROI ET SON FILS

Deux Perroquets, l’un père et l’autre fils,
Du rôt d’un Roi faisaient leur ordinaire.
Deux demi-dieux, l’un fils et l’autre père,
De ces oiseaux. faisaient leurs favoris.
L’âge liait une amitié sincère
Entre ces gens : les deux pères s’aimaient ;
Les deux enfants, malgré leur coeur frivole,
L’un avec l’autre aussi s’accoutumaient,
Nourris ensemble, et compagnons d’école.
C’était beaucoup d’honneur au jeune Perroquet ;
Car l’enfant était Prince, et son père Monarque.
Par le tempérament que lui donna la parque,
Il aimait les oiseaux. Un Moineau fort coquet,
Et le plus amoureux de toute la Province,
Faisait aussi sa part des délices du Prince.
Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants,
Comme il arrive aux jeunes gens,
Le jeu devint une querelle.
Le Passereau, peu circonspect,
S’attira de tels coups de bec,
Que, demi-mort et traînant l’aile,
On crut qu’il n’en pourrait guérir
Le Prince indigné fit mourir
Son Perroquet. Le bruit en vint au père.
L’infortuné vieillard crie et se désespère,
Le tout en vain ; ses cris sont superflus ;
L’oiseau parleur est déjà dans la barque ;
Pour dire mieux, l’Oiseau ne parlant plus
Fait qu’en fureur sur le fils du Monarque
Son père s’en va fondre, et lui crève les yeux.
Il se sauve aussitôt, et choisit pour asile
Le haut d’un Pin. Là dans le sein des Dieux
Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille.
Le Roi lui-même y court, et dit pour l’attirer :
« Ami, reviens chez moi : que nous sert de pleurer ?
Haine, vengeance, et deuil, laissons tout à la porte.
Je suis contraint de déclarer,
Encor que ma douleur soit forte,
Que le tort vient de nous : mon fils fut l’agresseur.
Mon fils ! non. C’est le sort qui du coup est l’auteur.
La Parque avait écrit de tout temps en son livre
Que l’un de nos enfants devait cesser de vivre,
L’autre de voir, par ce malheur.
Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage. »
Le Perroquet dit : « Sire Roi,
Crois-tu qu’après un tel outrage
Je me doive fier à toi ?
Tu m’allègues le sort : prétends-tu par ta foi
Me leurrer de l’appât d’un profane langage ?
Mais que la providence ou bien que le destin
Règle les affaires du monde
Il est écrit là-haut qu’au faîte de ce pin
Ou dans quelque Forêt profonde,
J’achèverai mes jours loin du fatal objet
Qui doit t’être un juste sujet
De haine et de fureur. Je sais que la vengeance
Est un morceau de Roi, car vous vivez en Dieux.
Tu veux oublier cette offense :
Je le crois : cependant il me faut pour le mieux
Eviter ta main et tes yeux.
Sire Roi mon ami, va-t’en, tu perds ta peine ;
Ne me parle point de retour ;
L’absence est aussi bien un remède à la haine
Qu’un appareil contre l’amour. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Dès que l’aube verdit (Hippolyte Lucas)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2017



foret-800x600

Dès que l’aube verdit sous une ardente sève,
Au fond des bois épais je m’assieds et je rêve,

Dans l’ombre enseveli.
Je me dis : « A quoi bon la vengeance et la haine ?
Débris des jours passés, refleurissez sans peine,
Couronnez-vous d’oubli ! »

(Hippolyte Lucas)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

L’abandonnée (Virginie Sampeur)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Dimitar Voinov

L’abandonnée

Ah! si vous étiez mort! de mon âme meurtrie
Je ferais une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes couleraient lentement, sans remords
Que votre image en moi resterait radieuse !
Que sous le deuil mon âme aurait été joyeuse !
Ah! si vous étiez mort!

Je ferais de mon coeur l’urne mélancolique
Abritant du passé la suave relique,
Comme ces coffrets d’or qui gardent les parfums,
Je ferais de mon âme une ardente chapelle
Où toujours brillerait la dernière étincelle
De nos espoirs défunts.

Ah! si vous étiez mort, votre éternel silence,
Moins âpre qu’en ce jour, aurait son éloquence,
Car ce ne serait plus le cruel abandon,
Je dirais: «Il est mort, mais il sait bien m’entendre,
Et peut-être, en mourant, n’a-t-il pu se défendre
De murmurer: Pardon!»

Mais vous n’êtes pas mort ! ó douleur sans mesure !
Regret qui fait jaillir le sang de ma blessure !
Je ne puis m’empêcher, moi, de me souvenir,
Même quand vous restez devant mes larmes vraies,
Sec et froid, sans donner à mes profondes plaies
L’aumône d’un soupir!…

Ingrat ! vous vivez donc quand tout me dit vengeance !
Mais je n’écoute pas ! À défaut d’espérance,
Le passé par instants revient, me berce encor…
Illusion, folie, ou vain rêve de femme!…
Je vous aimerais tant, si vous n’étiez qu’une âme.
Ah! que n’êtes-vous mort!

(Virginie Sampeur)

Illustration: Dimitar Voinov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le promeneur solitaire (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Le promeneur solitaire

Pareille à un promeneur qui, au déclin de sa vie
Sur la plage presque déserte quand les fastes
De la saison se meurent au loin soulève un coquillage
Et écoute la gloire de la mer et ses naufrages secrets.

De temps en temps la mort, promeneur solitaire
Drapée dans son manteau de nuage et de cendre
Prend l’un de nous entre ses mains et longuement écoute
La vie qui chante en nous comme un coquillage.

Elle imagine alors des terrasses, des parcs
Un couple qui éclaire de son bonheur l’allée
Le soir comme une femme échevelée, les arbres,
Les hommes riant à la table des jeux du crépuscule

Tour à tour la mort nous ramasse et se penche
Vers le bourdonnement de nos âmes lointaines
Nous sommes les abeilles qui reviennent chargées
Des pollens de la vie, dans la mortelle ruche.

Si l’un de nous pouvait lui dire tous les âges
Et l’espoir et la résignation et l’amour, la vengeance
Si un seul pouvait évoquer en une fois
Tous les éclats et les ténèbres de la vie.

La mort le garderait sans appeler les autres
Mais chacun lui apporte un écho trop distant
La mort nous prend tous comme les morceaux épars
D’une lettre qu’elle veut réunir et lire.

De quoi lui parlent donc ces innombrables bouches ?
L’une nomme le ciel, l’autre l’étang, l’autre l’automne
Est-ce la pierre ou l’eau, la gloire ou bien la femme ?
La vie a mille formes qui déroutent la mort.

C’est un regret ou l’ombre d’un vol qui se délie
Avec bonté la mort regarde jeux et fards.
Et comme une neige attardée sur les cimes
Un sourire apparaît sur sa face sévère.

(Ilarie Voronca)

Illustration: James Mensor

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Les passions (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



 

un été passe
sur le monde
un chien a pour dix ans de vie
chacun poursuit sa passion
et si l’un boit du vin fort
l’autre refait la machine
propre à sa vengeance amère
ou dénude la poitrine
de la servante anonyme
tandis que frémit l’arbre
imperceptiblement.

(Jean Follain)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les femmes (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2016



Les femmes ne sont pas vraiment sensibles
à la beauté invraisemblable de leur sexe.

Les femmes ne séduisent pas non plus les hommes
pour mettre la main sur leur pouvoir, ni pour l’exercer en sous-main,
ni pour les domestiquer, ni pour prendre leur argent,
ni pour acquérir ce qu’elles convoitent.

Les femmes ne veulent même pas des enfants des hommes qu’elles étreignent
afin de les reproduire, ni pour se reproduire elles-mêmes,
ni dans le dessein d’assouvir leurs vengeances en lançant leurs petites à la conquête du monde.

Les femmes n’attendent même pas des hommes des maisons
où s’ennuyer auprès d’eux et d’y vieillir.

Les femmes ont besoin des hommes
afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable.

(Pascal Quignard)

Illustration: Salvador Dali

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vengeance (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015


lire

Aujourd’hui, pour me venger de vivre,
je vais sortir m’acheter un livre.

(Henri-Frédéric Blanc)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

APERCEPTION DE LA MORT (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015




APERCEPTION DE LA MORT

Quand les maisons se penchent un peu
des filles aux fenêtres se montrent
tandis qu’au fond d’une pièce noire
luit le peu d’or d’une montre
suspendue au clou rouillé
et les vengeances au faubourg
font jaser ;
la marâtre arrive
et sourit tenant des lilas
chacun a fortement prédit
que bientôt enfin elle sera
prête pour la fosse commune.
Savates à la crasse cirée
vous serez sur le carreau rouge
dépossédées de ses pieds noirs,
prises de l’hirsute chiffonnier
ou jeu de quelque chat sauvage,
savates vous irez rejoindre
un amas de vieux étendards
tandis qu’elle ne sera plus là
cachant des lettres en son corsage
dans le quartier qu’an reconstruit
épiant les démolitions
dans le quartier qu’on reconstruit
et criant un pain sous son bras
à l’entour des mortiers fumants.

(Jean Follain)

Illustration: Salvadore Dali

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CHANT DES HUMILIES (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2015



Dastid Miluka  Portrait3 [1280x768]

LE CHANT DES HUMILIES

Dans l’âpre senteur des multiples sauces,
Parmi les cris, j’avance sur le pavé gris,
Les enfants sont des vieux d’affreuse expérience,
Leur face ne trahit santé, rire, ni rêves.

En cheveux à midi,
Affublées de chiffons,
Les femmes portent le déjeuner dans des cruches,
Leur oeil est mort, leur coeur est mort.

Et je vais parmi elles dans l’horreur de connaltre
Derrière chaque face, une face de vengeance,
Qui se lève à chaque instant comme la mer
Dans ce lit étroit de poissons pourrissants.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Dastid Miluka

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »