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Du mystère qui gît dans la terre et la mer (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Du mystère qui gît dans la terre et la mer
Et qui plane à travers les espaces des airs.
La caresse des voix, le contact des regards,
Les doigts entremêlés dans un tremblant échange,
La chaleur de deux corps qui se font un rempart,
Qui montent l’un vers l’autre hors des tombes de fange,
Qui s’enlacent, cherchant parmi leur nudité
En deux êtres fondus l’impossible unité,
Voilà tout ce qui reste aux tristes voyageurs,
Au couple que n’a pas rompu l’ange vengeur.

(Marie-Jeanne Durry)

 

 

 

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L’INTERDICTION (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Isabelle Zimmermann
    
L’INTERDICTION

Garde-toi de m’aimer,
Ou ma défense, au moins, songe à te rappeler!
Non que je me paierais de ma folle dépense
De salive et de sang sur tes pleurs et soupirs
En te rendant les coups dont tu me sus férir.
Mais, comme un tel Bonheur passe notre existence,
De peur que ton amour par ma mort soit frustré
Si tu m’aimes un jour, garde-toi de m’aimer.

Garde de me haïr,
Ou bien de ce succès de trop t’enorgueillir
Non point qu’en répondant par ma haine à la tienne
Je voudrais de mes torts m’instituer vengeur;
Mais tu t’aliénerais le style du vainqueur
Si je devais, vaincu, succomber à ta haine.
Donc, pour que mon néant ne te vienne amoindrir
Si tu me hais un jour, garde de me haïr.

Joins la haine à l’amour :
Ces extrêmes, ainsi, s’annuleront toujours.
Aime-moi, que je souffre une mort allégée;
Hais-moi, car ton amour pour moi serait trop grand;
Ou qu’ils me laissent vivre en s’entre-déchirant :
Je vivrai ton Théâtre, et non pas ton Trophée.
Pour ne m’anéantir avec eux même jour.
Pour ma vie épargner, joins la haine à l’amour.

***

THE PROHIBITION

Take heed of loving mee,
At least remember, I forbade it thee;
Not that I shall repaire my’unthrífty vast
Of Breath and Blood, upon thy sighes, and tearer,
By being to thee then what to me thou wart;
But, so great Joy, our life at once outweares,
Then, least thy love, by my death, frustrate bee,
If thou love mee, take heed of loving mee.

Take heed of hating mee,
Or too much triumph in the Victorie.
Not that I shall be mine owne officer,
And hate with hate againe retaliate;
But thou wilt lose the stile of conquerour,
If I, thy conquest, perish by thy hate.
Then, least my being nothing lessen thee,
If thou hate mee, take heed of hating mee.

Yet, love and hate mee too,
So, these extremes shall neithers office doe;
Love mee, that I may die the gentler way;
Hate mee, because thy love’is too great for mee;
Or let these two, themselves, not me decay;
So shall I, live, thy Stage, not triumph bee;
Lest thou thy love and hate and mee undoe,
To let mee live, O love and hate mee too.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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Les Revenants (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Les Revenants

DANS les miroirs j’ai vu des reflets de visages,
Un vent mystérieux a gonflé les rideaux,
Le soir frémit encor de tragiques passages,
L’horreur de l’Invisible a pénétré mes os.

La mémoire de l’ombre évoque une Etranglée
Aux yeux d’effroi, qui porte, ainsi que des rougeurs
De baisers trop fervents sur la chair martelée,
L’empreinte sans pitié de cruels doigts vengeurs.

Une Noyée attend le reflux, et j’écoute,
Tandis que se prolonge un patient travail
De remous, l’eau de mer qui pleure goutte à goutte
De ses cheveux mêlés d’écume et de corail.

Oh ! la beauté funèbre aux visages des Mortes !
Elles glissent, ainsi qu’un rayon nébuleux,
Sous leurs voiles légers, laissant au seuil des portes
D’irréelles lueurs de clairs de lune bleus.

L’heure des Revenants fait tressaillir les cloches.
Ils songent tristement, leurs sanglots ont le bruit
D’une vague tardive expirant sur les roches.
Ils souffrent de passer inconnus dans la nuit.

Leurs impuissantes mains ont de vagues caresses.
A travers l’Autrefois, ils reviennent, liés
Par le ressouvenir des anciennes tendresses,
Et frôlent les vivants qui les ont oubliés.

(Renée Vivien)

Illustration: Kawanabé Kyosai

 

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Le voyant (Paul Valet)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Le voyant

Être lucide
C’est perdre connaissance

Être libre
C’est perdre l’équilibre

Être vengeur
C’est terrasser la vengeance

Être intact
C’est traverser l’évidence

Être aux abois
C’est passer au-delà

Invincible est la détresse
De celui qui voit

(Paul Valet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Terre rouge (Daniel Varoujan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



MEDION DIGITAL CAMERA

MEDION DIGITAL CAMERA

 

Terre rouge

J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son coeur — bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux
— comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l’Euphrate,
ce coeur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d’or : un atome de Haïk,
une particule d’Aram, un éclat chu
de l’oeil cosmique d’Anania…
Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd’hui revêtu
d’une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m’interpelle
— comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l’infini,
sa poussière de feu illumine mon âme …
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d’un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses – mon coeur est la proie
de griffes inconnues …
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d’amour
que n’en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent …
Terre rouge, exilée – héritage, relique,
offrande, talisman – alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d’Arménie, je rugis — me rivant l’âme
dans le creux de la main,
j’arme mon poing !

(Daniel Varoujan)

 Illustration

 

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